Ceci n'est plus une pipe

vendredi 17 avril 2009

Le but de ce blog n'a jamais été de commenter l'insondable bêtise de ceux qui nous gouvernent, le sans-gêne effarant des dirigeants de multinationales ou encore le conformisme démoralisant des médias dominants. Non, me disais-je, ne parlons pas de tout ça, restons dans la subjectivité totale, restons dans le monde du rêve, de l'imaginaire et de l'évasion en parlant de cinéma et de musique. Prenons la tangente. Toujours.

Mais là, mais là ... je sors de mes gonds et des rails que je m'étais imposés car un récent fait d'actualité m'écoeure au dernier degré (et puis ça parle de cinéma donc ça justifie un peu que je l'évoque).

Je veux parler de la censure de la pipe de Jacques Tati sur les affiches de l'exposition qui lui est consacrée à la Cinémathèque, en application (sujette à interprétation) de la loi Evin. Il ne s'agit que des affiches du métro, dont la pub est gérée par la régie Métrobus, à l'origine donc de cette absurde censure.

Le premier réflexe est de se dire que tout cela est grotesque, que les responsables de Métrobus sont plus de bêtes moutons craintifs que d'impitoyables censeurs. Ce moulinet jaune est plus ridicule qu'autre chose. Ces sinistres andouilles ne trompent personne.

Mais je ne peux hélas pas m'arrêter à ce premier degré d'appréciation, tellement cet acte me paraît dans l'air du temps et symptomatique d'une évolution orwellienne du monde dans lequel on vit. Car oui, il y a évolution : après la disparition forcée des clopes dans tous les lieux publics, après les infâmes campagnes manger-bouger, après les slogans du métro "Faîtes du sport en montant ces escaliers", qu'est-ce qui nous attend ?

L'affiche originelle de l'exposition, telle qu'on peut la voir sur le site de la Cinémathèque

Et puis quoi, c'est une image d'art qu'on censure ici. C'est tout de même grave non ? Pourquoi ne pas lui avoir rajouté un casque à Jacques Tati ? C'est interdit de rouler sans casque. Pareil pour l'enfant sur le porte-bagages : mettez-lui un casque aussi sinon nous pourrions croire que c'est permis de rouler sans casque - de la même manière que la pipe pourrait nous inciter à fumer, imbéciles que nous sommes.

Et quoi après ? Je propose aux zélotes de la loi Evin de se plonger dans 100 ans de cinéma et de supprimer numériquement toutes les cigarettes d'Humphrey Bogart et de Jean-Paul Belmondo. C'est possible, allez-y, je vous attends ! Et puis on pourra changer les aliments qu'Ugo Tognazzi prépare dans La Grande Bouffe car il me semble qu'il n'y a pas 5 fruits et légumes différents mais que tout cela est trop gras. On déchirera au passage la subversive chanson "J'ai du bon tabac" des carnets de chant de nos écoliers. Et que fait encore le mot cigarette dans nos dictionnaires ?

Quand je vois l'imbécile censure sur le timbre à l'effigie d'André Malraux, je me dis que ces élucubrations ne sont hélas pas complètement du domaine de la science-fiction.



Bref, honte éternelle à tous les connards de Métrobus qui ont pris cette décision ubuesque. Le jour où l'on fera le procès de tous les proto-fascistes qui nous pourrissent la vie, j'espère de tout coeur que ces gars-là en prendront pour perpète et qu'ils périront en enfer dans d'atroces souffrances.

Voir cet article sur Rue89 qui résume bien cette histoire aberrante, et sur lequel j'ai retrouvé les images du timbre de Malraux. Et le dessin de Plantu en une du Monde d'aujourd'hui.

Mise à jour : d'autres articles sur "l'affaire Tati" sur le blog de Pierre Assouline, celui de Serge Toubiana (le boss de la Cinémathèque) ou sur le blog Le vieux monde qui n'en finit pas. On peut également signer une pétition sur le site de la Ligue des Droits de l'Homme (rien que ça !).

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2 commentaires:

blog a dit…

L'affiche de l'exposition Jacques Tati provoque le scandale car le maquillage est tellement mal fait qu'on ne voit que cette pipe cachée, comme pourrait l'être un sein nu derrière de la lingerie "fine" de chez TATI...
A l'inverse, dans le timbre André Malraux, aucun scandale possible : il faut connaître la photo originale pour pouvoir s'offusquer.
Et bien la purge incidieuse "André Malraux", véritable image novlangue me semble bien plus dangereuse que la censure grotesque "Jacques Tati" car elle ne provoque aucune réaction parmi les masses.
On pourrait même imaginer qu'un esprit subversif rôde chez Métrobus et qu'ils l'ont fait exprès, mais peut être suis-je un peu trop optimiste.

Marivaudage a dit…

Oui cette retouche sur la photo d'André Malraux est très inquiétante aussi. Je n'avais pas du tout remarqué à l'époque (1996).

Sans vouloir marquer des points Godwin à tout va, et très sérieusement, la retouche des photos du passé n'était-elle pas une marque de fabrique du régime stalinien ?
A l'époque, tout le monde s'en offusquait en Occident. C'est étonnant que ça recommence de nos jours

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