Ce soir je dors chez toi

mercredi 1 octobre 2008

Olivier Baroux, 2007

Pitch : Alex (Jean-Paul Rouve), écrivain de 35 ans, et Laetitia (Mélanie Doutey), marketeuse de parfums, forment un joli couple parisien. Au bout d'un an de relation, elle souhaite qu'ils emménagent ensemble. Lui, vieux briscard des relations foireuses, freine des quatre fers. Il tient à garder à la fois sa copine et son indépendance. Vont alors s'enchaîner tout plein de péripéties, ruptures, engueulades, réconciliations. En effet, tout en étant très amoureux l'un de l'autre, ils campent fermement sur leurs positions respectives. Le spectateur, tenu en haleine par un scénario si audacieux, stresse grave de grave pour ce couple attachant. Heureusement, ca se termine bien (sans blague ? on n'y aurait pas cru) : le couple se reforme, un bébé est en route, la cellule familiale traditionnelle est recomposée et vive la France !

Il paraît que ce scénario catastrophique est "librement" adapté d'une BD de Dupuy & Berberian. Je ne connais pas les oeuvres de ces deux types mais j'ai lu ici ou là qu'ils étaient les pros de la description des bobos parisiens et de leur petits travers si amusants (amusants pour qui ? pour les bobos parisiens sans doute). Eh bien je ne les félicite pas, Dupuy & Machin ! A moins bien sûr que l'adaptation soit vraiment très, très, très "libre" et ait trahi l'esprit de ces néo-sociologues.

L'impayable coupe de cheveux de Kad Merad

Ce soir je dors chez toi n'a pas peur d'enfiler comme des perles tous les poncifs de la comédie romantique à la française. Pêle-mêle, et entre autres, on trouve :
  • La bataille de bouffe ponctuée de fou-rire entre les amoureux (déjà vue dans les films d'Yvan Attal). Ca c'est pour montrer qu'ils sont bien capables de déconner entre eux, qu'en fin de compte ils sont super complices et que, allez quoi, ils ont quand même tout ce qu'il faut pour se remettre ensemble
  • Les parents sympas qui habitent à la campagne (déjà vus dans ... euh .. dans d'autres films). Oui oui, vous voyez, la mère complice mais un peu inquiète, le père bourru mais attachant, qui habitent, en Provence, au milieu des oliviers, dans une grande maison qui sort tout droit de Du Côté de Chez Vous avec Leroy Merlin.
  • Kad Merad. Eh oui, ça devient difficile de trouver des comédies populaires françaises sans Kad Merad. Ici, il campe un éditeur à la coiffure complètement improbable, viscéralement attaché à Paris et à la limite de la dépresssion. La dépression est d'ailleurs traitée ici (et comme souvent dans ces films légers) comme un bon sujet de rigolade. Ah un dépressif, qu'est-ce que c'est con, qu'est-ce que c'est drôle ! Dans le monde des comédies françaises, le dépressif est beaucoup plus proche du chauve ou du petit gros que du leucémique ou du trisomique. Mais passons. En tous cas, c'est Kad qui sort à un moment la phrase "J'en ai marre de la Normandie, je veux rentrer en France" qui m'a plutôt fait rigoler.
  • Le week-end en Normandie (déjà vu dans les films de Sautet) avec ces scènes archi-convenues qui s'enchaînent paresseusement. La Mégane flambant neuve qui fait crisser ses pneus sur les graviers autour la grande maison aux volets fermés. La grande plage déserte où nos héros batifolent avec leurs gros pulls à col roulé, ambiance Produits Laitiers / La Redoute. Et enfin l'héroïne en colère qui claque "Je rentre à Paris". Car bien sûr il n'est pas question de passer plus d'une semaine (et plus de 10 minutes de film) hors de Paris : ce n'est pas concevable.

L'inévitable week-end en Normandie

Mais bon sang, à quoi pensent les scénaristes d'un tel film ? Nous prennent-ils à ce point pour des puceaux de cinéma ? Ou au contraire est-ce délibéré d'enchaîner ainsi tous ces clichés ? Il faut croire qu'il y a une volonté de rassurer le spectateur. On lui offre des scènes classiques, qui s'enchaînent sans surprise, on lui offre des gens qui n'ont aucun problème matériel (car évidemment, Alex, écrivain semi-raté de 35 ans, habite un appart haussmanien de 150 m2), on lui offre en prime Kad Merad qui va achever de le cocooner.

Au milieu de ce torrent de déjà-vu, une petite scène assez étrange surgit. Laetitia couche avec un collègue pour éprouver son amour pour Alex. Elle et son amant sont tout les deux allongés sur le lit, gênés, ne sachant pas comment commencer. Gauchement, il met la main sur sa poitrine. Elle demande "Qu'est-ce que tu fais ?", il répond "Je ne sais pas ...", elle "Tu me touches le sein", lui enchaîne "Effectivement. Qu'est-ce que tu ressens ?", elle "Rien". Cette scène décalée, irréelle, semble tout droit sortie de l'excellent "Un baiser s'il vous plaît" d'Emmanuel Mouret et est en fin de compte assez plaisante.

Et sinon, les acteurs principaux ? Jean-Paul Rouve est convaincant, drôle par nature. Je le découvre (je ne connais pas du tout les Robins des Bois) et apprécie son jeu décalé, surtout quand il reste minimaliste. Mélanie Doutey est atroce. Elle nous refait sa Clara Sheller, avec le côté looseuse "je me cogne dans les portes" en moins. Elle en devient une fille effroyablement antipathique, égoïste, méchante et dénuée de personnalité au point que la ressemblance avec Sophie Marceau en devient troublante.

Je me suis malgré tout amusé pendant ce film. Jean-Paul Rouve et Kad Merad m'ont souvent fait sourire voire rire. Certains gags visuels sont réussis (l'explosion du four à micro-ondes, la crème chantilly sous les lunettes (bon ok ! présenté ainsi, ça paraît crétin mais, comme on dit, il faut le voir)), les dialogues sont dans l'ensemble assez légers et parfois très drôles ("Qu'avez-vous pensé de mon livre ? " "Eh bien ... j'ai trouvé que c'était une grosse merde") et, ici ou là, le comique de situation fonctionne à plein (la scène à New York notamment).

Donc à la fin, je n'y comprends plus rien et je ne sais plus si j'ai aimé ou pas. Je ne sais même plus si j'ai passé un bon moment à le voir. Ce soir je dors chez toi est un de ces films qu'on aime bien détester et qu'on déteste bien aimer. Un de ces films qui, par leur trivialité exaspérante, sont un peu une énigme pour moi.

Chanson qui tue

jeudi 18 septembre 2008

Il y a parfois de ces chansons que vous entendez par hasard et qui vous font arrêter toute activité en cours tellement elles vous interpellent. Ces chansons que vous entendez pour la première fois de votre vie et que vous avez pourtant l'impression d'avoir toujours connues, tellement elles paraissent évidentes. Ces chansons qui collent tant à votre état d'esprit du moment. Qui vous déchirent le cœur. Une fois arrivé au bout, vous n'avez d'autre choix que de la ré-écouter. Vous voyez ?
Eh bien ce soir, c'est exactement l'effet que me fait Goodnight Moon, de Shivaree. Mélancolique, doucereuse, portée par une voix tellement habitée ...







Shivaree - Goodnight Moon

(bon en fait cette chanson est tirée de la BO du très mauvais Kill Bill Vol.2 - c'est sans doute pour ça qu'elle est connue)

of Montreal

of Montreal est un groupe de rock qui nous vient de la ville d'Athens, en Géorgie (tout comme REM), qui agite la blogosphère depuis de nombreux mois et que je n'ai découvert que récemment. Le leader, Kevin Barnes, est apparemment un personnage complètement barré, qui joue nu sur scène et qui s'est inventé un alter ego peinturluré, appelé Georgia Fruit, ce qui n'est pas sans rappeler le Ziggy Stardust de David Bowie.

Ces jours-ci, je scotche complètement sur The Past Is a Grotesque Animal, une chanson tirée de leur album Hissing Fauna, Are You The Destroyer?, sorti en 2007. Cette chanson-performance, qui dure pas moins de 11 minutes et 46 secondes, est franchement hypnotisante, répétitive, avec des paroles très littéraires qui évoquent la dépression, l'altérité, Georges Bataille, le rejet de la société et autres sujets joyeux. C'est un peu la rencontre de Archive (pour la musique) et de Morrissey (pour les textes). Voici quelques extraits des superbes paroles de cette superbe chanson :
A 2'20:

I fell in love with the first cute girl that I met
Who could appreciate Georges Bataille
Standing at Swedish festival ... discussing "Story of the Eye"
It's so embarrassing to need someone like I do you
How can I explain, I need you here and not here too
How can I explain, I need you here and not here too

et puis, à 3'50:

I'm just not available
Things could be different but they're not
Things could be different but they're not

Et plus tard, à 4'45

But it's like we weren't made for this world
(though I wouldn't really want to meet someone who was)










of Montreal - The Past is a Grotesque Animal
Ah et puis j'aime bien les chœurs qui arrivent vers 4'25 ("ouh ouh ouh ouh"). Encore, encore !

En super bonus, voici un autre titre d'of Montreal, Nonpareil Of Favor, une vraie chanson à tiroir extraite de leur tout dernier album, Skeletal Lamping, qui sort dans quelques semaines (wouah, trop à la pointe). Ca commence tout doucement avec une belle mélodie, et, au bout de 2 minutes, la chanson rentre dans un trip noisy qui n'est pas sans rappeler My Bloody Valentine. Bonne écoute !







of Montreal - Nonpareil of Favor

Lèvres de Sang

mardi 16 septembre 2008

Jean Rollin, 1975

Le fait d'avoir posté l'image des nurses vampires dans mon post sur Esser m'a donné envie de voir ce film, Lèvres de Sang, qui est paraît-il un "film majeur" de Jean Rollin. En route donc pour ma 4ème rollinade.
J'aime beaucoup cette affiche qui me fait penser à de la BD SF des années 70, à Druillet notamment (Jean Rollin a d'ailleurs lui-même été scénariste de BD SF).

Pitch : lors d'un cocktail mondain, Frédéric, un homme d'une trentaine d'années, tombe en arrêt devant une photographie d'un château en ruines. Cette image lui rappelle un souvenir d'enfance ; il y avait rencontré une belle jeune fille tout de blanc vêtue et passé une nuit à ses cotés. Jusqu'à cet instant, Frédéric n'avait jamais su si cet évènement était rêve ou réalité. Cette photo lui donne enfin une piste. Très troublé, il met en quête de ce château et de cette mystérieuse jeune fille. Mais très vite, de mystérieux conspirateurs, dont sa propre mère, vont tout faire pour contre-carrer son projet. Poursuivi, il se réfugie dans le cimetière de Montmartre où il réveille par mégarde 4 filles vampire (ah !) qui dormaient peinard dans leur cercueil. Reconnaissantes, elles vont l'aider dans sa quête et trucider quelques conspirateurs mais elles paieront le prix fort in fine.

Lèvres de Sang étonne tout d'abord par la linéarité de son récit. Malgré de nombreuses incohérences (qui ont une explication très rationnelle - j'y reviendrai), l'histoire se suit sans difficulté et on ne passe pas son temps à se dire "Mais c'est qui cette vampire ? D'où elle sort ?", comme devant Le Viol du Vampire. On finit par s'attacher à cette quête de Frédéric et on veut connaître le fin mot de l'histoire : qu'est devenue cette fille de son enfance ? Pourquoi se mère lui met-elle des bâtons dans les roues ?

Tout Rollin dans ce plan : une vampire nue, un cercueil, les galets de la plage de Dieppe

En fait, on s'intéresse à cette histoire car elle traite de thèmes universels - derrière une façade folklorique (les femme-vampires), Lèvres de Sang est l'histoire d'un passage. Sans chercher très loin, ce film parle de cette période où l'on regarde les souvenirs d'enfance d'un oeil interrogateur : était-ce vrai ou faux tout ce que l'on m'a dit ? Pourquoi ma propre mère ne veut-elle pas que je sache la vérité ? La scène finale est assez explicite : sommé par ses ennemis de couper la tête de cette femme qu'il a fini par trouver et de l'apporter à sa mère (!), il utilise un subterfuge en coupant la tête d'une statue de la Vierge et en la faisant passer pour la tête de sa promise. L'entrée de Frédéric dans la vie adulte se fera donc par le rejet de sa famille, de la religion et de manière générale de toutes les vérités assénées depuis l'enfance. Jean Rollin ne saurait être plus clair. Bon ok ok, ça va pas chercher très loin mais il y a quand même plus de sens dans ce film que dans l'entière filmographie de Claude Lelouch (beurk).


En dehors de ce message, Lèvres de Sang reste évidemment fascinant à regarder, malgré sa lenteur (Rollin serait-il le Rohmer du film d'horreur ?). Les décors sont toujours aussi étonnants : on n'oublie pas cette poursuite en clair-obscur dans l'aquarium désaffecté du Trocadéro, ou encore ces apparitions fugitives de la jeune fille dans des endroits aussi incongrus que lourds de sens (un cimetière, une gare, un hôpital). Le film se termine comme toujours sur la plage de Dieppe, entre mer, galets, poteaux de bois et falaise calcaire. J'aimerais bien savoir pourquoi Jean Rollin termine presque tout ses films sur cette plage. Etait-il du coin ?


Pour la petite histoire, j'ai lu que le casting de ce film réunissait tout le "gratin du X français des années 70". L'explication est que Jean Rollin a tourné, en parallèle du tournage officiel, et sous le pseudonyme de Michel Gand, une version X de ce film, destinée à l'exportation, délicatement appelée "Suce-moi Vampire". C'est donc ce double tournage (avec les mêmes acteurs d'ailleurs, quelle santé !) qui expliquent un certain nombre d'incohérences et d'ellipses évoquées plus haut.

Pour finir, ne nous privons pas du plaisir de contempler quelques plans-tableaux issus de Lèvres de Sang - enfin, c'est mon point de vue.
Ne vous fiez pas à ces infirmières ....

... elles vous mettent dans une camisole ...


... et après elles sont très méchantes


Bon bon ... Pink Floyd c'est quand même pas mal hein

mercredi 10 septembre 2008

J'aurais beaucoup de choses à dire sur Pink Floyd, du bon et du moins bon, parler de la 'love-hate relationship' que j'entretiens depuis 20 ans avec ce groupe, son manque cruel d'humour, ses éclairs de génie, son côté pompier exaspérant, sa créativité ahurissante etc etc.

Mais là, non, point de dissertation, j'ai juste envie de poster cette chanson, sur laquelle je viens ENFIN de remettre la main, ce soir, 10 ans après l'avoir entendue par hasard et aimée instantanément. Merci Internet ! Merci BitTorrent !








Pink Floyd - Wot's...Uh the Deal
Quelle mélodie mes amis ! En boucle, en boucle ...

The Doors

mardi 2 septembre 2008

Oliver Stone, 1991

Pitch : l'histoire du groupe The Doors, entre les débuts californiens en 1965 et la fin à Paris en 1971. Le film est surtout centré sur la personnalité de Jim Morrison.

A sa sortie, en 1991, je n'avais pas vu le film mais en revanche je n'avais pas pu passer à côté de "l'effet Doors" qui avait envahi tout le collège. En une semaine, les Doors était devenu le groupe favori de tout le monde (avec les caïds qui répétaient "mais naaan, moi ça fait 3 ans que j'écoute les Doors, bien avant le fiiilm"), les posters du film s'échangeaient dans la cour et les "Break On Through" et les "When The Music's over" écrits au typex avaient surgi sur les trousses ou les cahiers. Quelle belle époque heureusement révolue. Plus de 15 ans après la hype, j'ai profité d'une rediffusion sur Virgin 17 ce soir pour rattraper mon retard et voir enfin The Doors d'Oliver Stone.

Petit aparté sur le doublage ...
Tout d'abord, manque de bol, le film était diffusé en VF. Quelle drôle d'idée que de doubler un film quand on y pense ... J'ai l'impression que c'est un procédé hérité des temps anciens du cinéma. A l'époque du muet, on traduisait et remplaçait carrément les inter-titres originaux. On remplaçait même les documents écrits du film affichés à l'écran : par exemple, un gros plan sur un télégramme était purement et simplement remplacé par un autre gros plan sur un autre télégramme reconstitué dans la langue voulue - j'ai déjà vu ça dans des films de Chaplin, Les Temps Modernes je crois.

Bref, j'ai l'impression qu'en France, à l'arrivée des premiers films américains parlants, on s'est dit que qu'on allait remplacer les voix de la même manière qu'on remplaçait les inter-titres des films muets. Peut-être que les mecs à l'époque ne maitrisaient pas la surimpression de sous-titres sur la pellicule originale et qu'ils n'avaient pas d'autre solution Je ne sais pas. Toujours est-il qu'avoir opté définitivement pour cette solution de doublage me paraît désastreux. Comment peut-on ainsi écarter tout le message qui passe par la bouche d'un acteur, son intonation, sa diction, sa scantion - tout ce qui se rajoute aux mots même, toutes ces petites nuances qui, mises bout à bout, transforment des images animées et sonorisées en film de cinéma.

Un film doublé est un film amputé, tout simplement. Et qu'on ne vienne pas me parler de snobisme de parisien élitiste ! Les livres audio n'ont pas supplanté les livres papier sous prétexte que c'était trop élitiste de vouloir faire lire les gens ! Bon ok, pour les films pour enfants, genre les Disney je veux bien mais sinon, c'est un faux débat. C'est vraiment scandaleux de doubler les films étrangers.

Et le film alors ?
Pour revenir à notre sujet, la VF ampute atrocement The Doors. C'est une vraie hérésie que de doubler ce film qui est pourtant loin d'être un chef-d'oeuvre (j'y reviendrai). Le doublage en français engendre des dialogues aberrants. On entend par exemple Meg Ryan s'extasier "Ouais je trouve ça vachement fort comme message, l'idée de traverser un mur, break on throu, ouais" ou le producteur de télé dire "Ah je vois, vous allez allumez le feu, enfin allumer mon feu, light my fire quoi". Ou pire, on voit de temps en temps Jim Morrison passer du 'chanté' au 'parlé' sur scène (quand il harangue la foule par exemple) : tout naturellement on voit donc ce bon vieux Val Kilmer passer de l'anglais au français, et même changer de voix (puisque les parties chantées ne sont elles pas doublées), en plein milieu d'une phrase. C'est vraiment n'importe quoi.

Au passage, j'ai trouvé Val Kilmer assez convaincant. Au delà de la ressemblance troublante, et malgré l'artillerie lourde déployée par Oliver Stone, il n'en fait pas trop, il s'efface derrière son personnage (un peu trop ?) et on sent qu'il ne cherche pas à faire "une performance à Oscar".

Bon mais sinon, que vaut le film ? Eh bien, je dirais "hum hum".

Tout d'abord, The Doors est plus un biopic sur Jim Morrisson que l'histoire d'un groupe. On retrouve donc tous les poncifs du biopic : l'accident traumatique de l'enfance (ici un accident de voiture), les débuts difficiles mais passionnés, la rencontre avec la fille de sa vie, le succès, les producteurs véreux, la plongée dans la drogue et l'alcool, les filles faciles, les chambres d'hôtes trashées, les soirées défonce filmées avec une caméra qui ne tient jamais en place, la chute, la mort tragique. Oliver Stone nous prend-il donc à ce point pour des crétins ? Vraiment, il n'apporte rien à ce genre éculé et The Doors est bien plus proche de la mécanique bien rôdée de I Walk The Line que du génie éblouissant de Amadeus (qui est, de loin, d'incroyablement loin, le meilleur biopic que j'ai eu la chance de voir)

La première demi-heure se laisse toutefois regarder sans ennui. J'aime assez le portrait qui nous est présenté de toute la période Flower Power californienne : filles avenantes avec fleurs dans les cheveux, drogues douces, références à Godard, musique psychédélique etc. Ces scènes-là m'ont paru assez sincères - peut-être parce qu'elles se rapprochent de la propre jeunesse d'Oliver Stone. Ça va tant que les personnages ne parlent pas trop. Dès qu'ils ouvrent la bouche, c'est pour déclamer des textes de Morrison à base de "J'irai au-delà de la vie pour chercher la mort et te ramener à la vie. Et nous nous haïrons avec amour, avec un bon acide dans le nez" (j'exagère à peine). Et toutes les filles de s'extasier sur ce poète. Je préfère imaginer que le vrai Jim Morrison était un peu moins basique.

Les vrais Doors

Les scènes qui représentent le groupe en train de composer leurs premiers tubes sont également assez plaisantes, traitées de manière assez sobre, laissant toute sa place à la musique, un vrai havre de tranquillité avant le maelström d'1h30 qu'Oliver Stone nous inflige ensuite.

En effet, avec le succès du groupe The Doors, arrivent également tous les excès, qu'Oliver Stone choisit de nous présenter sous l'angle suivant : beaucoup de sexe, beaucoup de drogues et assez peu de rock'n'roll hélas. Aux scènes de défonce se succèdent d'autres scènes de défonce, jusqu'à la nausée. Ce qui me gêne, c'est qu'au bout de la 24e scène à base de whiskey/cocaïne/prostituée, on finit par se dire que c'est ça qui intéresse Oliver Stone. Les Doors, les années 60, la contestation, il s'en moque complètement au bout d'une demi-heure. C'était juste une astuce de scénario pour mettre en scène ses fantasmes (?) de dépravation.

Pourquoi pas, après tout, enchaîner des scènes de défonce ? Bad Lieutenant suit à peu près le même pitch et s'avère être un film assez fascinant, à défaut d'être plaisant à regarder. Là, dans The Doors, comme dans Tueurs Nés (un de mes films honnis), on sent le voyeurisme dans tous les plans. On voit la caméra s'attarder un peu trop sur un raïl de cocaïne, un peu trop sur une poitrine dénudée de fan hystérique, un peu trop sur une bouteille de Jack Daniel's. Au delà de la trivialité de ces scènes, le film en devient vite abject et, pire encore, profondément ennuyeux.

Oliver Stone n'a rien à dire et il compense cette absence de propos par de la complaisance de bas-étage. Il se moque de Jim Morrison, de la musique ou du scénario. En bref, il se moque du spectateur !

Bon allez, pour rester sur une note positive, 2 chansons des Doors parmi mes préférées







The Doors - People Are Strange







The Doors - Peace Frog

(et moi je me trouve bien bavard sur un film aussi mauvais !)