Starfucker

vendredi 31 octobre 2008


J'ai découvert hier soir un groupe qui répond au nom tellement délicat de Starfucker et qui me semble être vraiment le meilleur groupe de tous les temps (de la semaine). Après enquête, il s'agit de 3 jeunes gars qui viennent de Portland, Oregon.

L'espace de ces deux chansons, ils m'ont plus que convaincu. Ils proposent une forme de rock déstructuré (on ne sait jamais où est le couplet ou le refrain) qui se compose d'harpèges entêtants sur lesquels se posent des voix planantes et mélodieuses. Ils vont bientôt sortir un album, sont en tournée aux US et je les attends de pied ferme pour un passage dans nos contrées.

Le début de Rawnald Gregory Erickson the Second (quel titre !) est remarquable d'efficacité : la progression d'accord à la guitare est tout de suite accrocheuse. A partir de 40 secondes, l'arrivée des voix (très proches de Air période Talkie Walkie) et puis, à 1'10, ce petit riff de guitare très catchy, finissent par rendre cette chanson complètement addictive. En dehors d'un final un peu abrupt, c'est très proche de la perfection pop. Bravo, bravo.







Starfucker - Rawnald Gregory Erickson the Second

Starfucker toujours, dans une autre ambiance.

Dans un genre un peu plus hippie, German Love n'en est pas moins superbe. Avec ces choeurs qui se répètent et se répondent, cette chanson lorgne franchement vers les Beatles. On ne va pas se priver.







Starfucker - German Love

A la réflexion, cette dernière chanson me rappelle carrément l'album Giant Steps des Boo Radleys. Mais si, les Boo Radleys, souvenez-vous, ce groupe du début des années 90 qui était un peu le chaînon manquant entre le shoegazing et la brit-pop. Ils avaient le don de gâcher de superbes mélodies avec des passages un peu prétentieux et complètement inaudibles. La chanson ci-dessous, The White Noise Revisited, en est un bon exemple, avec son entêtant refrain largement supérieur aux couplets tellement self-conscious. Je vous défie d'écouter cette chanson en entier et de ne pas ensuite fredonner pendant des heures "Hey what's that noise? Do you remember? Do you remember?". Dès la première écoute, impossible de se sortir cette phrase de la tête !







The Boo Radleys - The White Noise Revisited

Bref, longue vie à Starfucker !

La petite Lily

jeudi 30 octobre 2008

La grisaille nous envahit, la nuit tombe à 17h, la pluie s'installe ... mais ... pas de panique, Lily Allen est de retour pour nous réchauffer le cœur ! La sémillante londonienne vient de poster Everyone's At It, premier extrait de son nouvel album qui sortira en février 2009. Moi qui suis un grand fan de son premier album, j'attendais de nouvelles chansons avec une certaine impatience.

Alors est-ce différent de ce qu'elle nous offrait auparavant ? Le rythme (un espèce de ska ralenti) et la scansion (mi-parlée mi-chantée) sont restés les mêmes. La production est en revanche plus électro, plus chargée. La mélodie n'est pas évidente, en dehors des choeurs "ah ah aaaah" sur le refrain qui sont très réussis. Je vous laisse juge. Pour ma part, j'aime assez mais reste un peu sur ma faim. Ca reste toutefois nettement mieux que les deux démos qui avaient circulé il y a quelques mois.








Lily Allen - Everyone's At It


L'année dernière, elle avait fait parler d'elle en dehors de la presse people via cette apparition sur un remix de Chris Lake d'une reprise par Mark Ronson d'un titre de Kaiser Chiefs. Oui je sais c'est un peu compliqué. Cette chanson était vraiment très efficace, résolument orientée dancefloor, avec sa punch-line "I can't believe it oh my god / I've never been this far away from home" qui structure si bien ce titre, lançant ou coupant les breaks.







Mark Ronson featuring Lily Allen - Oh My God (Chirs Lake Remix)


La frange de rigueur

Sinon, je reste toujours un grand fan de Friday Night, extraite du très bon premier album de Lily Allen, Alright Still. Au-delà de l'imparable mélodie et du rythme ska entêtant, les paroles décrivent brillamment une tranche de vie londonienne tellement classique : la sortie en club. Lily Allen raconte des petites choses toutes simples mais ça reste witty, bitchy et oh so true ...

Friday night last orders at the pub,
Get in the car and drive to the club,
There's a massive crowd outside so we get in to the queue
It's quarter past 11 now we won't get in till quarter to.
It's quarter to and we get to the front,
Girl on a guest list dressed like a c***
She asked security to check in my shoes,
You can play this game with me but you know you're gonna lose etc ...









Lily Allen - Friday Night

The Deer Hunter

mardi 28 octobre 2008

Voyage au bout de l'enfer
(très mauvais titre français. Était-ce si compliqué de l'appeler Le Chasseur de Daim ?)
Michael Cimino, 1979

Pitch : le film raconte l'histoire de trois amis, sidérurgistes de leur métier, passionnés de chasse, qui quittent leur cité industrielle de l'Ohio pour aller se battre au Vietnam. Nous sont présentés Mike (Robert de Niro), le taciturne décidé, Nick (Christopher Walken), le grand blond au regard perdu et Steeve (John Savage) qui se marie deux jours avant le départ pour le front. Ce long film est divisé en trois parties : une heure avant le Vietnam, principalement centrée sur le mariage de Steeve et la partie de chasse qui s'en suit, une heure dans l'enfer des rizières et une dernière heure qui traite du retour (ou non) des trois héros dans leur sombre ville sidérurgique.

The Deer Hunter est placé très haut dans le panthéon du 7ème art par de nombreux cinéphiles. J'en fais partie. J'ai vu ce film pour la première fois à l'âge de 17 ans et je me souviens d'avoir été bouleversé, et pas uniquement choqué, par la force qui émane de ce chef d'œuvre. Je l'ai revu hier, sur la bonne vieille TV hertzienne, pour la 4ème ou 5ème fois et j'ai encore été subjugué malgré l'atroce VF que nous a infligée Arte. Allez quoi, messieurs d'Arte, mettez un peu de VO dans votre vin ! Essayez de conserver la faible audience que vous avez en n'amputant pas les films ainsi, s'il vous plaît !

Si vous, vous n'avez pas vu The Deer Hunter, arrêtez tout de suite de lire ce billet, courez chez votre loueur de DVD, coupez la lumière, regardez-le au moins une fois (en VO !) et reprenez cette lecture. Si vous ne deviez voir qu'un film de Cimino, qu'un film avec Christopher Walken, qu'un film de guerre, c'est celui-là. The Deer Hunter, c'est un peu l'équivalent cinématographique de Crime et Châtiment : on y retrouve la même force biblique et la même vitalité dans l'adversité.

Mais bon, trêve de verbiages et de généralités. Essayons d'analyser précisément au moins une des raisons qui font de ce film une œuvre tellement à part. Le problème est que tant de choses ont déjà été dites sur The Deer Hunter que j'aurais du mal à apporter un éclairage original. Toutefois, j'ai l'impression que les gens ont tendance à citer la partie "vietnamienne" du film comme la plus marquante - et en particulier cette scène hallucinante de roulette russe. Je ne ressens pas la même chose. En résumant mon propos, je dirais que la première partie est bouleversante de vitalité, la deuxième bouleversante de violence et la troisième bouleversante de tristesse (je ne suis pas très content de ce dernier terme : je voudrais dire 'bouleversante de poignitude' mais je ne suis pas sûr que ça existe, sauf peut-être pour Ségolène Royal. Disons que la troisième partie est bouleversante parce que très poignante. Voilà). Et donc bref, ma vision d'hier m'a définitivement convaincu que ma partie préférée est la première.

Les working class heroes : John Cazale, Chuck Aspegren, Robert de Niro, John Savage, Christopher Walken

Que se passe-t-il pendant cette première heure ? Eh bien, les personnages nous sont présentés, ils boivent, ils vont à un mariage, ils chassent et c'est à peu près tout. La scène du mariage est particulièrement étalée. Elle doit bien durer 30 minutes, ce qui est bien long, mais, encore une fois, elle est hallucinante de vitalité et d'émotion. Peut-être cette émotion est-elle renforcée car le spectateur sait que c'est un film de guerre, qu'à un moment ou un autre, cette fête va s'arrêter et qu'ils vont devoir affronter l'enfer vert. En fait oui c'est ça qui est très fort : ces trois types qui font les fous à ce mariage savent qu'ils vont partir 2 jours plus tard et veulent en profiter un maximum avant.

Sans aucune lourdeur, Michael Cimino fait ressentir à son spectateur la même chose que ses héros et fait durer cette dernière nuit autant qu'il peut. Et quand le mariage se termine et que le jour se lève, eh bien non ! on ne va pas aller se coucher, on va partir en voiture, chasser le daim et ce n'est qu'à l'ultime minute que la donne change : ils se retrouvent une dernière fois au bar, ils rigolent, chantent, s'aspergent avec leur 147e bière de la soirée et puis, d'un coup, le pianiste joue une nocturne de Chopin, et là tout s'arrête, le silence se fait. Un long travelling silencieux balaie les visages saouls, inquiets, enfantins, de nos attachants amis et on lit dans leur regard qu'ils ont compris que la fête était finie et qu'ils allaient maintenant devoir devenir des hommes. Par un subtil fondu sonore enchaîné, Chopin est remplacé par le bruit des hélicoptères et nous voilà plongé sans transition dans l'horreur de la guerre. Quelle scène !

Voici la très jolie nocturne de Chopin en question







Chopin - Nocture No.6 in G minor, op.15-3

Christopher Walken et Meryl Streep, témoins du mariage.

Mais revenons au mariage. Ce que je trouve remarquable dans cette séquence, c'est que les personnages existent. Tous. On y croit, on est avec eux. Le plus incroyable de tous est pour moi Christopher Walken. J'ai du mal à trouver les mots pour expliquer pourquoi ce type est aussi fascinant. Avec son smoking et sa chapka sur la tête, il a une classe folle. En fait, il a un regard qui a toujours l'air au bord de la folie, prêt à basculer, mais ce regard dément est contredit par un sourire tellement avenant qu'on lui donnerait le bon Dieu sans confession. Il est grand, fin et a une démarche assez étonnante, un peu dégingandé, un peu efféminé. Il a toujours l'air détaché, y compris de lui-même : on aurait presque l'impression que son esprit est en dehors de son corps. Et paradoxalement, il est habité et a une présence inouïe. Il n'a pas volé son Oscar pour ce rôle. On ne voit que lui, même dans les plans où il apparaît avec Robert de Niro qui est pourtant pour moi un acteur incroyablement 'crève-l'écran'.

Meryl Streep sur le point d'attraper le bouquet de la mariée

Christopher Walken est diamétralement à l'opposé de ... euh ... Orlando Bloom par exemple. Ci-contre. Quand vous voyez une scène avec Orlando Bloom (ou Ben Affleck, ou Vincent Perez ... la liste est longue), vous voyez un acteur qui fait partie du paysage. Orlando Bloom, on a du le mal à le distinguer du décor qui est derrière lui. Hein ? Où ça un personnage ? Ah oui, je crois distinguer un visage... Quand vous voyez une scène avec Orlando Bloom, vous voyez aussi la télé qui est autour, vous imaginez la caméra à laquelle il s'adresse, vous voyez presque la maquilleuse qui vient de lui retoucher le visage, vous voyez ses yeux qui lisent un prompteur, vous pensez à la facture de gaz que vous avez oublié de payer et qui traîne sur la télé, vous regardez par la fenêtre et vous vous dîtes qu'il serait peut-être temps d'arrêter de regarder ce navet et d'aller dans la vraie vie dehors.

Christopher Walken ne fait pas cet effet-là, pas à moi en tous cas. Il crève littéralement l'écran, il sort de la télé ou de l'écran de cinéma et est à mes côtés. Hier, je le voyais debout dans mon salon, esquisser ses petits pas de danse et embrasser Meryl Streep. Il dégage une réalité qui m'atteint profondément. Il est vivant et cette vitalité est communicative. Je trouve qu'on se sent vivre lorsqu'on voit de telles scènes.

Les débats sur le cinéma tournent parfois autour de la question suivante : un bon film est-il un film qui nous distrait ou qui nous fait réfléchir ? Le cinéma doit-il éduquer ou amuser ? Peut-il arriver à remplir ces deux rôles en même temps ? Je ne me pose pas la question en ces termes. Pour moi, un bon film est un film qui me fait vivre, qui me donne l'impression d'exister. The Deer Hunter est assurément un de ces films.

La fameuse scène de roulette russe

Et pour terminer sur une note musicale (et un peu moins sentencieuse), c'est The Deer Hunter qui m'a fait adorer Can't Take My Eyes Off You. Avant le mariage, ils sont tous au bar, picolent, jouent au billard, ce titre passe à la radio et on les voit petit à petit gagnés par la charge émotionnelle de cette chanson et se mettre à chanter à tue-tête "I love you, baby / And if it's quite alright / I need you, baby / To warm a lonely night". Encore une scène superbe, premier degré, vivante. Je mets ici la version originale, de Frankie Valli & The Four Seasons.








Frankie Valli & The Four Seasons - Can't Take My Eyes Off You

Il va tellement prendre goût à la roulette russe qu'il va en faire son métier. Ce regard ! Cette présence !

Recette de saison

jeudi 23 octobre 2008


Voici la recette en 3 étapes pour concocter le tube électro-hype de l'automne.

Première étape
Prenez une bonne dose de basses ultra saturées, ambiance "tous les potentiomètres dans le rouge", pour obtenir le son si particulier de l'excellent Boys Noize.







Boys Noize - Lava Lava

Deuxième étape
Rajoutez une pincée de sonorités acides comme on en entend à partir d'une minute dans cette chanson si jouïssive du revenant Alex Gopher.







Alex Gopher - Motorcycle Wet (Clutch Short edit)

Troisième étape
Sur ces instrus bien rythmées, déposez une voix la plus pop possible, éthérée pour bien planer, et zestée de vocoder, sur le modèle des australiens de Midnight Juggernauts.







Midnight Juggernauts - Shadows

Voilà, c'est presque prêt, soignez aussi votre look, mettez une cravate, faîtes un bon buzz sur le web, n'oubliez pas de signer chez Kitsuné et hop hop hop, vous avez le tube bourrin de l'automne. Chic alors !








Autokratz - Stay The Same

... ou comment faire du neuf excellent avec du pas très vieux excellent. Big up à Autokratz !

Le Frisson des Vampires

mercredi 22 octobre 2008

Poster Le Frisson des Vampires - Jean RollinJean Rollin, 1971

Pitch : un couple de jeunes mariés part en voyage de noces dans une belle 404 décapotable. Ise, la mariée, souhaite aller rendre visite à ses deux cousins qui habitent dans un château reculé et qu'elle n'a pas vus depuis des lustres. Arrivée sur place, elle apprend qu'ils sont morts la veille. Pas de chance ! Accueillis par deux étranges servantes, notre jeune couple s'installe au château et réalise assez vite qu'il s'y passe des choses pas très claires, à base de messes noires et d'expéditions nocturnes au cimetière.

Vous l'aurez deviné (ou pas), les deux cousins sont en fait deux anciens chasseurs de vampire qui ont été contaminés à leur tour par la grande prêtresse-vampire Isolde. Ce trio infernal va alors tenter par tous les moyens de vampiriser la jeune et belle mariée. Celle-ci, fascinée par le sang, paraît plus que consentante, au grand dam de son mari à qui elle refuse de se donner. A la fin, tout le monde s'entretue sur la plage de galets de Dieppe. Business as usual.














Le Frisson des Vampires - Chateau

Le Frisson des Vampires - Cousins
L'inquiétant château.

Les non moins inquiétants cousins


Le Frisson des Vampires est le troisième film réalisé par Jean Rollin et le dernier de la trilogie vampiresque fondatrice, avec Le Viol du Vampire et La Vampire Nue. J'ai appris que chacune des superbes affiches de cette trilogie a été dessinée par Jean Druillet, grand gourou de la BD de science-fiction des années 70, et qui avait notamment produit la série Lone Sloane (et même un pastiche de celle-ci avec Gotlib au scénario)

J'avoue que je suis rentré dans ce film un peu à reculons - en me disant que c'était mon dernier Rollin avant longtemps et qu'il fallait que j'élargisse un peu mon horizon dans le domaine du film d'épouvante. J'aimerais connaître mieux les films de Dario Argento, Romero ou même les vieux Cronenberg et Carpenter. Je me disais que l'effet de surprise "Jean Rollin" était émoussé et que je ne pouvais plus être captivé comme je l'avais été en découvrant La Vampire Nue ou le bien-nommé Fascination.

Le Frisson des Vampires - Sandra JulienLes deux servantes (vous aurez reconnu à gauche une des deux jumelles Castel)

Au bout d'un quart d'heure, je me suis rendu compte que je me trompais. Inexplicablement, je me suis surpris à être happé par le rythme lent et l'atmosphère onirique que Jean Rollin imprime à chacun de ses films. On en oublie l'histoire abracadabrante, les trous du scénario et le côté fauché du film. On ne remarque même plus l'absurdité de ces filles, dénudées toujours, qui ne pensent qu'à sucer le sang des mortels. Ce qui compte avant tout, ce sont les impressions fortes que laisse chacune des séquences. Est-ce en fin de compte du cinéma impressionniste ?

Le Frisson des Vampires - PigeonSandra Julien dans toute sa beauté troublante

J'ai également été frappé par la jeune et jolie Sandra Julien, qui interprète la jeune mariée. Son innocence trouble participe pour beaucoup à la réussite de ce film. Cette ravissante actrice a eu une bien trop courte carrière au début des années 70. Elle apparaît dans Nada de Claude Chabrol (1974) et aussi dans ... hum ... "Je suis une nymphomane" et "Je suis frigide .... pourquoi ?", 2 films de l'affligeant Max Pécas. Ceci dit, je viens de regarder cet extrait de "Je suis une nymphomane" et ça n'a pas l'air si mauvais que cela - je vais essayer de mettre la main dessus pour en avoir le cœur net. 1975 marque la fin de la carrière au cinéma de la jolie et talentueuse Sandra Julien (née Calaputti) et je ne sais pas du tout ce qu'elle a pu devenir après.

Je crois malgré tout que je vais faire une pause sur les Rollinades. Si je devais conclure sur ses films, je dirais que les oeuvres de Jean Rollin sont tout simplement dans une catégorie à part (les anglais ont un expression forte pour ça : they're in a league of their own). Si on arrive à mettre de côté ses critères classiques d'appréciation de film - et je comprendrais très bien que tout le monde n'en ait pas envie, on entre dans un espèce de monde parallèle à l'esthétique marquante, peuplé de personnages troublants, et dont le symbolisme érotique chatouille fréquemment l'inconscient.

Le Frisson des VampiresOK le faux sang est un peu cheap, mais quelle image !

A la réflexion, le trouble que me procure les films de Jean Rollin me renvoie à Gustave Moreau (pour le symbolisme), Salvador Dali (pour le surréalisme) ou JK Huysmans (pour le décadentisme). Jean Rollin est définitivement tout sauf une curiosité folklorique - malgré le réducteur label "navet" qu'on colle à ses films.




























Apparition d'Isolde n°1









Apparition d'Isolde n°2
Le Frisson des Vampires
Le Frisson des Vampires
Rencontre d'Ise et Isolde









Les jeunes mariés un peu inquiets
Le Frisson des Vampires

Le Frisson des Vampires
On nage en plein expressionnisme









Le carnage final sur la plage de Dieppe
Le Frisson des Vampires










Le Frisson des Vampires



Sandra Julien et Jean Rollin himself sur le tournage du Frisson des Vampires

Les plus gros vendeurs de disques en France

mardi 21 octobre 2008

Edit : j'ai du re-créer ce billet et supprimer les MP3 qui y étaient proposés. J'ai en effet reçu un message de Blogger (qui appartient à Google) pour m'informer que je violais le DMCA (Digital Millennium Copyright Act). Le billet original a été supprimé sans avertissement ni plus de précision. Je me demande quel artiste a ainsi coulé mon post (Sardou sans doute, le fieffé gredin). Revoilà donc à peu près le même billet (j'avais gardé un brouillon). Désolé pour celles et ceux qui m'avaient laissé de sympathiques commentaires. Conclusion : les artistes qui sont les plus fachos, ce sont ceux qui sont déjà riches à crever. Écœurant.

En traînant sur le site infodisc.fr, je suis tombé sur le TOP 300 des plus gros vendeurs d'albums en France depuis 1955. Ce qui m'a rassuré c'est de voir que je connais les 117 premiers. La 118e est Lynda Lemay dont je n'ai jamais entendu parler. Alors je vous propose d'en parcourir rapidement le TOP 10 et d'essayer de trouver une bonne chanson pour chacun d'eux.

1. Johnny Hallyday - 28 834 550 albums vendus
Sans surprise, on retrouve notre Jojo national en tête du classement. J'exècre ce type. Enfin, sa musique. Lui m'agaçe mais bon, il m'a l'air plus bête que méchant. Pendant 30 ans, en gros de Edith Piaf à Daft Punk, c'est grâce à ce cher Johnny que la terre entière (et les anglo-saxons en particulier) s'est moqué de nous. Et on ne peut pas leur donner tort tellement la musique, les paroles et l'image véhiculées par Johnny étaient veules, médiocres et affreusement laides. Et qu'on ne vienne pas me sortir le couplet habituel "Ouais mais c'est une bête de scène !" Franchement, les shows dans les stades avec Harley Davidson, hélicoptères, fut en cuir, bling bling et feux d'artifice, ça fait pas super envie. Elle est où la sincérité de l'artiste ? La spontanéité ? La créativité ? Car évidemment, ce triste sire n'a pas été capable (ou presque) d'écrire la moindre chanson.
J'aime une seule de ses chansons, parmi la cinquantaine que j'ai eu le malheur d'entendre. C'est Souvenir Souvenir, un de ses premiers titres. La chanson est légère, la guitare sautille et on sent que Johnny n'est pas encore devenu une caricature de lui-même. Cette momification de Johnny Hallyday me rappelle d'ailleurs un peu Winston Churchill qui, le pauvre, inaugurait des statues de lui-même de son vivant ! Oui, je verrais bien Johnny inaugurer une avenue Johnny-Hallyday, face la place Dalida, après le magasin Optic 2000.

2. Michel Sardou - 22 070 100 albums
Aaaah .... un autre éminent sarkozyste. Bon, Sardou évidemment c'est pas la joie. On entend dire que c'est un type franchement antipathique, limite raciste. C'est peut-être vrai mais je suis surtout gêné par l'image de lui-même qu'il donne, genre artiste un peu profond, digne successeur de Brel (ou Maurice Chevalier plutôt). Franchement quand on écoute ses premières chansons comme Le Rire du Sergent, un monument de comique troupier, on ne peut pas tomber dans le grossier panneau du poète viril qu'il nous tend.
Bizarrement, l'une des seules chansons de lui que je tolère, c'est Les Bals Populaires. Les paroles sont tellement à ras de terre que c'est forcément du premier degré. On ne peut pas remettre en cause sa sincèrité sur une telle chanson.

3. Jean-Jacques Goldman - 17 748 000 albums
La qualité remonte nettement avec ce cher JJG, héros de mon enfance que je n'ai jamais pu renier. OK, on peut dire ce qu'on veut sur ses textes un peu crypto-débiles, on peut lui reprocher d'avoir écrit pour des artistes peu recommandables (Johnny, Céline Dion, Florent Pagny) mais il reste un mélodiste hors pair. Et puis il a l'air vraiment sympa ce type. Autant il faudrait vraiment me traîner pour que j'aille boire une bière avec Michel Sardou (l'angoisse !), autant je suis sûr que Jean-Jacques Goldman est une personne éminemment généreuse et sincère.
Je pourrais poster 20 chansons de lui que j'aime (et dont je connais les paroles par coeur). Comment choisir ? Eh bien allez, je mets Envole Moi, qui est tout simplement la première de lui que j'ai entendue et que j'avais tout de suite adorée.

4. Francis Cabrel - 15 751 900 albums
Je n'ai pas grand chose à dire sur l'homme à la moustache d'or. Il m'intéresse peu mais ne m'agaçe pas non plus. On peut tout de même lui reconnaitre une vraie indépendance artistique : il égrène ses jolies chansons, sans trop de compromission apparente, avec un espèce de bon sens paysan qui me rappelle José Bové. De là à vendre plus de 15 millions d'albums, il y a quand même quelque chose qui m'échappe.
Difficile de trouver une chanson de Cabrel qui se démarque, tellement elles se ressemblent toutes pour moi.

5. Céline Dion - 14 272 600 albums
Dur dur Céline Dion. On peut éventuellement expliquer le classement des quatres premiers ci-dessus par des carrières de 30 ans et plus : d'une certaine manière ils ont tout les quatre un parcours "classique" de chanteurs populaires français. On ne peut pas leur enlever ça. Mais là, le succès de Céline Dion, je ne me l'explique pas. C'est tellement horrible. Je n'arrive pas à citer une seule chanson que j'aime ne serait-ce qu'un peu. Elle vaut pour moi à peine plus qu'un naufragé de la Star Ac'. Les types qui l'ont lancée sont vraiment des génies du marketing.
Vraiment, je suis désolé mais je ne peux me résoudre à poster une chanson de cette fille - surtout qu'après nous avons ....

6. The Beatles - 12 769 900 albums
Comment parler dignement des Beatles en 5 lignes ? Je voue une vénération sans borne à cet incroyable groupe. Quand on pense qu'en 7 ans (7 ans à peine ! 2 fois moins que la carrière d'Oasis !), ils nous ont laissés 12 albums studio et près de 200 chansons, dont une centaine de chef-d'euvres. Je suis fasciné par la productivité de Lennon et McCartney. Pour moi, il existe de bons, de très bons, d'excellents groupes de rock, que j'adore, que j'écoute, qui ne cessent de me surprendre et de l'autre côté il y a les Beatles. Ils ne sont tout simplement pas comparables au reste de la musique populaire produite depuis 60 ans. C'est les Beatles vs le reste du monde. Évidemment, ils étaient là au bon moment, ils se sont bien entourés, ils ont une chance incroyable mais toutes ces circonstances n'enlèveront pas de valeur à l'incroyable alchimie que ces génies ont réussi à créer.


7. Pink Floyd - 10 983 519 albums
Deux jours après le billet que j'ai écrit sur Pink Floyd il y a quelques temps, Richard Wright est mort.J'ai été étonnamment attristé par cette nouvelle. Il avait l'air tellement doux ce type. J'espère qu'il n'y a pas de malédiction avec mon blog et qu'on ne va pas annoncer la mort d'un des membres restants dans les prochains jours.
Pink Floyd fait pour moi partie de ces groupes dont on aime bien dire du mal mais qu'on re-écoute en cachette avec un plaisir toujours renouvelé. Il faut bien avouer que toute leur discographie jusqu'à Dark Side of The Moon (compris) est irréprochable - en dehors de quelques morceaux bruitistes et prétentieux, qu'on mettra sur le dos de "l'air du temps". A partir de Wish You Were Here, Pink Floyd devient quand même indéfendable et atteint des sommets (ou des tréfonds ?) de rock pompier avec The Wall, album franchement éprouvant pour les yeux et les oreilles.

8. Renaud - 10 823 000 albums
Avant de se lancer dans de pénibles duos avec Axelle Red, Renaud a été un chanteur/parolier franchement talentueux. J'ai l'impression que sa timidité et son masochisme l'ont poussé à casser son image de chanteur sérieux à grands coups d'auto-dérision et de jeux de mots faciles. Quand on re-écoute les albums Laisse Béton ou Marche à l'Ombre, on est bien sûr frappé par le côté ringard de ses chansons - avec ses histoires de mobylette et de blousons noirs mais on est aussi touché par la tendresse qui se dégage de ces descriptions de la vie de tous les jours dans les "banlieues un peu zone". Et puis, ne serait-ce que pour des phrases du style "Elle mange une pizza au jambon et au centre commercial" (La Pépette) ou "Il était con comme un drapeau" (Le Clémenceau), comment ne pas aimer Renaud ?
Je vous propose (edit : enfin je vous proposais) Viens chez moi, j'habite chez une copine, qui n'est peut-être pas sa meilleure chanson mais dont le "Je glande un peu partout avec mon sac de couchage" (à 0'40'') me fait rire à chaque fois, allez savoir pourquoi. C'est aussi la bande originale de l'excellent film du même nom, avec Bernard Giraudeau et Michel Blanc.

9. Madonna - 9 770 600 albums
Comment parler de Madonna sans répéter tout ce qui a déjà été écrit sur elle ? Elle et Guy Ritchie viennent de prononcer leur divorce mais ça ne l'empêche pas de continuer la tournée de promotion de son dernier album que je n'ai pas écouté. Ca c'est pour l'actualité récente. Comme tout le monde, je suis impressionné par sa capacité à flairer l'air du temps et à se renouveller. Elle bosse comme une folle, elle entreprend, elle est montée très haut toute seule. Bref, elle est bien américaine.
Justement, dans ses productions récentes, j'apprécie particulièrement l'album American Life, le 2e co-écrit avec Mirwaïs, et qui n'a pas eu le succès qu'il méritait. Il contient pourtant cette superbe électro-ballade, Paradise (Not for Me).


10. Julien Clerc - 9 680 000
Wééé, Julien Clerc le chevrotant, avec ses cheveux gominés, sa chemise blanche et son éternel sourire se fait dépasser d'un cheveu par Madonna mais parvient tout de même à décrocher sa place dans ce prestigieux classement.

Julien Clerc, 30 ans de carrière, des centaines de chansons, des dizaines de tubes et un titre, un seu,l que j'aime vraiment beaucoup: Ce n'est rien et c'est tout pour ce soir.


Cette fois-ci j'offre ma collection de 45 tours de Sardou à celui ou celle qui m'aura lu jusqu'au bout !

A la Fluokids

samedi 18 octobre 2008

Samedi fin d'après-midi. Les sacs de fringue en désordre sur le lit. Il faut vaguement commencer à se préparer à sortir pour se mesurer à la nuit. Tant qu'à faire, autant écouter un peu de bonne musique avant d'être dans ces endroits, où, au mieux, on aura Ting Tings et Calvin Harris. La bande-son d'un magasin Gap. Oui ce qu'il me faut c'est un truc un peu entraînant, pour ne pas être tenté de rester, mais pas trop agressif. Voyons voir. Ah c'est vrai que c'est pas mal Ra Ra Riot. Une cigarette. Ah mais en fait elle est vraiment bien cette chanson. Plus fort. Je la remets au début. Comment ça s'appelle déjà ? Dying is Fine. Pas très joyeux. Fichtre, iTunes me dit que ça fait déjà 8 fois que je l'écoute aujourd'hui. Bon allez, je la passe à 4 étoiles. 9e écoute, 10e écoute. Ca me rappelle cette vieille chanson de Clap Your Hands Say Yeah, le même genre d'énergie. C'était à Londres, à 6 dans la Fiat pourrie de Sebastiano. Bon, en route, il faut que je pense à racheter des clopes.








Ra Ra Riot - Dying Is Fine








Clap Your Hands Say Yeah - The Skin Of My Yellow Country Teeth

Big up aux fluokids qui, malgré leurs textes sibyllins, ont musicalement toujours un coup d'avance sur tout le monde. Et puis je suis maintenant Facebook-friend de Hianta, trop la gloire.

Modern Love

mercredi 15 octobre 2008

Stéphane Kazandjian, 2008

Pitch : ainsi que son titre et son affiche le suggèrent, Modern Love est un film chorale qui traite des destinées sentimentales de trentenaires parisiens. Des couples cassent et des rencontres se font. Tout le monde est perdu et chacun cherche sa moitié.

Un enième film de plus dans ce genre me direz-vous ? Certes, certes mais Modern Love est original dans sa construction scénaristique : parmi les personnages, on trouve en effet Eric (Pierre-François Martin-Laval), qui a écrit le scénario d'un film appelé aussi Modern Love et qui sort sur les écrans au moment où se déroule l'histoire de notre film. Modern Love "le vrai film" contient donc des inserts de Modern Love " le faux film", qui s'avère être une comédie romantique et musicale, cliché à souhait, peuplée de bisounours, où tout va pour le mieux.

Ça peut paraître un peu tordu mais cette mise en abime fonctionne assez bien. Ce procédé illustre évidemment le décalage entre une vie sentimentale idéale, celle du faux film, faite de princes charmants et de filles en belle robe du soir, et la réalité où c'est bien sûr beaucoup plus compliqué. D'ailleurs dans le vrai film, le mec idéal, celui qui envoie des fleurs et laisse des petits mots gentils à sa douce, finit par se faire dégager purement et simplement, à base de "Tu es mon homme parfait mais tu n'es pas mon homme. Je suis désolée.". Jusqu'à un certain âge (30 ans à peu près), les filles n'aiment pas les garçons gentils, c'est bien connu. Bref.

Ce procédé de "film dans le film", qui permet de comparer la théorie à la pratique, n'est pas sans me rappeler d'ailleurs Maudite Aphrodite de Woody Allen : ce film était entrecoupé d'inserts de dieux grecs masqués qui donnaient, au beau milieu d'un théâtre grec, des leçons de vie aux protagonistes de la vraie histoire. Modern Love, en confrontant de la même manière l'idéal et la réalité, m'apparaît en fin de compte comme un film platonicien.

Je me suis demandé si le titre de ce film n'était pas un hommage à la géniallissime chanson éponyme de Bloc Party. J'ai un peu attendu pendant tout le film qu'elle arrive mais cela n'a pas été le cas. Voici donc un petit rattrapage (ah cette montée à 1'30 ... fantastique !)







Bloc Party - Modern Love

Je ne connaissais aucun des acteurs masculins. Il paraît que Stéphane Rousseau est un comique assez connu. J'ai plutôt apprécié Pierre-François Martin-Laval dans un rôle (certes assez classique) d'écrivain un peu looser. Les actrices sont toutes assez craquantes, chacune dans leur genre. Depuis que je l'ai vue dans Le Nouveau Jean-Claude (la fameuse adaptation de la BD des aventures de Jean-Claude Tergal), je suis assez fan de Clotilde Courau, de son sourire. De même, depuis OSS 117, j'ai un faible pour Bérénice Béjo. Quant à Alexandra Lamy (la fille de Un Gars / Une Fille), avec son visage longiligne et ses cheveux longs qu'elle renvoie en arrière d'un souffle, elle n'est pas sans me rappeler l'exquise Sandrine Kiberlain.

Pierre-François Martin-Laval et Clotilde Courau

Bon, ceci étant dit, ce film est quand même bourré de défauts, entendons-nous bien : c'est assez mal filmé, les scènes convenues pullulent et c'est parfois très lourd. Mais, pour les raisons citées plus haut (plus quelques bons dialogues), Modern Love est un film qui fonctionne pleinement.

Au passage, je retiens également la définition en 6 points de l'homme idéal, exposée et répétée plusieurs fois dans le film. L'homme idéal doit donc :
  1. Aimer les comédies romantiques
  2. Aimer l'ail (??)
  3. Ne pas aimer le foot
  4. Ne pas aimer jouer à la Playstation
  5. Être bon danseur
  6. Ne pas avoir une conduite agressive en voiture qui cache un manque de confiance en sa virilité
Malgré mon 6/6 (ah !), je me demande quelle rédactrice de magazines débiles (féminins ou masculins) a pu pondre une liste aussi totalitaire et normative.

J'allais oublier : il y a évidemment Kad Merad dans ce film, dans un petit rôle de kiné. Ouf !

Paroles Paroles Paroles

mardi 14 octobre 2008

Pendant longtemps je n'ai pas véritablement fait attention aux paroles des chansons en anglais que j'écoutais. Certes, je lisais consciencieusement les livrets qui accompagnaient le CD mais mon analyse se réduisait souvent à la compréhension des mots, des phrases et de la prononciation : ça me permettait de chanter sur le refrain. Si je pouvais déjà être séduit par quelques punch-line, comme seul l'anglais sait en faire, du type "She loves you, yeah yeah yeah", "And now you do what they taught you !" ou encore "You're gonna fight ! For your right ! To paaarty !", je n'étais pas touché par ces refrains, qui avaient pour moi l'efficacité d'un slogan publicitaire plutôt que la profondeur d'âme d'une page de Stendhal.

Les Smiths en pleine gloire : Andy Rourke, Morrissey, Mike Joyce, Johnny Marr

J'ai changé d'approche suite à l'amélioration de mon niveau d'anglais, et surtout, surtout, suite à ma découverte de Morrissey. Ce fut une révélation : on peut être un chanteur pop et avoir vraiment des choses à dire ! Même au travers de chansons qui parlent de sujets aussi banals (mais non triviaux !) que les histoires sentimentales. Que ce soit au sein des Smiths ou en solo, Morrissey a toujours pour moi dégagé une sensibilité exacerbée, ajoutée à une bonne dose de vitriol, que je n'avais connu que dans le cinéma ou la littérature. Bien sûr, Morrissey n'est pas le seul à écrire des textes bouleversants (il y a Leonard Cohen ou Jeff Buckley par exemple) mais il reste pour moi le meilleur, le plus percutant parolier anglophone que je connaisse. La comparaison avec les paroliers français est pour moi hors sujet, non pas que je les sous-estime (Gainsbourg !), mais tout simplement parce que le français est ma langue maternelle : ces deux langues ne jouent pas dans la même cour.

Bref, toute cette laborieuse introduction pour vous présenter ma sélection (très subjective) des plus belles paroles écrites par Morrissey. Et bien sûr, le fait que la musique qui accompagne ces textes soit souvent superbe ne fait que les sublimer.

Alsatian Cousin
Première chanson du premier album solo de Morrissey, Alsatian Cousin est pour moi d'une violence inouïe dans son traitement de cet horrible sentiment qu'est la jalousie. Morrissey, trompé, soumet son partenaire (garçon ou fille ? dur de savoir avec Morrissey) à un terrible interrogatoire. Il est trompé, il en est certain ("So I ask (even though I know)") mais il veut l'entendre de la bouche de son partenaire. Il adopte ce travers tellement habituel et destructeur de la jalousie, à demander ainsi tous les détails : quand ? où ? comment ? sur le bureau ? C'est une chanson d'une beauté stupéfiante, bien qu'assez difficile d'accès. La musique est à l'image des affres de Morrissey, avec cette guitare déchirante. J'apprécie particulièrement le break et la reprise au bout de 2 minutes.

Were you and he lovers ?
And would you say so if you were ?
On a forecourt / On a Friday
Passing my way
Oh...

Were you and he lovers ?
And if you were, then say that you were!
On a groundsheet / Under canvas
With your tent-flap
open wide

A note upon his desk
"P.S. Bring Me Home And Have Me!"
Leather elbows on a tweed coat
Is THAT the best you can do ?
So came his reply :
"But on the desk is where I want you!"
So I ask (even though I know):
Were you and he lovers ?









Morrissey - Alsatian Cousin

Speedway
Dans cette chanson qui clôt le superbe Vauxhall & I, les paroles sont un peu plus elliptiques pour moi mais non moins touchantes. Aparemment, cette fois-ci c'est Morrissey qui a des écarts à se faire pardonner vis-à-vis de son partenaire. Il avoue que tous ces mensonges qu'on a dit à son sujet étaient en fait la réalité. La dernière strophe ("In my own strange way ...") est bouleversante de contrition et de sincérité. On a envie de tout lui pardonner quand on entend ça.


Musicalement, cette chanson est assez étonnante, avec son bruit de tronçonneuse et ses guitares tellement triturées qu'on dirait des violons (mais est-ce vraiment des guitares ?). J'aime beaucoup le solo de batterie dans les ultimes secondes de la chanson.


Les paroles ci-dessous, les plus poignantes, arrivent au bout de 3 minutes :

All of the rumours
Keeping me grounded
I never said, I never said that they were
Completely unfounded
And all those lies
Written lies, twisted lies
Well, they weren't lies
They weren't lies / They weren't lies
I never said / I never said
I could have mentioned your name
I could have dragged you in
Guilt by implication / By association
I've always been true to you
In my own strange way
I've always been true to you
In my own sick way

I've always stayed true to you









Morrissey - Speedway

Ce vieux poseur de Morrissey

De manière plus fugitive, je suis fan de cette première strophe dans le hit Bigmouth Strikes Again

Sweetness, sweetness I was only joking
When I said I'd like to smash every tooth
In your head

Cette chanson est d'ailleurs le plus grand hit des Smiths, la seule de leurs chansons que j'entendais aux soirées étudiantes (et encore, ça faisait un bide une fois sur deux). Il faut avouer que le petit riff de guitare à 50 secondes est im-pa-rable, tellement caractéristique du style de Johnny Marr.







The Smiths - Bigmouth Strikes Again

Ou encore ces phrases de Heaven Knows I'm Miserable Now, qui évoquent si bien le côté artificiel/masochiste de l'alcool (c'est d'ailleurs la toute première chanson des Smiths que j'ai entendue, qui m'avait rendu si curieux de ce groupe et qui reste une de mes préférées)

I was happy in the haze of a drunken hour
But heaven knows I'm miserable now

et, plus loin (1'45) :

What she asked of me at the end of the day
Caligula would have blushed
"Oh, you've been in the house too long" she said
And I (naturally) fled
In my life, Why do I smile
At people who I'd much rather kick in the eye ?








The Smiths - Heaven Knows I'm Miserable Now

Now My Heart is Full
Cette chanson parle quant à elle de l'amitié mais j'avoue que je ne comprends pas toutes les paroles. Il me semble qu'elle traite de ces périodes où, après avoir connu l'échec (sentimental sans doute), on se retourne vers ses amis proches pour se reconstruire ("A whole house will need re-building"). Cette redécouverte de ses amis, à une période de fragilité, peut rendre très sentimental, au point que son cœur déborde d'affection pour ses amis retrouvés. Enfin, c'est mon interprétation. Si ça se trouve, il veut dire que son cœur est plein dans le sens où il n'y a plus de place pour quiconque.
Quoiqu'il en soit, cette chanson, qui ouvre Vauxhall & I, est superbe, sensible, mélodieuse. Une des merveilles de l'album.

There's gonna be some trouble
A whole house will need re-building
And everyone I love in the house
Will recline on an analyst's couch quite soon
Your Father cracks a joke
And in the usual way
Empties the room

Tell all of my friends
(I don't have too many
Just some rain-coated lovers' puny brothers)
Dallow, Spicer, Pinkie, Cubitt
Rush to danger
Wind up nowhere
Patric Doonan - raised to wait
I'm tired again, I've tried again, and

Now my heart is full
Now my heart is full
And I just can't explain
So I won't even try to (...)








Morrissey - Now My Heart Is Full

Morrissey a également le génie des titres de chansons, titres certes à rallonge mais tellement évocateurs et qui sont de petits poèmes à eux seuls :
  • Sur la solitude amoureuse : Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me
  • Sur l'inconstance : I Started Something I Couldn't Finish
  • Sur la politique : Margaret at the Guillotine
  • Sur l'enfance : Barbarism Begins at Home
  • Sur un fait divers : Lifeguard Sleeping, Girl Drowning (peut-être mon titre préféré de tous)
  • Sur l'école : The Teachers Are Afraid Of The Pupils
  • Sur les filles : Some Girls Are Bigger Than Others
Quel autre artiste a écrit des titres de chansons aussi signifiants et originaux ?

Bref, Morrissey est peut-être quelqu'un d'assez agaçant, on peut détester ses poses de romantique torturé, sa voix, sa manière si particulière de chanter mais on ne me l'enlèvera pas l'idée qu'il est le Byron des temps modernes.

J'offre un pin's parlant à celui ou celle qui m'aura lu jusque là !

Retour aux 60s ?

lundi 13 octobre 2008

Depuis quelques semaines, un certain nombre de chansons récentes à la sonorité franchement 60s me trottent dans la tête. Des chansons sautillantes, fraîches, pop. Où l'on sent que le groupe qui l'interprète cherche avant tout à se faire plaisir et à rester léger. Bienvenue dans un petit monde nostalgique baigné de guitares fuzz, d'envolées psychédéliques et de "Wouh ouh ouh" et autres "Wap pap pap ! Pap pap pap pap la la !".


La première chanson, qui a déjà presque un an, est le résultat de l'association de The Blood Arm, groupe de rock indé californien , avec notre petite Anaïs bien de chez nous. Le fruit de leur collaboration, Do I Have Your Attention ?, est une petite merveille d'espièglerie pop. Le genre de chanson qui vous donne envie de mettre le volume au maximum et de sautiller partout - enfin, pour les plus flemmards, au moins de taper du pied. Le clip est bien sympa aussi.








The Blood Arm & Anaïs - Do I Have Your Attention ?




Foxboro Hot Tubs est le side-project d'un groupe très très connu qui avait décidé de nous faire le coup Romain Gary / Emile Ajar. Ils ont posté 6 chansons sur leur page Myspace au début de l'année, histoire de tester la réaction des internautes. La pochette résolument rétro ne permettait pas d'en savoir beaucoup plus. Il a fallu un peu de temps avant qu'on découvre qu'il s'agissaient des revenants grunge de Green Day. Eh oui.
Moi qui ne suis pas franchement fan de Green Day, je suis en revanche assez conquis par la fraîcheur qui se dégage de ces Foxboro Hot Tubs et de cette chanson Mother Mary en particulier. Encore une fois, (je me répète), c'est simple, naïf, joyeux, sautillant et en fin de compte très efficace.








Foxboro Hot Tubs - Mother Mary



Dans une voie un peu plus psychédélique, plus fin des années 60, voici The Black Hollies, un tout récent groupe de New York. Cette chanson, Paisley Pattern Ground, me fait au début penser aux Kinks ou aux Beatles et ensuite ressemble plus à des groupes californiens genre 13th Floor Elevator ou Jefferson Airplane. Bref, tout ce name-dropping pour dire que j'aime beaucoup ce titre qui n'a vraiment rien de moderne mais que je trouve très accrocheur. Tiens en le re-écoutant, je me dis que le riff pourrait sortir d'une chanson des White Stripes.








The Black Hollies - Paisley Pattern Ground




On termine ce petit tour avec This is Ivy League, un groupe de Brooklyn, qui renvoie aux années 60 à plus d'un titre : sur un campus à la Bob Dylan, ces deux garçons propres sur eux sont les meilleurs amis du monde comme Simon à Garfunkel et font une musique qui rappelle très fortement les Beach Boys.

Bon c'est sûr que ces deux types ne vont pas révolutionner la musique mais cette chanson, Visions of Tokyo, avec ses harmonies vocales, est tellement belle et tellement agréable à écouter qu'on ne peut vraiment pas leur reprocher leur passéisme.








This Is Ivy League - Visions of Tokyo

La Boum 2

dimanche 12 octobre 2008

Claude Pinoteau, 1982

Pitch : on prend les mêmes que dans La Boum, on avance de 2 ans et on recommence. Vic a maintenant 16 ans, elle est en seconde et elle s'intéresse plus que jamais aux garçons. Elle s'amourache de Philippe, un "grand" qui est en terminale (et que je trouve nettement mieux que ce gros benêt de Matthieu dans La Boum 1) avec qui elle se demande si elle va "le faire". Elle le délaisse momentanément pour Félix (Lambert Wilson), un vieux de 25 ans qui a même une voiture. Vic se rend toutefois rapidement compte qu'elle n'a rien à faire avec de vieux snobs de 10 ans de plus qu'elle et retourne vers Philippe.

De leur côté, les parents de Vic, Françoise (Brigitte Fossey) et François (Claude Brasseur), ont bien leur petites galères mais bon, c'est quand même beaucoup moins la loose pour eux que lors du premier épisode où ils avaient été à deux doigts de divorcer. En fait voilà, il ne se passe pas grand chose dans La Boum 2 - et c'est tant mieux.

La seule boum du film. C'est ici Mathieu, le vétéran de La Boum 1, qui danse avec Vic.

Franchement, ce film est largement mieux que le souvenir que j'en avais gardé. Certes, on retrouve les défauts du premier opus (l'exaspérante Denise Grey n'en étant pas le moindre) mais également les qualités : une certaine fraîcheur de ton, un côté documentaire et surtout la délicieuse Samantha, la petite sœur de Pénélope, qui fait de la danse, avec ses éternelles nattes et qui a maintenant 13 ans.

Malgré le titre, les boums ne sont plus très importantes. On pourrait craindre également que le film ne se focalise sur la perte de la virginité de Vic. En fait non, le film est bien moins trivial que ça et brosse de manière (relativement) subtile le portrait d'une jeune fille de 16 ans, par des successions de scènes où il y a très peu d'action mais beaucoup de jeu des sentiments. Rohmer n'est pas loin !

A ce propos, j'ai été frappé de voir que l'histoire s'apparente à la construction très carrée des Contes Moraux d'Eric Rohmer. Le personnage principal (Vic) semble avoir trouvé l'amour de sa vie (Philippe) mais se retrouve tenté par une tierce personne (Félix). Après moultes hésitations, notre héroïne finit par revenir dans le droit chemin et, au passage, a beaucoup appris sur la vie et sur elle-même.

Malgré quelques dérives inutiles de l'histoire (le mariage de l'arrière-grand-mère : quel intérêt ?), La Boum 2 est en fin de compte un film très ramassé, avec une vraie unité de lieu, de ton et de personnages. A revoir, franchement.

Vic et Philippe au concert des Cook Da Books. Bandana, briquets, toute une époque ...

En prime, voici donc l'inoubliable bande-son de La Boum 2, signée par les inénarrables Cook Da Books.







Cook Da Books - Your Eyes