A la Fluokids

samedi 18 octobre 2008

Samedi fin d'après-midi. Les sacs de fringue en désordre sur le lit. Il faut vaguement commencer à se préparer à sortir pour se mesurer à la nuit. Tant qu'à faire, autant écouter un peu de bonne musique avant d'être dans ces endroits, où, au mieux, on aura Ting Tings et Calvin Harris. La bande-son d'un magasin Gap. Oui ce qu'il me faut c'est un truc un peu entraînant, pour ne pas être tenté de rester, mais pas trop agressif. Voyons voir. Ah c'est vrai que c'est pas mal Ra Ra Riot. Une cigarette. Ah mais en fait elle est vraiment bien cette chanson. Plus fort. Je la remets au début. Comment ça s'appelle déjà ? Dying is Fine. Pas très joyeux. Fichtre, iTunes me dit que ça fait déjà 8 fois que je l'écoute aujourd'hui. Bon allez, je la passe à 4 étoiles. 9e écoute, 10e écoute. Ca me rappelle cette vieille chanson de Clap Your Hands Say Yeah, le même genre d'énergie. C'était à Londres, à 6 dans la Fiat pourrie de Sebastiano. Bon, en route, il faut que je pense à racheter des clopes.








Ra Ra Riot - Dying Is Fine








Clap Your Hands Say Yeah - The Skin Of My Yellow Country Teeth

Big up aux fluokids qui, malgré leurs textes sibyllins, ont musicalement toujours un coup d'avance sur tout le monde. Et puis je suis maintenant Facebook-friend de Hianta, trop la gloire.

Modern Love

mercredi 15 octobre 2008

Stéphane Kazandjian, 2008

Pitch : ainsi que son titre et son affiche le suggèrent, Modern Love est un film chorale qui traite des destinées sentimentales de trentenaires parisiens. Des couples cassent et des rencontres se font. Tout le monde est perdu et chacun cherche sa moitié.

Un enième film de plus dans ce genre me direz-vous ? Certes, certes mais Modern Love est original dans sa construction scénaristique : parmi les personnages, on trouve en effet Eric (Pierre-François Martin-Laval), qui a écrit le scénario d'un film appelé aussi Modern Love et qui sort sur les écrans au moment où se déroule l'histoire de notre film. Modern Love "le vrai film" contient donc des inserts de Modern Love " le faux film", qui s'avère être une comédie romantique et musicale, cliché à souhait, peuplée de bisounours, où tout va pour le mieux.

Ça peut paraître un peu tordu mais cette mise en abime fonctionne assez bien. Ce procédé illustre évidemment le décalage entre une vie sentimentale idéale, celle du faux film, faite de princes charmants et de filles en belle robe du soir, et la réalité où c'est bien sûr beaucoup plus compliqué. D'ailleurs dans le vrai film, le mec idéal, celui qui envoie des fleurs et laisse des petits mots gentils à sa douce, finit par se faire dégager purement et simplement, à base de "Tu es mon homme parfait mais tu n'es pas mon homme. Je suis désolée.". Jusqu'à un certain âge (30 ans à peu près), les filles n'aiment pas les garçons gentils, c'est bien connu. Bref.

Ce procédé de "film dans le film", qui permet de comparer la théorie à la pratique, n'est pas sans me rappeler d'ailleurs Maudite Aphrodite de Woody Allen : ce film était entrecoupé d'inserts de dieux grecs masqués qui donnaient, au beau milieu d'un théâtre grec, des leçons de vie aux protagonistes de la vraie histoire. Modern Love, en confrontant de la même manière l'idéal et la réalité, m'apparaît en fin de compte comme un film platonicien.

Je me suis demandé si le titre de ce film n'était pas un hommage à la géniallissime chanson éponyme de Bloc Party. J'ai un peu attendu pendant tout le film qu'elle arrive mais cela n'a pas été le cas. Voici donc un petit rattrapage (ah cette montée à 1'30 ... fantastique !)







Bloc Party - Modern Love

Je ne connaissais aucun des acteurs masculins. Il paraît que Stéphane Rousseau est un comique assez connu. J'ai plutôt apprécié Pierre-François Martin-Laval dans un rôle (certes assez classique) d'écrivain un peu looser. Les actrices sont toutes assez craquantes, chacune dans leur genre. Depuis que je l'ai vue dans Le Nouveau Jean-Claude (la fameuse adaptation de la BD des aventures de Jean-Claude Tergal), je suis assez fan de Clotilde Courau, de son sourire. De même, depuis OSS 117, j'ai un faible pour Bérénice Béjo. Quant à Alexandra Lamy (la fille de Un Gars / Une Fille), avec son visage longiligne et ses cheveux longs qu'elle renvoie en arrière d'un souffle, elle n'est pas sans me rappeler l'exquise Sandrine Kiberlain.

Pierre-François Martin-Laval et Clotilde Courau

Bon, ceci étant dit, ce film est quand même bourré de défauts, entendons-nous bien : c'est assez mal filmé, les scènes convenues pullulent et c'est parfois très lourd. Mais, pour les raisons citées plus haut (plus quelques bons dialogues), Modern Love est un film qui fonctionne pleinement.

Au passage, je retiens également la définition en 6 points de l'homme idéal, exposée et répétée plusieurs fois dans le film. L'homme idéal doit donc :
  1. Aimer les comédies romantiques
  2. Aimer l'ail (??)
  3. Ne pas aimer le foot
  4. Ne pas aimer jouer à la Playstation
  5. Être bon danseur
  6. Ne pas avoir une conduite agressive en voiture qui cache un manque de confiance en sa virilité
Malgré mon 6/6 (ah !), je me demande quelle rédactrice de magazines débiles (féminins ou masculins) a pu pondre une liste aussi totalitaire et normative.

J'allais oublier : il y a évidemment Kad Merad dans ce film, dans un petit rôle de kiné. Ouf !

Paroles Paroles Paroles

mardi 14 octobre 2008

Pendant longtemps je n'ai pas véritablement fait attention aux paroles des chansons en anglais que j'écoutais. Certes, je lisais consciencieusement les livrets qui accompagnaient le CD mais mon analyse se réduisait souvent à la compréhension des mots, des phrases et de la prononciation : ça me permettait de chanter sur le refrain. Si je pouvais déjà être séduit par quelques punch-line, comme seul l'anglais sait en faire, du type "She loves you, yeah yeah yeah", "And now you do what they taught you !" ou encore "You're gonna fight ! For your right ! To paaarty !", je n'étais pas touché par ces refrains, qui avaient pour moi l'efficacité d'un slogan publicitaire plutôt que la profondeur d'âme d'une page de Stendhal.

Les Smiths en pleine gloire : Andy Rourke, Morrissey, Mike Joyce, Johnny Marr

J'ai changé d'approche suite à l'amélioration de mon niveau d'anglais, et surtout, surtout, suite à ma découverte de Morrissey. Ce fut une révélation : on peut être un chanteur pop et avoir vraiment des choses à dire ! Même au travers de chansons qui parlent de sujets aussi banals (mais non triviaux !) que les histoires sentimentales. Que ce soit au sein des Smiths ou en solo, Morrissey a toujours pour moi dégagé une sensibilité exacerbée, ajoutée à une bonne dose de vitriol, que je n'avais connu que dans le cinéma ou la littérature. Bien sûr, Morrissey n'est pas le seul à écrire des textes bouleversants (il y a Leonard Cohen ou Jeff Buckley par exemple) mais il reste pour moi le meilleur, le plus percutant parolier anglophone que je connaisse. La comparaison avec les paroliers français est pour moi hors sujet, non pas que je les sous-estime (Gainsbourg !), mais tout simplement parce que le français est ma langue maternelle : ces deux langues ne jouent pas dans la même cour.

Bref, toute cette laborieuse introduction pour vous présenter ma sélection (très subjective) des plus belles paroles écrites par Morrissey. Et bien sûr, le fait que la musique qui accompagne ces textes soit souvent superbe ne fait que les sublimer.

Alsatian Cousin
Première chanson du premier album solo de Morrissey, Alsatian Cousin est pour moi d'une violence inouïe dans son traitement de cet horrible sentiment qu'est la jalousie. Morrissey, trompé, soumet son partenaire (garçon ou fille ? dur de savoir avec Morrissey) à un terrible interrogatoire. Il est trompé, il en est certain ("So I ask (even though I know)") mais il veut l'entendre de la bouche de son partenaire. Il adopte ce travers tellement habituel et destructeur de la jalousie, à demander ainsi tous les détails : quand ? où ? comment ? sur le bureau ? C'est une chanson d'une beauté stupéfiante, bien qu'assez difficile d'accès. La musique est à l'image des affres de Morrissey, avec cette guitare déchirante. J'apprécie particulièrement le break et la reprise au bout de 2 minutes.

Were you and he lovers ?
And would you say so if you were ?
On a forecourt / On a Friday
Passing my way
Oh...

Were you and he lovers ?
And if you were, then say that you were!
On a groundsheet / Under canvas
With your tent-flap
open wide

A note upon his desk
"P.S. Bring Me Home And Have Me!"
Leather elbows on a tweed coat
Is THAT the best you can do ?
So came his reply :
"But on the desk is where I want you!"
So I ask (even though I know):
Were you and he lovers ?









Morrissey - Alsatian Cousin

Speedway
Dans cette chanson qui clôt le superbe Vauxhall & I, les paroles sont un peu plus elliptiques pour moi mais non moins touchantes. Aparemment, cette fois-ci c'est Morrissey qui a des écarts à se faire pardonner vis-à-vis de son partenaire. Il avoue que tous ces mensonges qu'on a dit à son sujet étaient en fait la réalité. La dernière strophe ("In my own strange way ...") est bouleversante de contrition et de sincérité. On a envie de tout lui pardonner quand on entend ça.


Musicalement, cette chanson est assez étonnante, avec son bruit de tronçonneuse et ses guitares tellement triturées qu'on dirait des violons (mais est-ce vraiment des guitares ?). J'aime beaucoup le solo de batterie dans les ultimes secondes de la chanson.


Les paroles ci-dessous, les plus poignantes, arrivent au bout de 3 minutes :

All of the rumours
Keeping me grounded
I never said, I never said that they were
Completely unfounded
And all those lies
Written lies, twisted lies
Well, they weren't lies
They weren't lies / They weren't lies
I never said / I never said
I could have mentioned your name
I could have dragged you in
Guilt by implication / By association
I've always been true to you
In my own strange way
I've always been true to you
In my own sick way

I've always stayed true to you









Morrissey - Speedway

Ce vieux poseur de Morrissey

De manière plus fugitive, je suis fan de cette première strophe dans le hit Bigmouth Strikes Again

Sweetness, sweetness I was only joking
When I said I'd like to smash every tooth
In your head

Cette chanson est d'ailleurs le plus grand hit des Smiths, la seule de leurs chansons que j'entendais aux soirées étudiantes (et encore, ça faisait un bide une fois sur deux). Il faut avouer que le petit riff de guitare à 50 secondes est im-pa-rable, tellement caractéristique du style de Johnny Marr.







The Smiths - Bigmouth Strikes Again

Ou encore ces phrases de Heaven Knows I'm Miserable Now, qui évoquent si bien le côté artificiel/masochiste de l'alcool (c'est d'ailleurs la toute première chanson des Smiths que j'ai entendue, qui m'avait rendu si curieux de ce groupe et qui reste une de mes préférées)

I was happy in the haze of a drunken hour
But heaven knows I'm miserable now

et, plus loin (1'45) :

What she asked of me at the end of the day
Caligula would have blushed
"Oh, you've been in the house too long" she said
And I (naturally) fled
In my life, Why do I smile
At people who I'd much rather kick in the eye ?








The Smiths - Heaven Knows I'm Miserable Now

Now My Heart is Full
Cette chanson parle quant à elle de l'amitié mais j'avoue que je ne comprends pas toutes les paroles. Il me semble qu'elle traite de ces périodes où, après avoir connu l'échec (sentimental sans doute), on se retourne vers ses amis proches pour se reconstruire ("A whole house will need re-building"). Cette redécouverte de ses amis, à une période de fragilité, peut rendre très sentimental, au point que son cœur déborde d'affection pour ses amis retrouvés. Enfin, c'est mon interprétation. Si ça se trouve, il veut dire que son cœur est plein dans le sens où il n'y a plus de place pour quiconque.
Quoiqu'il en soit, cette chanson, qui ouvre Vauxhall & I, est superbe, sensible, mélodieuse. Une des merveilles de l'album.

There's gonna be some trouble
A whole house will need re-building
And everyone I love in the house
Will recline on an analyst's couch quite soon
Your Father cracks a joke
And in the usual way
Empties the room

Tell all of my friends
(I don't have too many
Just some rain-coated lovers' puny brothers)
Dallow, Spicer, Pinkie, Cubitt
Rush to danger
Wind up nowhere
Patric Doonan - raised to wait
I'm tired again, I've tried again, and

Now my heart is full
Now my heart is full
And I just can't explain
So I won't even try to (...)








Morrissey - Now My Heart Is Full

Morrissey a également le génie des titres de chansons, titres certes à rallonge mais tellement évocateurs et qui sont de petits poèmes à eux seuls :
  • Sur la solitude amoureuse : Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me
  • Sur l'inconstance : I Started Something I Couldn't Finish
  • Sur la politique : Margaret at the Guillotine
  • Sur l'enfance : Barbarism Begins at Home
  • Sur un fait divers : Lifeguard Sleeping, Girl Drowning (peut-être mon titre préféré de tous)
  • Sur l'école : The Teachers Are Afraid Of The Pupils
  • Sur les filles : Some Girls Are Bigger Than Others
Quel autre artiste a écrit des titres de chansons aussi signifiants et originaux ?

Bref, Morrissey est peut-être quelqu'un d'assez agaçant, on peut détester ses poses de romantique torturé, sa voix, sa manière si particulière de chanter mais on ne me l'enlèvera pas l'idée qu'il est le Byron des temps modernes.

J'offre un pin's parlant à celui ou celle qui m'aura lu jusque là !

Retour aux 60s ?

lundi 13 octobre 2008

Depuis quelques semaines, un certain nombre de chansons récentes à la sonorité franchement 60s me trottent dans la tête. Des chansons sautillantes, fraîches, pop. Où l'on sent que le groupe qui l'interprète cherche avant tout à se faire plaisir et à rester léger. Bienvenue dans un petit monde nostalgique baigné de guitares fuzz, d'envolées psychédéliques et de "Wouh ouh ouh" et autres "Wap pap pap ! Pap pap pap pap la la !".


La première chanson, qui a déjà presque un an, est le résultat de l'association de The Blood Arm, groupe de rock indé californien , avec notre petite Anaïs bien de chez nous. Le fruit de leur collaboration, Do I Have Your Attention ?, est une petite merveille d'espièglerie pop. Le genre de chanson qui vous donne envie de mettre le volume au maximum et de sautiller partout - enfin, pour les plus flemmards, au moins de taper du pied. Le clip est bien sympa aussi.








The Blood Arm & Anaïs - Do I Have Your Attention ?




Foxboro Hot Tubs est le side-project d'un groupe très très connu qui avait décidé de nous faire le coup Romain Gary / Emile Ajar. Ils ont posté 6 chansons sur leur page Myspace au début de l'année, histoire de tester la réaction des internautes. La pochette résolument rétro ne permettait pas d'en savoir beaucoup plus. Il a fallu un peu de temps avant qu'on découvre qu'il s'agissaient des revenants grunge de Green Day. Eh oui.
Moi qui ne suis pas franchement fan de Green Day, je suis en revanche assez conquis par la fraîcheur qui se dégage de ces Foxboro Hot Tubs et de cette chanson Mother Mary en particulier. Encore une fois, (je me répète), c'est simple, naïf, joyeux, sautillant et en fin de compte très efficace.








Foxboro Hot Tubs - Mother Mary



Dans une voie un peu plus psychédélique, plus fin des années 60, voici The Black Hollies, un tout récent groupe de New York. Cette chanson, Paisley Pattern Ground, me fait au début penser aux Kinks ou aux Beatles et ensuite ressemble plus à des groupes californiens genre 13th Floor Elevator ou Jefferson Airplane. Bref, tout ce name-dropping pour dire que j'aime beaucoup ce titre qui n'a vraiment rien de moderne mais que je trouve très accrocheur. Tiens en le re-écoutant, je me dis que le riff pourrait sortir d'une chanson des White Stripes.








The Black Hollies - Paisley Pattern Ground




On termine ce petit tour avec This is Ivy League, un groupe de Brooklyn, qui renvoie aux années 60 à plus d'un titre : sur un campus à la Bob Dylan, ces deux garçons propres sur eux sont les meilleurs amis du monde comme Simon à Garfunkel et font une musique qui rappelle très fortement les Beach Boys.

Bon c'est sûr que ces deux types ne vont pas révolutionner la musique mais cette chanson, Visions of Tokyo, avec ses harmonies vocales, est tellement belle et tellement agréable à écouter qu'on ne peut vraiment pas leur reprocher leur passéisme.








This Is Ivy League - Visions of Tokyo

La Boum 2

dimanche 12 octobre 2008

Claude Pinoteau, 1982

Pitch : on prend les mêmes que dans La Boum, on avance de 2 ans et on recommence. Vic a maintenant 16 ans, elle est en seconde et elle s'intéresse plus que jamais aux garçons. Elle s'amourache de Philippe, un "grand" qui est en terminale (et que je trouve nettement mieux que ce gros benêt de Matthieu dans La Boum 1) avec qui elle se demande si elle va "le faire". Elle le délaisse momentanément pour Félix (Lambert Wilson), un vieux de 25 ans qui a même une voiture. Vic se rend toutefois rapidement compte qu'elle n'a rien à faire avec de vieux snobs de 10 ans de plus qu'elle et retourne vers Philippe.

De leur côté, les parents de Vic, Françoise (Brigitte Fossey) et François (Claude Brasseur), ont bien leur petites galères mais bon, c'est quand même beaucoup moins la loose pour eux que lors du premier épisode où ils avaient été à deux doigts de divorcer. En fait voilà, il ne se passe pas grand chose dans La Boum 2 - et c'est tant mieux.

La seule boum du film. C'est ici Mathieu, le vétéran de La Boum 1, qui danse avec Vic.

Franchement, ce film est largement mieux que le souvenir que j'en avais gardé. Certes, on retrouve les défauts du premier opus (l'exaspérante Denise Grey n'en étant pas le moindre) mais également les qualités : une certaine fraîcheur de ton, un côté documentaire et surtout la délicieuse Samantha, la petite sœur de Pénélope, qui fait de la danse, avec ses éternelles nattes et qui a maintenant 13 ans.

Malgré le titre, les boums ne sont plus très importantes. On pourrait craindre également que le film ne se focalise sur la perte de la virginité de Vic. En fait non, le film est bien moins trivial que ça et brosse de manière (relativement) subtile le portrait d'une jeune fille de 16 ans, par des successions de scènes où il y a très peu d'action mais beaucoup de jeu des sentiments. Rohmer n'est pas loin !

A ce propos, j'ai été frappé de voir que l'histoire s'apparente à la construction très carrée des Contes Moraux d'Eric Rohmer. Le personnage principal (Vic) semble avoir trouvé l'amour de sa vie (Philippe) mais se retrouve tenté par une tierce personne (Félix). Après moultes hésitations, notre héroïne finit par revenir dans le droit chemin et, au passage, a beaucoup appris sur la vie et sur elle-même.

Malgré quelques dérives inutiles de l'histoire (le mariage de l'arrière-grand-mère : quel intérêt ?), La Boum 2 est en fin de compte un film très ramassé, avec une vraie unité de lieu, de ton et de personnages. A revoir, franchement.

Vic et Philippe au concert des Cook Da Books. Bandana, briquets, toute une époque ...

En prime, voici donc l'inoubliable bande-son de La Boum 2, signée par les inénarrables Cook Da Books.







Cook Da Books - Your Eyes

Rebelles

vendredi 10 octobre 2008

Deux vieux groupes de vieux rebelles ont repris la route récemment et ont tourné dans tous les festivals cet été : Rage Against The Machine et les Sex Pistols. Bon très bien mais qui peut encore croire à la sincérité de leur posture ? Ça ne me dérange pas qu'ils se fassent de l'argent sur ces tournées (évidemment, ils ne jouent pas dans des salles de moins de 20 000 personnes à 60€ la place) mais au moins qu'ils arrêtent de jouer aux révoltés. Entre les Sex Pistols dont le chanteur John Lydon est ouvertement xénophobe et Zack de la Rocha qui nous parle de Che Guevara avec la même maturité et le même recul qu'un adolescent en pleine crise existentielle, il n'y a pas beaucoup de message pertinent à aller chercher chez ces rebelles de pacotille.

Formation originale des Dead Kennedys : le fou furieux Jello Biafra est le 2e à partir de la gauche

Non, les vrais rebelles, les purs et durs, les ultras, ce sont les ... Dead Kennedys ! Et plus précisément, son leader, Eric Reed Boucher, dit Jello Biafra, le genre de type qui préfèrera toujours se saborder plutôt que se compromettre (on parle parfois de lui comme de la plus grande star du hardcore (!)). Il est passé plusieurs fois par la case prison, pour outrage envers à peu près tout le monde, et a fini par abandonner la musique pour se lancer dans une carrière d'activiste politique.

Son groupe, les Dead Kennedys, d'obédience punk, s'est fait connaître au début des années 80 par ses paroles incendiaires, son obscénité et ses attaques au vitriol contre la société de consommation, Ronald Reagan et l'american way of life en général. Les titres de leurs chansons donnent une bonne idée du mélange d'outrance et d'ironie qui caractérise Jello Biafra : California über Alles, In God We Trust Inc., Frankenchrist, Too Drunk to Fuck (repris récemment par Nouvelle Vague), Kill The Poor, Nazi Punks Fuck Off!, Let's Lynch The Landlord etc etc. A force d'excès et de procès, le groupe a fini par sombrer en 1986, après un cinquième et dernier album intitulé Bedtime for Democracy.

Je suis assez fan du titre Kill The Poor : on sent une vraie hargne dans la manière dont Jello Biafra chante les paroles du premier couplet. Musicalement, c'est très accrocheur, après un début martial, ça bascule dans le punk pur et dur. Les paroles qui proposent de tuer les pauvres pour résoudre tout les problèmes sont assez mordantes :

Efficiency and progress is ours once more
Now that we have the Neutron bomb
It's nice and quick and clean and gets things done
Away with excess enemy
But no less value to property
No sense in war but perfect sense at home.
The sun beams down on a brand new day
No more welfare tax to pay
Unsightly slums gone up in flashing light
Jobless millions whisked away.
At last we have more room to play
All systems go to kill the poor tonight









Dead Kennedys - Kill The Poor


Notre Didier Super national s'en est-il inspiré pour écrire son tube Marre des pauvres ?


J'aime également California Uber Alles. Écrite au départ en l'"honneur" de Jerry Brown, gouverneur de Californie, cette chanson a été remaniée par les Dead Kennedys lors de l'élection de Ronald Reagan à la présidence et renommée "We've got a bigger problem now". En plus du refrain bien efficace, j'apprécie particulièrement l'espèce de break qui intervient à 1'40 (now it's 1984 ...) : le rythme martial et la voix caverneuse de Jello Biafra rendent la chanson assez inquiétante. Au-delà du titre coup de poing, Jello Biafra livre une charge sans nuances contre le mode de vie californien zen / bio qu'on lui impose. A l'heure des fascisantes campagnes manger-bouger que l'on subit chez nous, cette chanson reste pour moi tout à fait d'actualité.
Zen fascists will control you
100% natural
You will jog for the master race
And always wear the happy face








Dead Kennedys - Californa Uber Alles

The Dead Kennedys (de gauche à droite): Jello Biafra, DH Peligro, East Bay Ray, Klaus Flouride

Jello Biafra a toujours refusé toute reformation du groupe : tant mieux !