Le Sang des Bêtes

mardi 9 décembre 2008

Le Sang des Bêtes - Georges Franju Georges Franju, 1952

Le Sang des Bêtes, premier film de Georges Franju, est un court-métrage documentaire sur les abattoirs du canal de l'Ourq dans les années 50.

Servi par un noir & blanc contrasté et un commentaire neutre, Le Sang des Bêtes annonce bien l'univers visuel particulier que Franju développera par la suite dans ses long-métrages de fiction. Les plans sont remarquablement bien construits et mettent en valeur avec force ces images saisissantes, presque surréalistes, de troupeaux puis de carnage d'animaux aux portes de Paris.

Le Sang des Bêtes - Georges Franju - VachesL'étonnant spectacle de troupeaux de vaches marchant vers la mort sur le pavé parisien

Ce film m'a frappé par sa crudité : le processus d'abattage, équarrissage et dépeçage de ces pauvres bêtes est montré, certes sans ostentation, mais également sans aucune censure. Au-dessus de véritables mares de sang, les animaux sont alignés comme s'il s'agissait de simples objets, le tout baigné dans une vapeur suffocante émanant des corps sans vie mais encore chauds. Les abatteurs exécutent mécaniquement ce travail, qu'on devine pénible, sans aucun sadisme mais sans aucune gêne non plus, la clope au bec et souriant à la caméra. C'est un boulot comme un autre, semblent-ils dire. Sept ans après la découverte des camps de la mort, Franju veut-il montrer à quel point l'habitude et les ordres peuvent rendre banals des actes d'une cruauté a priori révoltante ?

Le Sang des Bêtes - Georges Franju - AbattoirL'équarrisseur et sa scie (et sa clope)

Il est aussi possible que Franju ait un propos un peu plus "végétarien" et que le message soit, en gros : "Regardez, chers bourgeois citadins amateurs de bonne viande, regardez l'ignoble travail qu'il faut accomplir, à 2 pas de votre restaurant, pour que vous puissiez avoir dans votre assiette une bonne bavette bien saignante." Je me demande ce que la SPA pense d'un tel film. Et je me demande surtout comment ça se passe maintenant, dans les abattoirs. Si tout cela est moins brutal.

En tous cas, si vous vous sentez de moins en moins carnivore, regardez Le Sang des Bêtes et vous basculerez définitivement dans le camp des végétariens !

Le Sang des Bêtes - Georges FranjuÇa bosse, ça bosse.

Le Sang des Bêtes - Georges Franju - NonnesTiens, tiens ... des bonnes soeurs ! Le fétichisme de Franju à leur sujet ne date donc pas d'hier.

MoteurCoupez !

lundi 8 décembre 2008

MoteurCoupez - Jean Rollin - OvidieMoteurCoupez !
Mémoires d'un cinéaste singulier

Jean Rollin
500 pages, 32€, 2008
Editions Edite

Vu que j'ai un peu de mal depuis 2 semaines à écrire sur le cinéma et la musique, autant parler un peu de littérature. Enfin, pas de littérature avec un grand L puisqu'il s'agit ici des mémoires d'un cinéaste que j'affectionne : Jean Rollin ! Eh oui. Ce beau livre, intitulé "MoteurCoupez !" (disponible ici), agrémenté de 350 photos superbes et inédites, est publié depuis 2 semaines aux éditions Edite. Je l'ai trouvé hier au fin fond de la back-room un peu glauque de la librairie gay L'Eau à la Bouche et je l'ai lu quasiment d'une traite.


Même si l'on n'est pas familier de l'univers si particulier des films de Rollin, MoteurCoupez est un livre passionnant qui aurait pu s'intituler "Comment faire du cinéma lorsqu'on est fauché, poète, intransigeant, hors-mode, un peu alcoolique et très mal organisé".



Dans toutes les directions
Il est d'abord très amusant de constater que ce livre est proche d'un film de Rollin dans sa désorganisation et son côté foutraque. Au delà de la ponctuation aléatoire, de dates erronées, de noms propres dont l'orthographe change (au sein d'un même paragraphe ! Barbara Stanwyck devenant ainsi parfois Barbara Stanwick - p.320) ou encore de légendes ne correspondant pas aux images, j'ai été frappé par le total manque de construction de ce bouquin. On pourrait s'attendre à un récit chronologique de la vie et l'œuvre de Jean Rollin. Eh bien, pas du tout !

Au début, tout va bien : les toutes premières pages sont consacrées à son enfance cinéphilique, où il décrit sa fréquentation assidue des cinémas autour de la Place de Clichy et son admiration pour Henri Langlois (il partage en cela la même éducation que Truffaut). Mais, au bout de quelques pages sur ce thème là, le livre re-bascule sur la mère de Rollin et ses amants, parmi lesquels Georges Bataille, avant de s'embarquer dans la description ultra détaillée de personnages rencontrés pendant la jeunesse du cinéaste - personnages qui ne réapparaissent jamais par la suite - puis une premières parenthèse sur telle personne que Rollin admire avant d'enchaîner sur une anecdote sur Buster Keaton.

Un petit exemple du style "coq à l'âne" / énumération de noms :
Outre Lolo, il y a le parler inimitable du grand Marcel Herrand, disant à Arletty : "Mon ange...", à d'autres : "Absolu-ment pas !". Mon père m'a raconté qu'il avait joué au théatre avec lui, qui fut d'ailleurs merveilleux en Fantômas dans le film de Jean Sacha. Sur scène, mon père, qui jouait torse nu, sentait les yeux de Marcel Herrand qui le brûlait littéralement... Marcel Herrand était homosexuel. Ainsi que Louis Salou qui jouait également dans Les Enfants du Paradis, et épousa cependant Marianne Oswald, amie intime de Denise. Salou se suicida peu après. Marianne organisa un banquet pour son propre suicide et invita une cinquantaines d'amis. Tout le Flore, les Deux Magots et le Select étaient là. (p. 28)
Dès la page 10, on est perdu. Et tout le reste est à l'avenant : chaque page, chaque idée, chaque anecdote se perd en digressions incessantes et en name-dropping sans fin. Jean Rollin ouvre des dizaines de parenthèses qu'il ne referme jamais. Comme devant ses films, il faut un minimum de concentration pour ne pas perdre le fil - malgré la relative simplicité du propos.

MoteurCoupez - Jean Rollin - Le Viol du VampireUn énième plan saisissant du Viol du Vampire

Dans les 100 premières pages, on a en gros une section par film et après ça devient n'importe quoi : les films sont évoqués les uns à la suite des autres mais ne correspondent plus toujours aux images en regard (il m'a ainsi fallu du temps pour trouver les pages traitant de Fascination) et même lorsque Jean Rollin évoque sa fin de carrière, au milieu du livre à peu près, on en est toujours au chapitre intitulé "Une Jeunesse Cinéphilique" ! Avec une clairvoyance qui force le respect, la deuxième partie est sobrement intitulée "Le grand fouillis".

MoteurCoupez - Jean RollinSincère et naïf
A la réflexion, tous ces défauts de forme, qui sont peut-être voulus, sont sans importance face au fond du livre. Car, comme dans ses films, malgré des défauts criants, Jean Rollin parvient à exprimer une touchante sincérité. Ce type hors-norme est avant tout un poète pétri d'intégrité et de sensibilité. Et il a l'immense mérite d'être honnête : il reconnaît volontiers la médiocrité technique d'un grand nombre de ses films et avoue n'avoir jamais fait de direction d'acteurs (et pour cause !).
Je trouvais mon scénario parfaitement construit et limpide. Mais j'étais le seul, personne ne comprenait quelque chose à mon histoire (...) Une fois le film monté, tout le monde sauf moi du se rendre à l'évidence : il était impossible d'y comprendre quelque chose. (p50 & 56)
Sur les acteurs
Je hais les acteurs. Ils font partie d'un monde qui m'est étranger, ils sont frileux, il faut prendre des gants avec eux, on ne sait jamais s'ils se prennent au sérieux (je crois que oui). (p.291)
En revanche, il défend avec virulence ce qui me plaît tant dans ses films, à savoir le surréalisme poétique qu'il essaie d'influer dans chaque plan. Jean Rollin a toujours été pour moi un poète de l'image et c'est ainsi qu'il se définit. Enfin, dernier détail touchant, on sent encore Jean Rollin s'étrangler lorsqu'il évoque tous ces critiques qui l'ont démoli pendant sa carrière avec une virulence totalement disproportionnée.
A ce propos, un passage absolument surréaliste et qui m'a tellement fait sursauter que je l'ai relu 3 fois pour être bien sûr de ce qui était écrit :
Un seul critique fit un éloge dithyrambique du film. Ce critique se nommait Jio Berk - son vrai nom, flamand, était imprononçable pour qui que ce soit, et il avait choisi comme pseudonyme le célèbre personnage de Gébé. Il devint décorateur pour mon deuxième film. C'était un ami très cher. Alcoolique, il se vida de son sang par l'anus et mourut en trois jours. (p 57)
Sans plus d'explication ! Hop, fin de l'histoire, fin du Jio Berk... Ce type est hallucinant !

Pour résumer, voici une bonne auto-critique en 2 lignes du Viol du Vampire
Aujourd'hui je suis fier de ce film : maladroit certes, bancal assurément mais avant tout, j'insiste là-dessus, sincère et naïf. (p.277)
MoteurCoupez - Jean RollinFasciné par la marginalité sous toutes ses formes, Jean Rollin évoque dans ce livre (passionnant, je le répète) toutes les formes d'art qui ont façonné son goût de l'étrange, en particulier les serials (ou "illustrés") italiens des années 50 dont il reprendra directement certaines images. A peu près au milieu du livre, Jean Rollin part dans une digression d'une cinquantaine de pages (!) sur ses films de série B préférés. Ces 50 pages valent de l'or et justifient à elles seules l'achat de ce livre. Au-delà des résumés de ces films qui sont franchement hallucinants, du type "des surfeurs nazis attaquent une ruche de mort-vivants et sont mis en pièce par des vampires mutants", Jean Rollin se passionne avec un enthousiasme sincère pour tel ou tel plan, scène, acteur de ces films hétéroclites (films de vampires mexicains, séries B américaines, films de Franju). Cet enthousiasme est communicatif et me donne envie de me lancer à la chasse de ces trésors méconnus et difficiles à trouver.

Anecdotes
Enfin, au delà du propos artistique de l'auteur, MoteurCoupez est captivant dans ses récits de tournage. Il faut savoir que Jean Rollin a toujours été fauché et ambitieux ("Schlechte Kombination" comme disent les allemands). Entre désistements d'acteurs, pénurie de bobines, actrices nues grelottant de froid sur la fameuse plage de Dieppe (sur laquelle il FAUT que j'aille faire un pèlerinage), producteurs véreux, changements de scénario à la dernère minute et chambres d'hôtels saccagés, presque tous les tournages ont souvent tourné à la foire, d'autant plus que tout ce petit monde picolait et fumait comme des furieux.

MoteurCoupez - Jean Rollin - Le Frisson des VampiresLa fameuse traînée de sang du Frisson des Vampires

Ce passage extrait du tournage du Frisson des Vampires est assez étonnant. En gros, ils versent de la peinture rouge sur les murs du chateau et ça tourne mal :
Jacques Prayer, excellent photographe et qui faisait office de producteur délégué, le seul d'entre nous à n'être pas sous l'emprise de la boisson (sic), avait fait venir les pompiers. Mais ils eurent beau arroser, le donjon était en pierre poreuse et la longue traînée rouge vif doit encore s'y trouver. Nous avons immédiatement pris la route pour Paris. Je crois que René Lucot, grande vedette de son village, nous attend toujours avec un fusil.
Ou encore, on annonce à Jean Rollin que son moyen métrage le Viol du Vampire doit devenir un long métrage. Comment faire alors que la moitié est déja tournée ? C'est simple:
Il s'agissait tout d'abord de trouver une histoire. En effet, à la fin du Viol du Vampire, tous les personnages ou presque étaient morts. J'ai donc eu l'idée d'inventer une reine des vampires pour ramener à la vie, sous forme de vampires ou zombies, les indispensables protagonistes (p. 46)
Il suffisait effectivement d'y penser !

MoteurCoupez - Jean Rollin - La Vampire NueL'hommage direct à Judex de Georges Franju dans La Vampire Nue

Jean Rollin raconte tout cela avec un humour premier degré désarmant. Les anecdotes relatives aux tournages de films X sont également croustillantes. Il faut savoir que Jean Rollin s'est lancé dans cette voie car c'était pour lui la seule manière de gagner de l'argent et donc de financer ses films "normaux" et, au début, il était tellement gêné et prude qu'après avoir installé caméra et acteurs, il quittait le plateau pour aller au bistrot du coin le temps que la scène X soit tournée ! Incroyable !

Bref, MoteurCoupez est le cadeau de Noël idéal pour votre petit cousin qui commence à s'intéresser au cinéma. Un ouvrage de référence à lire, à relire et à ranger au côté du Hitch Book de Truffaut - qui reste pour moi le modèle du livre de cinéma : exhaustif, exigeant, pointu et passionné.

PS : chers lecteurs de Limoges (si il y en a), ne manquez surtout pas l’avant-première de La Nuit des Horloges, le tout dernier film de Jean Rollin, demain mardi 9 décembre (ou mercredi 10 ? le site de l'éditeur, aussi confus que le livre, indique la date fictive du mercredi 9 ici). Bref ça se passe à 20h30 au Lido avec présentation de l’ouvrage et ... en présence du maître ! En fait ce film est projeté ici ou là en avant-première depuis un an, ce qui semblerait indiquer qu’il a du mal à être distribué (on ne change pas une équipe qui gagne). L'actrice principale de ce film est Ovidie, ex-hardeuse, que vous aurez reconnue sur la très jolie couverture de MoteurCoupez.

Jean Rollin - Le Frisson des Vampires - Sandra JulienCe billet me donne l'occasion de reposter une image de la si belle Sandra Julien (Le Frisson des Vampires)

Merci à Clifford Brown pour les scans de la couverture et 4e de couverture

La bande-son de votre correspondance à Châtelet-Les Halles

lundi 24 novembre 2008

Voici trois titres dont l'écoute, à un volume élevé, est particulièrement adaptée aux déambulations dans les couloirs glauques du métropolitain.

Châtelet
Zum Zum de l'anglais Mike Monday est une petite perle d'électro minimale. Le passage entre 1 et 2 minutes est pour moi le plus réussi : sur une rythmique aussi basique qu'efficace se déposent des petites touches sonores (des tchak, des cling, des wizzz) qui sont comme autant de coups de pinceaux de cette toile sombre, dépouillée et déshumanisée.







Mike Monday - Zum Zum (Audiojack Remix)

Les deux filous de Justice ont composé en septembre dernier la bande-son du défilé de la collection Dior Homme. Cette œuvre s'appelle Planisphère et est découpé en 4 morceaux. Le premier, ci-dessous, reprend tous les ingrédients qui ont fait le succès du duo : une rythmique lente et lourde, des sonorités abrasives qui composent une mélodie simple et accrocheuse et surtout ces synthés-orgue (à 3'35) qui donnent toujours un côté messianique à leurs chansons. Rien de révolutionnaire là-dedans mais ça reste bigrement efficace. Ces deux types sont vraiment très forts.







Justice - Planisphère (Part 1)

Zombies, des new-yorkais de Designer Drugs, est une chanson bien glauque qui débute sur les chapeaux de roue, un peu trop d'ailleurs. Mais attendez 25 secondes et vous entendrez l'arrivée d'un thème de synthé très accrocheur et très inquiétant : la bande-son d'un scène de poursuite dans une film d'épouvante. Au bout de 52 secondes, surgit une rythmique imparable qui ressemble au meilleur de Boys Noize. Le break à 2'25 est franchement apocalyptique, d'une séduisante noirceur. Bref, même si tout cela est plutôt sombre, c'est que du bon.







Designer Drugs - Zombies

Nuits Rouges - Georges FranjuLa vision que j'ai de mes congénères du métro (image extraite de Nuits Rouges de Georges Franju - 1974)

Rames sans conducteur, tourniquets qui bippent, distributeurs automatiques de tickets, voix enregistrées : je me demande parfois comment on a fait pour en arriver à un tel niveau de déshumanisation dans l'environnement souterrain de Paris. Ca me laisse perplexe. A partir de quand cela a-t-il commencé à clocher ? Est-ce inéluctable ? Tournez à gauche, serrez à droite, attendez avant de monter, levez-vous de votre strapontin etc. Dans cet univers parallèle où la vie semble être mise entre parenthèses, le champ des possibles est sacrément restreint. Et puis toutes ces rames, ces couloirs, ces quais sont décorés de manière tellement étrange : qui voudrait ce mobilier impersonnel et cet éclairage blafard dans son salon ?

Dans cet environnement irréel, la foule m'évoque la photo ci-dessus : cohorte de morts-vivants vaguement menaçants, au regard vide et aux gestes mécaniques. Moi le premier. Pour que la pilule passe mieux, j'écoute alors les trois titres ci-dessus. Ces chansons abstraites et désincarnées, sans paroles et sans chaleur, m'aident à rentrer en osmose avec les troupeaux de zombies qui m'entourent et les néons glauques qui m'éclairent. Paradoxalement, ces chansons m'aident aussi à me détacher de tout cela et me font un peu flotter au-dessus de la masse. Je trouve qu'on se sent un peu comme Christopher Walken dans The Deer Hunter : partie prenante d'une grande machine mais détaché de soi, extérieure à sa personne.

Châtelet-les Halles : bienvenue en enferBienvenue dans un monde parallèle

Bon, je dis tout ça parce que c'est mon quotidien. Il y a 10 ans, sur les mêmes chansons, j'aurais peut-être écrit "Ouais, ça me rappelle trop le set de DJ machin, au lever de soleil sur la plage à Ibiza, avec Bobby et ce groupe de danoises, en pleine descente d'ecsta (les danoises, pas moi). Trop bien.". Autres temps, autres évocations.

Judex

jeudi 20 novembre 2008

Judex - Georges Franju - PosterGeorges Franju, 1963

En 3 films à peine (Les Yeux sans Visage, Judex et Nuits Rouges, dont je parlerai bientôt), Georges Franju vient de faire une entrée fracassante dans mon Top 10 des cinéastes préférés. J'ai bien peur que mon compteur Franju reste bloqué à 3 films pendant un certain temps. Ses autres films n'ont en effet jamais été édités en DVD (ou même en VHS) et sont absolument introuvables sur le net. J'ai vu qu'un autre de ses films, Pleins Feux sur l'Assassin (1960) serait projeté le 26 décembre à la Cinémathèque et j'hésite maintenant à écourter mes vacances de Noël pour ne pas le rater !

Judex est un remake du serial du même nom, réalisé par Louis Feuillade en 1916. Ou plutôt un hommage - comme nous le verrons plus loin. Ancêtre glorieux de Prison Break ou Plus Belle La Vie, le serial était un format de feuilleton à épisodes, très populaire dans les années 10, dont les plus connus étaient Les Vampires et surtout Fantômas (tous deux signés du même Louis Feuillade). Chacun des 10-12 épisodes d'une série était un moyen-métrage muet, parfois publié simultanément sous forme de romans-feuilletons dans les journaux, qui mêlait enquêtes policières à rebondissements, héros masqués et éléments fantastiques. Tous ces éléments sont repris avec beaucoup de bonheur par Georges Franju.

Judex - Georges Franju - Francine BergéDiana (Francine Bergé) en espionne masquée

Pitch : Judex (Channing Pollock), justicier masqué de son état, menace à coup de lettres anonymes de dénoncer le banquier Favraux, un fieffé gredin qui a trempé dans des affaires louches. Le banquier ne s'en soucie guère dans un premier temps et pense avant tout à organiser un bal de fiançailles pour sa fille Jacqueline (Edith Scob). Lors de cette fête, Favraux est mystérieusement assassiné. Profitant du trouble créé par cette mort, Diana (la divine Francine Bergé), ancienne employée des Favraux, tente de mettre la main sur des documents compromettants. Sa tentative échoue de peu et faute de mieux, elle décide d'enlever Jacqueline, la belle et évanescente fille du banquier mort (mais est-il vraiment mort ?) et dont est amoureux Judex. Bref, commencent alors de grandes parties de cache-cache et autres course-poursuites entre Judex et sa bande, Diana et sa bande et même le savoureux détective Cocantin qui ne comprend rien à rien. Mais, que fait la police me direz-vous ? Eh bien, rien, il n'y pas plus de police dans ce film que de vraisemblance. Mais cela n'a aucune importance.

Bon, je ne ferai pas durer le suspens plus longtemps : Judex est un chef-d'œuvre éblouissant, d'une grande modestie doublée d'une intelligence rare, un pur morceau de cinéma jubilatoire.

Un hommage
Comme dit plus haut, Judex est tout d'abord un hommage aux serials muets. Au-delà d'un certain nombre de gimmicks purement techniques (ouverture à l'iris, fondu au noir, cartons d'intertitres), l'histoire fait intervenir beaucoup d'ingrédients caractéristiques de ces serials : rebondissements à l"infini, chausses-trappes, deus ex machina, tours de magie, machines fantastiques et poursuites en voiture. Il est impossible de s'ennuyer une seconde. Contrairement aux Brigades du Tigre (la série TV hein, pas le film de 2006 avec l'infâme Clovis Cornillac) que je trouvais empêtrée dans une certaine rigueur formelle (née sans doute d'une volonté de reconstitution historique précise qui étouffe la fantaisie), Franju prend ici un parti pris esthétique qui fait que son film va au-delà de l'humble hommage à ces feuilletons policiers d'époque.

Judex - Georges Franju - Channing PollockPoursuite en voiture d'époque avec le jeune Pierrot, le savoureux détective Cocantin et l'inexpresssif Judex

Là où Franju est très fort, c'est qu'il arrive à nous faire aimer son hommage même si on ne connaît pas les films originaux (Les Vampires et Judex donc : que je n'ai jamais vus mais que je brûle de découvrir maintenant). Il n'y a jamais d'insistance sur les références utilisées, jamais de lourds clins d'œil de connivence au spectateur (en dehors peut-être d'un gros plan sur un livre de Fantômas). En fait, Franju se sert de ces films muets comme d'une boîte à outils dans laquelle il pioche certaines recettes qui lui permettent de servir son propos, le tout avec beaucoup d'humilité (Franju n'est pas un pillard). Et quel est ce propos ? Selon moi, il est d'offrir un poème visuel à son spectateur, une illustration cinématographique du surréalisme.

Un cinéma de corps
Judex - Georges Franju - Edith ScobFranju fait assez vite passer au second plan l'histoire invraisemblable qui nous est racontée. Ce qui compte pour lui, c'est l'image et l'émotion qu'elle dégage. Plus précisément, Judex est un film de corps. Les personnages sont incroyablement marquants, non pas par l'importance qu'ils ont dans l'histoire, ni même par leurs dialogues, mais uniquement par leurs apparences corporelles : silhouette, costume et visage. Tous crèvent l'écran, non par leur jeu d'acteur, mais tout simplement par leur existence physique. Franju ne saurait rendre ainsi un plus bel hommage au cinéma muet.

Le héros Judex, désincarné, impassible et inexpressif semble ne pas appartenir au monde des vivants. Edith Scob, toute de blanc vêtue, diaphane et évanescente, paraît sortie d'un tableau de Botticelli. Mais celle qui m'a le plus impressionné est Francine Bergé : avec sa tunique noire ultra-moulante, son masque de chat sur les yeux, son accroche-coeur dans les cheveux et sa dague le long de la cuisse, elle incarne l'un des personnages féminins les plus sexy et fascinants qu'il m'ait été donné de voir. Elle me rappelle d'ailleurs fortement l'über-sexy Emma Peel (période Diana Rigg) de Chapeaux Melons et Bottes de Cuir. Après un peu de recherche, il s'avère que ce personnage est directement inspiré d'Irma Vep, héroïne des Vampires de Feuillade (1914) et interprétée par la vénéneuse Musidoria.

Judex - Georges Franju - Francine Bergé - Strip tease nonne
Je ne suis pas prêt d'oublier le strip-tease que nous offre Diana déguisée en nonne. Notez qu'elle n'enlève sa coiffe qu'à la fin ! Délicieusement fétichiste et osé pour l'époque ...

Au-delà des personnages, on retrouve dans Judex le bestiaire habituel de Franju (dont le premier court-métrage, Le Sang des Bêtes, était un documentaire sur les abattoirs du Canal de l'Ourq) : des chiens, des colombes (celles qu'on retrouvera plus tard chez John Woo), des hommes-araignées qui grimpent le long des murs et surtout des personnages à tête d'oiseau qui hantent le bal masqué, qui est pour moi une des plus belles scènes de cinéma qu'il m'ait été donné de voir.

Au bal masqué ohé ohé
La scène la plus marquante du film est donc le fameux bal masqué donné en l'honneur des fiançailles de Jacqueline. Au-delà du luxe majestueux qui s'en dégage, l'élément marquant de cette scène est que chaque invité porte un masque d'oiseau. Je laisse la parole à mon ami Jean Rollin :
"(...) le célèbre plan de JUDEX, qui part de ses pieds et remonte : on voit alors le personnage en smoking avec une tête de vautour tenant dans sa main une colombe morte en apparence, et il avance en traversant la salle du bal masqué et vient se mettre devant le maître des lieux avec sa colombe et il la ressuscite… sur la musique de Maurice Jarre. C'est un des plus beaux plans de toute l'histoire du cinéma pour moi. Je me le repasse souvent, mais bon c'est Franju qui l'a fait et signé, avec son immense talent."
Judex - Georges Franju - Bal masqué
Jean Rollin a bien raison : cette scène est stupéfiante de beauté, lourde d'une signification que je n'arrive pas à identifier mais qui plonge dans le plus profond de nos sens. J'aimerais bien avoir l'avis d'un psychanalyste sur cette scène ! En la voyant, on pense évidemment à cette scène de bal costumé orgiaque dans Eyes Wide Shut de Kubrick. Pour ma part, je pense également à quelques plans de La Vampire Nue de Rollin, où des personnages à têtes d'animaux se livrent à des expérimentations scabreuses sur des filles vampires.

Vous pouvez voir cette scène, en assez bonne qualité, ici. Mais pour les parisiens patients, attendez plutôt le passage du film à la Cinémathèque le 28 décembre à 19h. J'aurais vraiment préféré découvrir cette scène inoubliable sur grand écran plutôt que sur ma petite télé.

Judex - Georges Franju - Edith Scob - Bal masqué

Entendons-nous bien, Judex n'est pas non plus exempt de défauts (l'insignifiance de Channing Pollock, l'abondance de scènes qui dépassent la vraisemblance) mais ces petites failles sont balayées par l'extraordinaire esthétique du film et par beaucoup d'autres qualités que je peine à énumérer : l'économie de dialogue mettant si bien en valeur la narration, un humour omniprésent via ce personnage de Cocantin ou encore un expressionnisme constant (notamment via ces prises de vue où le premier et l'arrière plan sont séparés par une vitre).

Tentative de conclusion
Contrairement à un certain nombre de films-hommages qui n'ont pas d'existence propre (c'est à dire qu'ils n'auraient aucune valeur si l'objet de leur hommage n'avaient pas été là, je pense en particulier aux films de Tarantino, à la nouvelle trilogie Star Wars, à la franchise Scary Movie), Judex transcende les influences dont il se réclame.

On peut ne rien connaître des serials des années 1910, on peut même n'avoir jamais vu de films muets et, allons-y, on peut même n'avoir jamais vu de film tout court, on sera forcément bouleversé par Judex, objet de fascination qui nous ramène à l'essence même du cinéma : des images animées qui nous font voyager, vibrer, vivre. Oui, le cinéma semble avoir été inventé pour que des œuvres sensorielles comme Judex ou Mulholland Drive soient proposées à nos yeux ébahis.

Judex - Georges Franju - Francine BergéHelp !

Judex - Georges Franju - Channing PollockJ'aime beaucoup la construction de ce plan hautement expressionniste

Judex - Georges Franju - Francine BergéUne dernière fois, l'exquise Diana (Francine Bergé) en costume d'Irma Vep, avec sa petite dague à la cuisse

Italians Do It Better

mercredi 19 novembre 2008

Je n'ai pas tellement trouvé le temps récemment de découvrir de nouvelles pépites pointues donc j'en profite pour me pencher un peu sur l'Italo-Disco, ce genre musical d'une incroyable richesse qui s'est développé au début des années 80 et a connu son apogée en 83-85. Comme son nom l'indique, l'Italo-Disco vient du Disco, sur lequel ont été rajoutés des influences New Wave anglo-saxonnes, apportant ainsi une touche de mélancolie et surtout des synthés dégoulinants. L'Italo-Disco n'est pas exclusivement italienne, on trouve des groupes anglais ou allemands, mais la plupart des producteurs et compositeurs venaient de l'Italie du Nord.

1982, kick-off de l'Italo-Disco : l'équipe d'Italie est championne du monde de football

Avec sa succession de one-hit wonders et de groupes sans lendemain, l'Italo-Disco, à vocation résolument populaire, a longtemps été déconsidéré par l'élite avant que des artistes très actuels et très branchés ne se le rapproprient : des groupes aussi divers que Calvin Harris (avec sa chanson-aveu Acceptable in the 80s), Black Strobe (qui définit sa musique comme de l'italo-disco-goth !), Crystal Castles, Pnau, Shy Child ou Chromeo assument pleinement l'héritage de ces petites merveilles pop du début des années 80.

1. P.Lion : le pape de l'Italo-Disco
A tout seigneur tout honneur, commençons par P.Lion, de son vrai nom Pietro Paolo Pelandi, milanais pur souche au look de gendre idéal. Son premier single, Happy Children, a cassé la baraque en 1984 et s'est retrouvé en tête de tous les charts européens.







P.Lion - Happy Children

Son deuxième single, Dream, où l'on retrouve cette espèce de saxo-synthé qui fut sa marque de fabrique, a également été un grand succès. On connaît bien ce titre en France car il était la musique du générique d'une toute nouvelle émission sur une toute nouvelle chaîne : le fameux TOP 50 de Marc "les-p'tits-clous" Toesca. Pour une petite piqure de nostalgie que les moins de 30 ans ne peuvent pas connaître, je vous conseille vivement cette vidéo. En revanche, ne vous sentez pas obligé d'écouter Dream jusqu'au bout : au-delà de 4 minutes, ça devient assez horrible mais avant, vraiment, c'est que du bon.







P.Lion - Dream


2. USSR ou l'Italo-Disco Canal Historique
On enchaîne avec Eddy Huntington, un anglais, dont le premier titre et immense tube, USSR, a été écrit et produit par deux italiens. Cette excellente chanson est pour moi la quintessence de l'Italo-Disco. On y retrouve tous les ingrédients :
  • une bonne intro bien rythmée
  • un thème imparable décliné par des synthés-violons bien lourds, bien pleins (0'40)
  • des choeurs assez kitsch (0'55)
  • une voix pop et androgyne qui chante des couplets mélancoliques et un refrain accrocheur.
Et puis, toujours, des petits coups de synthés ici ou là, des mini solos de boite à rythme. Bref, une vraie réussite (j'insiste !).







Eddy Huntington - USSR


3. Ken Laszlo, le parrain
Une autre figure incontournable de l'Italo-Disco est Ken Laszlo, dont voici le titre-phare Hey Hey Guy. J'aime bien cette intro parlée que ne renierait pas aujourd'hui un groupe comme Mysteria.

Comme tant d'autre tubes Italo-Disco, Hey Hey Guy regorge de naïveté et de créativité : on sent que les types qui font ça s'amusent, explorent de nouvelles pistes avec leurs instruments électroniques et partent dans toutes les directions (cf. ce drôle de break à 2'15) - le tout avec une énergie très premier degré et une certaine absence de conscience de soi (il fallait vraiment n'en avoir aucune pour avoir de telles coupes de cheveux).







Ken Laszlo - Hey Hey Guy



4. Le meilleur titre d'Italo-Disco
Puisqu'on parle d'énergie, le summum dans le genre survitaminé est pour moi You Spin Me Round, ce fantastique tube italo-disco des anglais de Dead or Alive, dont le chanteur a un look kitschissime qui n'est pas sans rappeler Tokio Hotel. Je suis frappé par le crescendo permanent de cette chanson :
  • Premières secondes : le cri de ralliement "Watch out ! Here I come !" nous rappelle qu'on n'est pas là pour cueillir du muguet.
  • Très vite après : kick de batterie, mise en place de la rythmique. Ça avance pied au plancher, avec de petites giclées de synthé bien jouïssives.
  • 0'27 : arrivée d'une basse groovy au possible, la boum bat son plein.
  • 0'56 : alors qu'on croyait le climax atteint, on entre en hyper-espace avec l'arrivée d'un nouveau synthé et surtout une nouvelle accélération du tempo.
  • 1'18 : arrivée à sec du refrain ("You spin me right round baby right round ..."). La chanson devient une vraie locomotive, inarrêtable, lancée à pleine vitesse pour retourner les dancefloors de nos vertes années.
  • Et ensuite, on assiste à une succession de faux breaks ultra rapides et de micro solos de boites à rythmes déchaînées. Rien ne semble pouvoir ralentir cette machine folle (notez le bruit de verre cassé à 2'48).
Il y a une telle urgence dans cette chanson ! Comme si Dead or Alive n'avait que 4'30 pour laisser une empreinte dans l'histoire de la musique et qu'ils jouaient leur chance à fond.







Dead or Alive - You Spin Me Round (Like a Record)
Bon, vous l'aurez compris, j'adore You Spin Me Round. Si cette chanson était de Depeche Mode ou de New Order, nul doute qu'elle aurait une méga top crédibilité et serait régulièrement encensée par les Inrocks, Télérama et autres dictateurs du bon goût. Malheureusement, il ne s'agit ici que des ringardissimes Dead or Alive et cette chanson est cantonnée aux soirées rallyes du 16e. Dommage.

5. Atterrissage en douceur
Et pour terminer sur une note plus calme, voici un slow de Den Harrow, autre mastodonte de l'Italo-Disco, Stefano Zandri de son vrai nom. Sorti en 1987, Don't Break My Heart est un de ses derniers hits. Peut-être allez-vous hurler en entendant les premières notes de cette chanson, genre "Là c'est plus possible, les bornes du bon goût sont dépassées !".

Bon, c'est vrai que ça fait un peu peur au début mais, au bout de 2 ou 3 écoutes (eh oui ... j'ai donné de ma personne pour faire ce billet, à me farcir plusieurs fois un quadruple CD Best Of Italo Disco qui contenait son lot de daubes infâmes il faut bien l'avouer), donc bref, au bout de quelques écoutes, vous ne pourrez qu'être ému par la mélodie du refrain (à 1'25) et séduit par l'arrivée tout en douceur d'une rythmique impeccable vers 1'40.

En dehors de paroles bien faiblardes ("You took me by surprise / Just like a rainbow in the night" ... hum hum), Don't Break My Heart est pour moi une incontestable réussite, une chanson vraiment émouvante.








Den Harrow - Don't Break My Heart

Girl Next Door

mardi 18 novembre 2008

Luke Greenfield, 2004

Pitch : Matthew (Emile Hirsch), lycéen lambda tendance nerd, se sent un peu exclu des "mecs cools" de son école qui eux ont des voitures, sortent avec des filles et roulent des mécaniques. Tout va changer le jour où la très jolie Danielle (Elisha Cuthbert, la fille de Jack Bauer dans 24) s'installe dans la maison d'à côté et semble s'intéresser à lui. Leur idylle naissante permet à Matthew de redorer son blason auprès des "mecs cools" du lycée mais tout bascule le jour où Matthew se rend compte que Danielle est en fait une actrice de films X. Après une première réaction de dégoût, il décide d'aimer cette fille pour ce qu'elle est, plutôt que de la rejeter pour ce que ses amis hilares lui en montrent. Avec ses deux potes encore plus nerds que lui, Matthew va même essayer de sortir Danielle de l'enfer du cinéma pornographique en l'affranchissant auprès de son producteur. A la fin, tout s'arrange et, en tournant un film X pendant la prom night, ils gagnent plein de blé ce qui permet à Matthew de rentrer à l'université. Quelle belle morale !

Pour se reposer des films fascinants mais quelque peu épuisants que j'ai vus récemment, rien de tel qu'un bon college movie totalement décérébré (au passage merci Corentin pour cette recommandation, même si je ne m'attendais pas exactement à ça). Avec ses personnages bien typés (le nerd sympa qui cherche à s'en sortir, le caïd-connard qui finit par se ridiculiser), ses scènes dans les couloirs devant les casiers rouges, ses pool parties décadentes (où on les voit toujours boire dans des gobelets en carton genre McDo : quelqu'un peut m'expliquer pourquoi ?) et, bien sûr, sa prom night qui fournit le cadre du dénouement final, bref avec toutes ces figures obligées, et malgré leur systématicité, le college movie est un genre que j'affectionne et qui peut parfois s'avérer étonnamment subversif.

Au passage, mon top 7 des college movies :
  1. Retour vers le Futur bien sûr : "Vous n'êtes qu'un tocard McFly"
  2. Scream : j'ai vraiment eu peur en le regardant
  3. Carrie : pour l'inoubliable scène avec le seau de sang
  4. The Virgin Suicides : aaah Kirsten Dunst ...
  5. American Pie : très gras, très lourd, très drôle (le 1 j'entends)
  6. Peggy Sue Got Married : excellent film, méconnu, de FF Coppola
  7. Sexe Intentions : étonnante adaptation des Liaisons Dangereuses à la sauce Melrose Place - une apologie du dandysme à voir absolument !

Bon, je ne rajouterai pas Girl Next Door dans mon top 7 mais je me suis quand même amusé à regarder les tribulations rocambolesques de notre nerd tombé amoureux d'une actrice porno. La blonde Elisha Cuthbert, si horripilante dans la série 24, est tout de même assez sexy il faut l'avouer - d'autant plus qu'elle permet à notre héros de rendre possible le fantasme masculin de coucher avec une actrice X, forcément experte (et donc initiatrice et donc dominatrice et donc maternelle : here we are Œdipe !).

Ne nous leurrons pas, Girl Next Door est quand même plutôt mal filmé, le scénario cousu de fil blanc, les personnages archétypaux et le final réussit le tour de force d'être à la fois mièvre et amoral. Maaaais .. bon c'est aussi souvent drôle. Je pense en particulier à l'épopée de nos trois loosers au salon du cinéma adulte ou encore cette scène où Matthew doit prononcer un discours très solennel alors qu'il est sous ectasy. L'arrivée de toute une troupe d'actrices porno dans le cadre très rigide de la prom night est également assez savoureuse.

Tout est bien qui finit bien entre Mattew et Danielle. Ils se marièrent et firent beaucoup de films porno.

Et donc à l'arrivée, pour peu qu'on ne soit pas trop exigeant, ce film passe et en devient attachant - tout spectateur masculin étant obligé de se reconnaître peu ou prou dans le personnage de Matthew.