Vicky Cristina Barcelona

jeudi 9 octobre 2008

Woody Allen, 2008

Pitch : deux jeunes filles américaines décident de passer l'été à Barcelone. Elle se définissent comme les meilleures amies du monde mais beaucoup les sépare. L'une, Vicky (la délicieuse Rebecca Hall), a une conception bien raisonnable de la vie et de l'amour. Elle va d'ailleurs se marier à la fin de l'été avec un jeune homme bien sous tout rapports, aussi impeccable qu'ennuyeux. L'autre, Cristina (sans h, interprétée par la toujours troublante Scarlett Johansson) est fraîchement célibataire, a un tempérament d'artiste et envisage la vie sous un angle beaucoup plus passionné : pour elle, pas d'amour véritable sans souffrance. Leur séjour barcelonais sera vite troublé par leur rencontre avec Juan Antonio (Javier Bardem), un peintre à la mode, au charme et à la franchise si latines et donc si exotiques pour ces frêles petites américaines.

Le petit triangle amoureux qui va s'installer sera vite perturbé par l'arrivée de l'ex-femme de Juan Antonio, Maria Elena (Pénélope Cruz), qui s'avère excessivement méditerranéenne : hystérique, jalouse, généreuse. Le futur mari de Vicky, Doug, apportera également son grain de sel en débarquant de New York pour accélérer son mariage avec sa promise qui commene à avoir un peu la tête ailleurs au milieu de cet explosif marivaudage. Vicky Cristina Barcelona, c'est un peu la rencontre de Pedro Almodovar et d'Eric Rohmer : muy bueno !

En bon fan de base de Woody Allen, j'ai été le voir le jour de sa sortie. Alors, alors, alors .... qu'en pensé-je ? J'avoue que le fait que je ne hurle pas instantanément au chef-d'œuvre à l'issue du film (comme après Annie Hall, Manhattan, Le Sortilège du Scorpion de Jade, La Rose Pourpre du Caire ou Match Point) me fait dire que ça ne doit pas en être un, de chef d'œuvre - à mon humble avis.

Toutes les critiques que j'ai lues de Vicky Cristina Barcelona envisagent systématiquement ce film sous l'angle de la "période européenne" de Woody Allen. Après avoir tourné toute sa vie à New York, voici son 4ème film européen après les 3 qu'il a tournés à Londres. Et tous les journalistes de disséquer cette situation, de la comparer avec les "périodes américaines" de certains cinéastes européens etc etc. Franchement, quel intérêt ? J'essaie pour ma part de me faire une avis sur ce film in abstracto.

La première opinion qui me vient à l'esprit est que Vicky Cristina Barcelona est un vrai feel-good movie : ce film est tout simplement très charmant à regarder. Les acteurs sont beaux, jouent bien, les décors sont superbes et j'ai été impressionné par la photographie. Plusieurs fois dans le film, la composition des plans, les éclairages et les subtils mouvements de caméra m'ont franchement ému. Je ne me lasserai jamais de vanter les qualités photographiques des films de Woody Allen - qualités dont je trouve qu'on parle peu. On disserte beaucoup sur son humour ou sa virtuosité à raconter des histoires mais assez peu sur ses talents formels de cinéaste, qui sont pourtant immenses.

Au-delà de cet aspect esthétique, l'histoire est très bien écrite comme toujours, les dialogues sont drôles et les situations jamais téléphonées. Woody Allen ne prend jamais son spectateur pour un imbécile. Il déroule brillamment son scénario, avec un mélange d'humilité (rien n'est lourd) et d'espièglerie. On sent qu'il s'amuse de tout ce marivaudage et qu'il a envie de nous faire partager son amusement. Le film dégage également une lourde et chaude sensualité, que je trouve assez inhabituelle chez Woody Allen, et qui doit beaucoup au sex-appeal de l'infernal trio Cruz, Bardem et Johansson. Seule Rebecca Hall paraît plus légère, plus gracile. Elle n'en est pas moins exquise.

Esthétiquement, scénaristiquement, ce film est donc pour moi du niveau des bons, voire des très bons films de Woody Allen. Pourtant, je ne sais pas, il me semble qu'il manque quelque chose pour le placer parmis les oeuvres majeures de mon cinéaste préféré. En fait voilà, je n'ai pas senti d'intention, de message, qui pourrait flatter l'intelligence du spectateur. Ce film est un superbe écrin que j'ai trouvé un peu vide. Je n'ai pas bien vu où Woody Allen voulait en venir. A aucune moment, je ne me suis exclamé "Ah voilà là où il m'emmenait ! Voilà donc ce qu'il voulait nous dire ! Trop fort !". J'avais ressenti ça dans Match Point (la bague qui rebondit), dans La Rose Pourpre du Caire (la traversée de l'écran), dans Le Sortilège du Scorpion de Jade (la séance d'hypnose) ou dans Manhattan et Annie Hall (Diane Keaton : dans ces 2 films, cette fille est à elle toute seule un message, une intention, un propos !). Dans Vicky Cristina Barcelona, je n'ai pas eu de telle révélation et c'est donc par omission que je suis resté un peu sur ma faim.

Mais bon, après 40 films et 70 ans passés, Woody Allen continue à produire de vrais petits bijoux comme celui-ci, emplis de jeunesse et de fraîcheur. Ce type est absolument incroyable.


PS : Ah et puis vous n'aurez pas manqué de remarquer que ce blog a fait peau neuve : c'est plus net et surtout j'ai plus de place pour m'épancher ! Ca a un peu foutu en l'air la mise en page des vieux posts et je vais essayer de corriger ça petit à petit. Toutes vos remarques sont bienvenues :-)

Mr Smith au Sénat

mercredi 8 octobre 2008

Mr. Smith Goes to Washington
Frank Capra, 1939

Pitch : l'histoire est à la fois très simple à suivre et assez compliquée à raconter. En gros, Jefferson Smith (James Stewart), jeune idéaliste naïf et très boy-scout, se retrouve nommé sénateur et envoyé à Washington. Les politiciens locaux l'ont nommé car ils estiment qu'un tel benêt sera un pantin facile à manipuler pour mener à bien leurs projets immobiliers véreux. Nous suivons donc le brave Jefferson qui débarque à Washington du fin fond de sa campagne, patriotique comme on n'en fait plus, émerveillé par les monuments de cette ville (la Maison Blanche, le Congrès, le mémorial Abraham Lincoln devant lequel il se prosterne presque). Très rapidement, tout le monde, journalistes comme politiciens, se moque de lui, de se naïveté, de son projet de loi de créer des camps scouts dans tous le pays pour les enfants défavorisés. Lui ne s'en soucie guère au début mais va petit à petit découvrir la duplicité et la fourberie de la classe politique.
Il finit par mettre à jour un scandale immobilier qui implique de nombreux sénateurs véreux, dont son colistier, son parrain en politique et meilleur ami de son défunt père. Avant d'avoir pu révéler ce scandale, il subit une campagne calomnieuse de la part de ses adversaires qui achève de le discréditer. Ridiculisé, écœuré par ce système, il reçoit le soutien inattendu de sa secrétaire (la pétillante Jean Arthur), elle-même revenue de son indécrottable cynisme pour se rallier à la cause du bon Jefferson - dont elle est évidemment amoureuse. Au bout d'une prise de parole marathon de 23h au Sénat, Jefferson Smith, épuisé, arrivé au bout de ses convictions, finit par se faire entendre et faire échouer le complot. Les valeurs de la démocratie américaine triomphent ! Yala !

Le si jeune et si naïf James Stewart

Je relis le résumé ci-dessus et je me dis qu'on pourrait penser que c'est un film assez ennuyeux, très sérieux, très politicien, axé sur les coulisses louches du Sénat, les luttes intestines de pouvoir etc etc ... dans la même veine que les films de Costa-Gavras. Eh bien pas du tout ! Mr Smith au Sénat est un film drôle, sautillant, passionnant. Ce chef-d'œuvre (car c'en est un) est avant tout une fable humaniste. C'est une fable car Frank Capra, à son habitude, tord le réalisme pour illustrer son propos (n'est-ce pas la définition même du cinéma ?). C'est une fable humaniste car, derrière cette histoire qui se déroule dans les plus hautes sphères du plus grand (?) pays du monde, c'est avant tout le destin d'un homme qui intéresse Capra - et qui nous intéresse.

James Stewart et la délicieuse Jean Arthur

L'interprétation est plus que convaincante. Avec un James Stewart dégingandé, tellement attachant, et son alter-ego Jean Arthur, parfaite incarnation de la self-made woman des années 30, chaque scène est un vrai délice - sans oublier quelques très bons seconds rôles et en particulier le président du Sénat, au regard si malicieux, qui devient un peu l'incarnation du spectateur dans le film.

Au-delà des acteurs, j'ai trouvé l'histoire passionnante dès le début du film. On assiste même à un vrai basculement de l'histoire une demi-heure avant la fin, lors de la fameuse prise de parole interminable de James Stewart devant les sénateurs. Le film devient jubilatoire à ce moment-là

Frank Capra est vraiment quelqu'un de très très fort. Je n'arrive toujours pas à comprendre comment il parvient à rendre universellement parfait un film qui au départ est si patriotique, manichéen et dégoulinant de bons sentiments. Pour la petite histoire, il faut croire qu'en 1939 tout le monde ne trouvait pas ce film aussi élogieux à l'égard de la démocratie américaine. Mr Smith au Sénat avait en effet été vivement critiqué pour l'image négative qu'il donnait du petit monde de la politique (et, paradoxalement, il avait été interdit en Allemagne et en Italie pour son apologie de la démocratie). Dans son propre pays, ce film avait été taxé d'anti-patriotisme - et limite censuré à l'époque où le monde entier allait entrer en guerre.

Excellentes musiques d'excellents films

lundi 6 octobre 2008

Les bandes originales de films sont souvent uniquement décoratrices, reléguées à l'arrière-plan, comme de vulgaires seconds rôles. Mais parfois, comme par miracle, le réalisateur choisit une musique qui colle exactement à l'esprit du film, au point que les deux deviennent inséparables et qu'on ne sait plus si on aime le film à cause de la musique ou la musique à cause du film. La juxtaposition de ces deux supports devient alors une œuvre d'art supérieure à la somme de ses parties. C'est un peu comme Arsène Wenger qui a fait d'Arsenal une équipe bien plus talentueuse que l'addition des talents de ses joueurs.

Voici donc 5 exemples qui illustrent mon propos. J'essaierai d'être bref sur les films, bien qu'il y ait tant et tant à dire sur chacun d'eux.

1. Les 400 coups, François Truffaut, 1959
Comme chacun sait, ce film fit l"effet d'une bombe lors de sa sortie et lança la Nouvelle Vague, avec A bout de souffle de Jean-Luc Godard. Lorsqu'on le voit 40 ans plus tard, hors contexte, on découvre un vrai bijou de film, plein de rage contenue et de sensibilité à fleur de peau. On sent que Truffaut met toutes ses tripes dans ce film largement autobiographique, sans pour autant assommer son spectateur de propos pesants : les 400 coups reste un film léger, jamais lourdement démonstratif mais toujours émouvant. Le film se clôt par cette image saisissante d'Antoine Doinel / Jean-Pierre Léaud, qui regarde le spectateur droit dans les yeux avec un regard dans lequel on lit à la fois la colère, le désarroi, l'espoir ou encore l'angoisse - tout le drame de l'adolescence est contenu dans ce regard. Cette scène est pour moi le plus beau "dernier plan" de tous les films que j'ai vus.

La musique de Jean Constantin colle parfaitement à l'esprit du film. On trouve dans ces 2'30 un doux mélange de gaieté et de tristesse. J'aime particulièrement la reprise du thème principal à la guitare, au bout de 1 minute 50 : minimal mais si poignant.







Jean Constantin - Les 400 coups




2. Tirez sur le pianiste, François Truffaut, 1961
Avec ce 2ème film, Truffaut prit tout le monde à contre-pied. Alors que l'on attendait de lui un 400 coups bis, personnel et émouvant, il nous livre ici un film policier d'une facture assez classique. Ce n'est pas pour moi le meilleur film de Truffaut mais je trouve qu'il arrive à nous intéresser à son histoire et ses protagonistes sans tomber dans l'insupportable travers des polars gouailleurs de l'époque, du genre Touchez pas au Grisbi ou Les tontons flingueurs, qui sont pour moi de pénibles films sur-écrits et débordants de fausse connivence. Dans Tirez sur le pianiste, Charles Aznavour et Marie Dubois sont éblouissants, lui par sa sobriété, elle par sa vitalité.

Ce film a par ailleurs lancé la carrière de Boby Lapointe, pour lequel Truffaut avait eu un coup de foudre en le voyant dans un cabaret à Paris. La courte scène dans laquelle Boby Lapointe interprète sa chanson Framboise est prodigieuse. Je crois l'avoir regardée plus de 20 fois. Je suis fasciné par le côté imperturbablement sérieux que garde Boby Lapointe en débitant ses paroles aussi loufoques. Je vous conseille vivement d'aller la voir ici.

La version studio de Framboise, ci-dessous, ne fait hélas pas complètement honneur à cette scène : le tempo est nettement ralenti. Les paroles restent néanmoins franchement drôles, avec ses jeux de mots à tiroir qui obligent l'auditeur à une attention amusée permanente.







Boby Lapointe - Framboise


3. Le Mépris, Jean-Luc Godard, 1963
On reste dans la Nouvelle Vague avec cet extraordinaire film du très agaçant Jean-Luc Godard. Avec A bout de souffle et Pierrot le fou, Le mépris fait partie de la sainte trinité de Godard. Tous les autres films que j'ai vus de lui (y compris les anciens, comme Une femme est une femme) m'ont toujours profondément rebuté par leur prétention élitiste et leur refus hallucinant de tenir le spectateur par la main en lui racontant une histoire.

Je n'ai pas vu Le mépris depuis 10 ans mais je garde un souvenir fort de l'atmosphère particulière qui s'en dégage : la lente déliquescence d'un couple dans une ambiance "été en pente douce", à la fois légère et grave, qui me rappelle étrangement les livres de Modiano. Brigitte bardot est stupéfiante de beauté. Michel Piccoli a lui une présence inouïe, restant tellement digne dans la douleur et l'abandon, avec son chapeau gris en permanence sur le crâne.

Le Thème de Camille, composé par Georges Delerue, est d'une mélancolie à vous tirer des larmes. Cette musique est pour moi complètement associée à la déchirante rupture Bardot/Piccoli dans le cadre étonnant de cette villa de Capri, avec son toit-escalier irréel, entre ciel et mer.







Georges Delerue - Thème de Camille


4. Mulholland Drive, David Lynch, 2001
On avance de 40 ans avec le film ultime, le film somme, le film total de David Lynch. Tout le cinéma est dans ce film. Ce qui me fascine toujours dans Mulholland Drive, c'est de voir à quel point chaque scène est indispensable : les scènes ne se détruisent pas les unes les autres, elle se réfèrent au contraire les unes aux autres et s'enrichissent mutuellement pour donner un résultat qui réussit le tour de force d'être à la fois hétérogène et cohérent.

D'un point de vue plastique, Mulholland Drive est éblouissant, chaque plan est inoubliable. Et je pourrais également parler longuement de l'interprétation extraordinaire des deux actrices principales. Bref, Mulholland Drive est une expérience sensorielle unique, un pur objet de fascination aux mille degrés de lecture, et je ne vous cacherai pas que c'est pour moi le meilleur film qu'il m'ait été donné de voir.

La musique est à la hauteur de ce chef d'œuvre qu'elle contribue à créer. Le thème principal ci-dessous traduit bien l'aspect inquiétant et élégant du film. Ce morceau m'évoque toujours les premiers plans du film : la limousine noire qui glisse dans la nuit sur les pentes d'Hollywood, les gros plans sur le visage de Laura Harring, l'imminence du drame. Pour la petite histoire, le compositeur Angelo Badalamenti joue un rôle dans le film, celui du chef mafieux plutôt flippant qui crache son café dans une serviette avant d'asséner le terrible 'It's no longer your film !'







Angelo Badalamenti - Mulholland Drive Theme
Et puis je ne résiste pas au plaisir de poster également la chanson de l'audition, follement 50s, à la nostalgie trouble.







Linda Scott - I've Told Every Little Star

5. Naissance des pieuvres, Céline Sciamma, 2007
Un premier film et une vraie réussite. Naissance des pieuvres raconte de manière fort originale une histoire des plus banales : l'éveil à la sensualité de jeunes adolescentes. Dans son film, Céline Sciamma prend le soin de placer son histoire dans le temps présent tout en omettant tout signe extérieur de modernité : pas d'indication de lieu, pas de téléphones portables, pas de noms de famille, pas d'adultes etc. L'action se déroule dans la ville désincarnée de Cergy-Pointoise, entre une piscine impersonnelle et des pavillons anonymes. Le film gagne ainsi en abstraction mais aussi en universalité. Les jeunes actrices sont également épatantes.
Étonnamment, la bande originale a été composée par Para One qui s'avère être l'un des producteurs de l'assourdissant groupe de rap TTC. Pour ce film, Para One a rangé ses sons acides pour nous offrir une musique d'ambiance toute en finesse et en douceur - à l'image du film. C'est en tout point remarquable. Finale est une chanson particulièrement belle, avec ses violons qui arrivent de manière si élégante vers 2'20.







Para One - Finale

Mélancolie quand tu nous tiens !

Fuck Buttons

samedi 4 octobre 2008

Ce soir j'ai eu la chance de voir Fuck Buttons en concert. Je ne saurais dire pourquoi ce groupe me touche tant. Ils sont anglais et viennent de Bristol - comme Massive Attack, Portishead, Tricky. Ils sont deux, manipulent des machines sorties d'un autre âge, et jouent une musique que je qualifierais de ardue et corrosive. C'est un peu un mélange de M83, My Bloody Valentine et Sonic Youth. Sous les grincements, la mélodie, la mélancolie et la sensibilité affleurent. Leur premier album, Street Horrsing, sorti en mars, est pour moi le meilleur album de l'année 2008.
Voici tout d'abord Sweet Love For Planet Earth, le morceau d'ouverture de leur album, un vrai chef d'oeuvre qui démarre tout doucement pour finir dans des nappes rugueuses et des séquences vocales (comment appeler ça autrement ?) saturées au point qu'elles en deviennent abstraites. Ecoutez donc ce basculement à 4'30, absolument imparable. Franchement, qui a produit une plus belle mélodie depuis 10 ans ? Franchement, qui dit mieux ?







Fuck Buttons - Sweet Love for Planet Earth

Et aussi, voici Bright Tomorrow, le single, le morceau le plus accessible de leur album, avec son début tellement binaire, mélodieux, ses gammes harmonieuses au synthé, et qui bascule ensuite brutalement (vers 4 minutes) dans l'abrasif, le cauchemar. Mon dieu, ces deux types sont des génies !







Fuck Buttons - Bright Tomorrow

Fuck Buttons = le meilleur groupe de tous les temps de l'année 2008 ?? En fait voilà, je ne connais rien de mieux pour le moment.

3 bouts de ficelle

vendredi 3 octobre 2008

Pour vos oreilles avides de nouveautés pointues, désireuses de qualité plus que de quantité, voici trois perles, courtes, pop, anglo-saxonnes et qui hantent mes journées.

Empire of the Sun est un groupe australien. Il faudrait un jour que je fasse un post sur la richesse incroyable de la scène australienne : avec Van She, The Presets, Midnight Juggernauts, Pnau ou encore Wolfmother, les groupes australiens font vraiment parler d'eux depuis quelques années.

Walking On A Dream, tirée de l'album du même nom qui va sortir dans quelques jours, est un véritable bijou de pop-music. Ne vous fiez pas à leur atroce look techno-heroïc-fantasy et surtout, surtout, ne vous laissez pas rebuter par ces 10 secondes d'intro absolument atroces, qui rappellent les pires heures de Genesis ou Lionel Richie : ce début laisse place ensuite à une mélodie immédiatement entêtante chantée par une voix délicieusement vocodée. Un groupe à suivre.








Empire of the Sun - Walking on a Dream


Les plus très jeunes gars de Fujiya & Miyagi ne sont pas japonais comme on pourrait le croire, mais anglais, de Brighton précisément (encore un lieu fécond en talents : c'est la ville de Fatboy Slim tout de même). Je crois que le nom Fujiya & Miyagi vient du nom des personnages principaux du film Karate Kid. Aaah bon.
Quoiqu'il en soit, malgré leurs mauvais survêts et leurs têtes de supporters de foot dépressifs il font une musique plutôt groovy. Pussyfooting (quelqu'un sait ce que veut dire ce mot ?) est une chanson immédiatement addictive, aux arrangements impeccables. Simple et de bon goût. J'aime bien les "tacata-tacata" vers 55 secondes. J'aime aussi la manière directe dont la chanson commence, sans fioriture.








Fujiya & Miyagi - Pussyfooting


Enfin, pour les retardataires comme moi, introduisons The Kills, un groupe très connu mais dont je découvre tout doucement la discographie. J'ai l'impression qu'ils ont des affinités assez fortes avec le petit monde de l'électro car ils se font souvent remixer par des grands noms de la musique électronique. Leur titre No Wow figure d'ailleurs sur le mix Fabric Live de l'excellent Ivan Smagghe. The Kills, c'est une fille et un garçon, c'est un peu les White Stripes underground.

Je suis très séduit par la redoutable efficacité du titre ci-dessous, Cheap and Cheerful, qui contient cette punch-line assez marquante :
I want you to be crazy ‘coz you’re stupid baby when you’re sane







The Kills - Cheap and Cheerful

J'ai découvert cette chanson via le remix qu'en a fait SebastiAn : dans cette version, la chanson perd certes un peu de sa brièveté mais gagne une énergie incroyable. SebastiAn a vraiment un talent fou. Il impose sa touche, sa sonorité rugueuse reconnaissable instantanément, sans dénaturer la chanson originale, en la sublimant plutôt. Ce remix est vraiment d'une puissance à réveiller le pire dîner parisien.







The Kills - Cheap and Cheerful (SebastiAn Remix)

Ce soir je dors chez toi

mercredi 1 octobre 2008

Olivier Baroux, 2007

Pitch : Alex (Jean-Paul Rouve), écrivain de 35 ans, et Laetitia (Mélanie Doutey), marketeuse de parfums, forment un joli couple parisien. Au bout d'un an de relation, elle souhaite qu'ils emménagent ensemble. Lui, vieux briscard des relations foireuses, freine des quatre fers. Il tient à garder à la fois sa copine et son indépendance. Vont alors s'enchaîner tout plein de péripéties, ruptures, engueulades, réconciliations. En effet, tout en étant très amoureux l'un de l'autre, ils campent fermement sur leurs positions respectives. Le spectateur, tenu en haleine par un scénario si audacieux, stresse grave de grave pour ce couple attachant. Heureusement, ca se termine bien (sans blague ? on n'y aurait pas cru) : le couple se reforme, un bébé est en route, la cellule familiale traditionnelle est recomposée et vive la France !

Il paraît que ce scénario catastrophique est "librement" adapté d'une BD de Dupuy & Berberian. Je ne connais pas les oeuvres de ces deux types mais j'ai lu ici ou là qu'ils étaient les pros de la description des bobos parisiens et de leur petits travers si amusants (amusants pour qui ? pour les bobos parisiens sans doute). Eh bien je ne les félicite pas, Dupuy & Machin ! A moins bien sûr que l'adaptation soit vraiment très, très, très "libre" et ait trahi l'esprit de ces néo-sociologues.

L'impayable coupe de cheveux de Kad Merad

Ce soir je dors chez toi n'a pas peur d'enfiler comme des perles tous les poncifs de la comédie romantique à la française. Pêle-mêle, et entre autres, on trouve :
  • La bataille de bouffe ponctuée de fou-rire entre les amoureux (déjà vue dans les films d'Yvan Attal). Ca c'est pour montrer qu'ils sont bien capables de déconner entre eux, qu'en fin de compte ils sont super complices et que, allez quoi, ils ont quand même tout ce qu'il faut pour se remettre ensemble
  • Les parents sympas qui habitent à la campagne (déjà vus dans ... euh .. dans d'autres films). Oui oui, vous voyez, la mère complice mais un peu inquiète, le père bourru mais attachant, qui habitent, en Provence, au milieu des oliviers, dans une grande maison qui sort tout droit de Du Côté de Chez Vous avec Leroy Merlin.
  • Kad Merad. Eh oui, ça devient difficile de trouver des comédies populaires françaises sans Kad Merad. Ici, il campe un éditeur à la coiffure complètement improbable, viscéralement attaché à Paris et à la limite de la dépresssion. La dépression est d'ailleurs traitée ici (et comme souvent dans ces films légers) comme un bon sujet de rigolade. Ah un dépressif, qu'est-ce que c'est con, qu'est-ce que c'est drôle ! Dans le monde des comédies françaises, le dépressif est beaucoup plus proche du chauve ou du petit gros que du leucémique ou du trisomique. Mais passons. En tous cas, c'est Kad qui sort à un moment la phrase "J'en ai marre de la Normandie, je veux rentrer en France" qui m'a plutôt fait rigoler.
  • Le week-end en Normandie (déjà vu dans les films de Sautet) avec ces scènes archi-convenues qui s'enchaînent paresseusement. La Mégane flambant neuve qui fait crisser ses pneus sur les graviers autour la grande maison aux volets fermés. La grande plage déserte où nos héros batifolent avec leurs gros pulls à col roulé, ambiance Produits Laitiers / La Redoute. Et enfin l'héroïne en colère qui claque "Je rentre à Paris". Car bien sûr il n'est pas question de passer plus d'une semaine (et plus de 10 minutes de film) hors de Paris : ce n'est pas concevable.

L'inévitable week-end en Normandie

Mais bon sang, à quoi pensent les scénaristes d'un tel film ? Nous prennent-ils à ce point pour des puceaux de cinéma ? Ou au contraire est-ce délibéré d'enchaîner ainsi tous ces clichés ? Il faut croire qu'il y a une volonté de rassurer le spectateur. On lui offre des scènes classiques, qui s'enchaînent sans surprise, on lui offre des gens qui n'ont aucun problème matériel (car évidemment, Alex, écrivain semi-raté de 35 ans, habite un appart haussmanien de 150 m2), on lui offre en prime Kad Merad qui va achever de le cocooner.

Au milieu de ce torrent de déjà-vu, une petite scène assez étrange surgit. Laetitia couche avec un collègue pour éprouver son amour pour Alex. Elle et son amant sont tout les deux allongés sur le lit, gênés, ne sachant pas comment commencer. Gauchement, il met la main sur sa poitrine. Elle demande "Qu'est-ce que tu fais ?", il répond "Je ne sais pas ...", elle "Tu me touches le sein", lui enchaîne "Effectivement. Qu'est-ce que tu ressens ?", elle "Rien". Cette scène décalée, irréelle, semble tout droit sortie de l'excellent "Un baiser s'il vous plaît" d'Emmanuel Mouret et est en fin de compte assez plaisante.

Et sinon, les acteurs principaux ? Jean-Paul Rouve est convaincant, drôle par nature. Je le découvre (je ne connais pas du tout les Robins des Bois) et apprécie son jeu décalé, surtout quand il reste minimaliste. Mélanie Doutey est atroce. Elle nous refait sa Clara Sheller, avec le côté looseuse "je me cogne dans les portes" en moins. Elle en devient une fille effroyablement antipathique, égoïste, méchante et dénuée de personnalité au point que la ressemblance avec Sophie Marceau en devient troublante.

Je me suis malgré tout amusé pendant ce film. Jean-Paul Rouve et Kad Merad m'ont souvent fait sourire voire rire. Certains gags visuels sont réussis (l'explosion du four à micro-ondes, la crème chantilly sous les lunettes (bon ok ! présenté ainsi, ça paraît crétin mais, comme on dit, il faut le voir)), les dialogues sont dans l'ensemble assez légers et parfois très drôles ("Qu'avez-vous pensé de mon livre ? " "Eh bien ... j'ai trouvé que c'était une grosse merde") et, ici ou là, le comique de situation fonctionne à plein (la scène à New York notamment).

Donc à la fin, je n'y comprends plus rien et je ne sais plus si j'ai aimé ou pas. Je ne sais même plus si j'ai passé un bon moment à le voir. Ce soir je dors chez toi est un de ces films qu'on aime bien détester et qu'on déteste bien aimer. Un de ces films qui, par leur trivialité exaspérante, sont un peu une énigme pour moi.