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Questionnaire Libé

vendredi 6 novembre 2009

Voici mes réponses à un questionnaire cinéma, récemment posé par Libération à Steven Soderbergh, et relayé par le Dr Orlof (dont je vous invite à lire les chroniques, régulières et fort documentées, bourrées de parti-pris et d'avis tranchés comme j'aime). Dans la mesure où je suis in-ca-pa-ble d'écrire sur les films en ce moment, cet exercice un peu idiot est le mieux que je puisse faire en ce moment pour alimenter mon blog chéri.

Le film que vos parents vous ont empêché de voir ?
Les Valseuses. Quand il est passé à la télé au début des années 90, mes parents, en en ayant gardé un bon souvenir lors de sa sortie en salles, nous ont autorisés à le regarder avant de le couper précipitamment dès la première scène crue - assez tôt dans le film donc. Était-ce révélateur du vieillissement de mes parents ou plutôt d'un certain recul de l'esprit contestataire des années 70 ? Je penche de plus en plus pour la deuxième explication.
Et aussi, un peu plus tôt, A la Recherche de Mr Goodbar, censuré à base de "Va te coucher, ce film n'est pas pour toi", qui reste un film éminemment mystérieux pour moi dans la mesure où je ne l'ai toujours pas vu.

Une scène fétiche ou qui vous hante ?
Le mariage de The Deer Hunter. Vu que ce passage est long, s'il ne fallait retenir qu'une scène, je choisirais la pré-chauffe au bar sur Can't Take My Eyes Off You.

Vous dirigez un remake : lequel ?
Les Jeux de l'Amour et du Hasard, la fameuse (et si puissante) pièce de Marivaux.

Une deuxième tempête spatio-temporelle s'abat sur l'USS Nimitz dans l'inusable Nimitz, Retour Vers l'Enfer

Le film que vous avez le plus vu ?
J'hésite entre La Folie des Grandeurs, Nimitz Retour vers l'Enfer et La Ruée vers l'or. Je n'ai évidemment pas compté mais ça doit être de l'ordre de la trentaine pour chacun.

Qui ou qu’est-ce qui vous fait rire ?
Cary Grant qui se pète la gueule pendant l'aria de son ex-femme dans Cette Sacrée Vérité : ça dure 10 secondes mais je ne peux m'empêcher de rire devant la 'justesse' de la cascade et la tête d'ahuri qu'il prend (la scène est ici sur YouTube : le passage en question est à 3' pile - c'est absolument prodigieux, vraiment, je ne connais rien de plus drôle au monde, sans parler de la tête du petit vieux à côté et du rire sooooo charming de Irene Dunne à 3'25, c'est à se pâmer).
Et sinon :
- Chaplin à peu près tout le temps, notamment dans Le Cirque (le plus sous-estimé des Chaplin ?) quand il tombe dans un tonneau.
- Jean Dujardin dans le premier 0SS 117 (eh oui).
- Mike Myers dans le premier Austin Powers (eeeeh oui, je ne me souviens pas avoir tant ri au cinéma).

Votre vie devient un biopic…
Il portera forcément le titre d'une chanson des Smiths / Morrissey. Cinq parmi ceux qui me touchent le plus :
- I Started Something I Couldn't Finish
- The Last of The Famous International Playboys (la meilleure chanson de Morrissey peut-être, bourrée de mélancolie, d'ironie et d'auto-dépréciation)
- Heaven Knows I'm Miserable Now
- Barbarism Begins At Home
- We Hate It When Our Friends Become Successful (n'est-ce pas ?)








Morrissey - The Last Of The Famous International Playboys

Le cinéaste absolu ?
Comme chez les catholiques, ma Sainte Trilogie, qui n'est qu'une seule et même personne incarnée en trois entités (ou le contraire je ne sais plus), est la suivante : David Lynch, Woody Allen, Eric Rohmer.

Le film que vous êtes le seul à connaître ?
Aucun, vraiment.
Mais, en dehors de mon ex-coloc avec qui on est tombé dessus par le plus grand des hasards, je n'ai encore rencontré personne qui a vu Auch Zwerge Haben Kleine Angefangen, le génial et WTF-issime premier film d'Herzog (pour vous donner une idée, je vous conseille d'aller regarder le plan final, absolument hallucinant).
Et dans le genre 'film dur à voir mais qui mériterait largement d'être multi-diffusé', je suis plus que content d'avoir assisté à une rare reprise du Plein de Super, l'impayable road-movie d'Alain Cavalier, toujours introuvable en DVD.

Une citation de dialogue que vous connaissez par cœur ?
"For a moment ... I thought .... " susurré par Ingrid Bergman dans Dr Jekyll & Mr Hyde. Je n'ai vu ce film qu'une fois ou deux, cette phrase n'est pas très longue mais, pour des raisons que j'ignore, cette ligne de dialogue me hante depuis 20 ans et je me la remémore presque quotidiennement.

L’acteur que vous auriez aimé être ?
Jean-Paul Belmondo dans les années 60 : il pouvait tout jouer, du plus intello au plus populaire, avec une désinvolture et une justesse incroyables. Rarement une personne ne m'a donné autant l'impression d'incarner une époque - tout en flottant largement au-dessus de la mêlée. Il a aussi embrassé les plus belles femmes.



Le dernier film que vous avez vu ? Avec qui ? C’était comment ?
Pulsions de Brian de Palma, seul sous ma couette. Très bien.

Un livre que vous adorez, mais impossible à adapter ?
Malevil de Robert Merle, que j'ai lu 50 fois et dont je connais des chapîtres entiers par cœur. Il y a eu une adaptation assez faiblarde en 1980 par Christian de Chalonges.
Le livre est pour moi trop riche et trop subtil pour en faire un vrai bon film - une série peut-être.

Quelque chose que vous ne supportez pas dans un film ?
La fausse connivence, le deuxième degré, Clovis Cornillac.

Le cinéma disparaît. Une épitaphe ?
Silencio.



Bon et je ne suis pas trop branché "chaîne de blog", mais je serais très curieux de lire les réponses de Camille, Rob Gordon, FredMJG & IMTheRookie à ce questionnaire.

Le Dictateur

dimanche 6 avril 2008

The Great Dictator
Charles Chaplin, 1940

Pitch : le barbier vs. le dictateur.

J'ai été élevé aux films de Chaplin, plus qu'aux Disney. Ils ont vraiment été les films de mon enfance, ceux qu'on voit des dizaines de fois, sans bien les comprendre au début, un peu comme les Tintin, mais qui s'ancrent en vous pour toujours. Je revois encore les cassettes VHS, posées jamais loin du magnétoscope, avec leurs pochettes en carton cornées et qui portaient au crayon les titres de ce qui était, pour mes frères et moi, les Big Four, les quatre chefs d'oeuvre indiscutables de Charlot, à savoir La Ruée vers l'Or, Les Lumières de la Ville, Les Temps Modernes et Le Dictateur. Le Kid et Le Cirque étaient un peu à part, on ne les avait pas en cassette et on n'avait donc du les voir que deux ou trois fois.

Je les ai tous revus régulièrement depuis l'enfance, sauf Le Dictateur, revu donc cette semaine 15 ans après mon dernier visionnage. Eh bien, sans vouloir brûler les icônes de ma prime jeunesse, je trouve Le Dictateur un ton en dessous des autres. Chronologiquement, c'est le dernier et il annonce en fin de compte les films plus tristes de Chaplin (Mr Verdoux, Les Feux de la Rame, Un Roi à New-York). Quand je dis "plus tristes", c'est un peu simpliste. Ce que je veux dire, c'est que plus Chaplin avance en âge, plus il me semble que l'émotion, la morale politique et sociale ou encore le scénario prennent le pas sur le comique, le burlesque, le slapstick. Le gag quoi.

En fin de compte, ses meilleurs films sont pour moi "ceux du milieu", des années 1925-1935, quand tous ces ingrédients, les sérieux comme les légers, sont réunis. C'est le cas des Lumières de la Ville ou des Temps Modernes, qui sont des chef d'œuvre d'invention comique et qui dégagent une émotion incroyable (Les Lumières de la Ville) ou un message politique percutant (Les Temps Modernes). Bon, ceci dit, je suis également fan hardcore de Le Cirque, qui ne contient que du gag visuel pur et qui est très léger.

La dactylo au look très 70s de Hynkel.

Dans Le Dictateur, le message politique est évidemment omniprésent. Les nazis, les juïfs, Hitler ... tout cela est quand même assez tendu. Quand des scènes "comiques" s'installent, elles paraissent empruntées, ampoulées, presque forcées. Et donc pas très drôles, malgré le génie de Chaplin. En fait on a l'impression qu'il se sent encore obligé de faire le clown alors qu'il a envie de passer à autre chose, surtout sur un tel sujet. Les scènes avec le pseudo-Mussolini sont par exemple assez lourdes. En revanche, je ne peux me retenir de rire quand Chaplin-Hynkel entame ses discours haineux dans sa novlang : on ne comprend rien à cette langue, qui est une pure invention, et Chaplin fait passer toute sa puissance comique dans les sonorités, le regard, l'attitude corporelle, les mouvements de bouche. Un peu comme la scène de danse des Temps Modernes. En voyant ça, on peut raisonnablement mettre en doute la réussite de son passage du muet au parlant. Oui je crois que c'est ça en fin de compte, ce qui me plaît dans Le Dictateur c'est tout ce qui pourrait venir d'un de ses films muets antérieurs.

Ah et puis tiens je trouve que Paulette Godard n'est pas franchement mise en valeur dans Le Dictateur. Je l'y trouve très quelconque alors qu'elle est absolument époustouflante dans Les Temps Modernes, avec son regard de bête traquée, inoubliable.