Lifeboat

mercredi 31 mars 2010

Alfred Hitchcock, 1944

Je crois que c'est le premier Hitchcock que je découvre sur grand écran.

Ce film est un huis-clos : nous suivons la vie et la survie de 8 rescapés d'une attaque de U-Boot. Evidemment, on jubile dans un premier temps face à cette gageure cinématographique : le film ne sort jamais des quelques m2 du canot et n'est constitué que de gros plans ou plans moyens. Mais, comme toujours chez Hitchcock, la prouesse technique n'est pas une fin en soi et se met toujours au service d'un propos.

Ici, Hitchcock nous propose une description psychologique de simples humains face à un événement dont l'ampleur et les enjeux les dépassent : la 2e guerre mondiale. Nos 8 personnages, bien qu'a priori assez typés, évolueront sous nos yeux et gagneront tous en profondeur, en un mot s'humaniseront.

"Plus le méchant est réussi, meilleur est le film" est un vieux théorème formulé par Hitchcock lui-même (et dont Inglourious Basterds est à mes yeux le seul contre-exemple). Dans Lifeboat, cet adage est complètement validé. Le personnage de Willi, le seul allemand à bord, est fascinant et, de scène en scène, il provoque chez le spectateur des réactions contradictoires mais toujours fortes. Là on s'apitoie sur son sort, ici on se méfie, là on souhaite qu'il soit enfin écouté, juste après on découvre sa duplicité et on finit presque par s'identifier à cette meute qui le lynche dans une scène stupéfiante de sauvagerie. Tous les acteurs sont bons mais je retiens également l'interprétation ultra-convaincante de Tallulah Bankhead (dont je vous conseille de lire l'étonnante biographie), en journaliste sophistiquée revenue de tout.

Les personnages de ce Koh-Lanta sur un canot (de gauche à droite) : l'allemand, le redneck, la journaliste, le riche, l'ouvrier, la folle, l'infirmière, le Noir, le marin

Bref, au fur et à mesure que le film avance, on finit par oublier complètement l'artifice de mise en scène, on se passionne pour ces naufragés, on change dix fois d'avis sur eux, on se rend compte que chacun d'eux déborde de la boîte dans laquelle on l'avait rangé au début, on se délecte de ces dialogues, on tombe un peu amoureux de l'infirmière et on ne peut qu'applaudir lorsque le carton The End arrive, de manière forcément trop abrupte. Du grand art.

Superbad

mardi 30 mars 2010

Supergrave
Greg Mottola, 2007


Après Les Rois du Patin et Retour à la Fac, qui m'ont tant amusé, et malgré Zoolander, qui m'a pour le moins ennuyé, je continue mon rattrapage de toutes ces comédies américaines décérébrées des années 2000 (d'ailleurs, comment peut-on qualifier ce mouvement Appatow / Will Ferrel / Ben Stiller / etc ? Y a-t-il un nom officiel ?)

Superbad est un peu une relecture d'American Pie, en plus condensé (le film se déroule presque sur une seule journée), en plus concentré (les parents sont inexistants) et en plus trash, dans le vocabulaire principalement. En gros, Superbad est un college movie où nous suivons trois jeunes losers qui tentent d'acheter de l'alcool pour une soirée à laquelle ils sont miraculeusement invités. Tout cela dans le but de coucher avec des filles évidemment. Bien que leur vernis respectif soit assez différent, nos héros sont de vrais frustrés mal dégrossis doublés d'obsédés sexuels. En bref, des ados.

Ne nous voilons pas la face, le film est très gros, très gras, très lourd mais les personnages sont suffisamment bien brossés, et surtout suffisamment attachants, pour qu'on s'intéresse à leurs tribulations. Après l'étonnant Juno qui m'avait très agréablement surpris, je deviens vraiment fan de Michael Cera, incarnation vivante de la coolitude geek.

Et puis, il faut bien l'avouer, toutes ces œuvres du petit garçon de 12 ans qui ne peut s'empêcher de mettre des bites partout dans ses dessins, m'ont fait rire, rire, rire.

Carrie

lundi 29 mars 2010

Carrie au bal du diable
Brian de Palma, 1976


En revoyant Carrie pour la troisième fois, le premier mot qui me vient à l'esprit est "brillant" - comme souvent pour les films de Brian De Palma.

Mais bon, à part ça, que dire d'intéressant, neuf ou personnel qui n'a déjà été dit sur ce chef d'œuvre fantastique (en tous les sens du terme) ? Rien de bien consistant je crois mais bon, essayons de décrire sincèrement, et sans se la raconter, quelques impressions laissées par cet extraordinaire film.

Soulignons encore une fois la faiblesse du titre français : Carrie au bal du diable, n'importe quoi. Quel diable ? Comme dans tous les bons films du genre (je pense notamment à Cronenberg), l'horreur est endogène. Le basculement vient des personnages eux-mêmes, de leurs entrailles, de leurs cerveaux malades ou de leur sexualité dérangée. Pas de diable donc ni de monstre surnaturel ou de deus ex machina. C'est bien plus efficace ainsi.

Je reste complètement stupéfait par la maîtrise totale de LA scène du bal - stupéfaction doublée d'une vraie jouissance cinéphile. La mise en place a certes été longue (trop longue ? c'est ma seule réserve sur ce film) mais en quelques minutes tout s'accélère et c'est un véritable coup de force esthétique et scénaristique qui nous est asséné. On est pour moi proche de la perfection cinématographique. Je ne me remets pas de ce plan-séquence DE OUF MALADE qui voit la caméra se déplacer du couple au seau de sang en passant par tous les protagonistes et rouages de la scène qui s'annonce. Cette maîtrise de l'espace cinématographique me laisse pantois.

Concentrons-nous sur un court extrait voulez-vous (qualité pourrie, désolé).


A ce moment, le piège a fonctionné et le sang de porc s'est déversé sur l'infortunée Carrie. On sent que ses super pouvoirs vont l'aider pour se venger mais on est encore loin de se douter de la manière dont elle va s'en servir et de l'ampleur des dégâts qu'elle va causer. Et c'est à ce moment que De Palma sort de sa poche l'effet qu'il n'a certes pas inventé mais largement remis au goût du jour : le fameux split-screen.

Cette astuce formelle est pour moi tout sauf un gadget dans cette scène. Elle en décuple l'efficacité et l'intensité. D'un côté nous voyons Carrie utilisant, en un terrible coup d'œil, ses pouvoirs télékinétiques, de l'autre nous voyons les conséquences de ses pouvoirs. Et, comble du plaisir, notez à 0'47 la translation de droite à gauche du visage de Carrie. Pour des raisons que je ne maîtrise pas totalement, je suis subjugué par ce déplacement - c'est tellement malin, tellement inédit et tellement justifié. Tout se tient. En 20 secondes, nous passons du college movie au film d'horreur. La maîtrise est totale.

Ah et puis ces éclairages rouges qui s'allument à la fin de l'extrait, que c'est beau. Ah et aussi cette utilisation des notes de la scène de la douche de Psychose, quel bonne idée là encore ! Ah et aussi... mais mais oui, je l'ai déjà dit, cette scène est parfaite et Brian de Palma est un génie.

Top 5 des discothèques

samedi 21 novembre 2009

Je vais moins en club mais j'aime toujours autant les tops qui ne servent à rien. Petit top 5 (dans le désordre) de mes lieux de nuit favoris.

APT, New York
Comme son nom l'indique, ce petit club ressemble à un appartement. On longe un couloir tapissé de papier peint à rayures avant de se voir offrir deux options : soit rester à l'étage, ambiance cosy, avec une petite terrasse pour cloper (et faire des rencontres), soit descendre au sous-sol pour trouver une ambiance plus groovy et radicalement urbaine. Je connais mal New York mais, bizarrement, j'ai eu vraiment l'impression d'être enfin DANS la ville au moment où j'ai poussé la porte de cet endroit proche de l'idée platonicienne que je me faisais d'un club new-yorkais : cher, chic, branché et cosmopolite. Très peu européen en fin de compte.

Meilleur moment : le physio qui fait oui de la tête pour me laisser rentrer alors que j'étais vraiment habillé comme un sac.
Moment honteux : avoir été habillé comme un sac dans cet endroit sooo chic.
Musique emblématique : les 2/3 fois où j'y ai traîné, j'ai toujours fini par entendre du hip-hop old school, mixé par un DJ en kippa ce que je trouvais être le summum du cool.







Kurtis Blow - The Breaks

Panorama Bar / Berghain, Berlin
Là, on touche LE club, the one and only. Si il ne devait en rester qu'un, ce serait celui-là. Un monstre qui vous avale et dont vous ne sortez pas indemne. Tout paraît possible dans cet endroit extravagant, aux volumes aussi démesurés que les biceps des danseurs torses nus, et ouvert NON STOP du vendredi minuit au dimanche après-midi (il faut le souligner). Le seul endroit où j'ai fait 1h de queue en plein jour.
Meilleur moment : les persiennes qui s'ouvrent furtivement et qui rappellent à la foule en sueur qu'il fait grand jour dehors. Hurlement général. Fermeture des persiennes. Reprise du beat monstrueux. Incroyable.
Moment honteux : m'être fait jeter la veille, sous prétexte que "You don"t fit in", par "The Hardest Bouncer in Europe" - avec lequel on n'a pas du tout, mais alors pas du tout, envie d'argumenter (il a même eu droit à son petit reportage ici)
Musique emblématique : de l'électro bien sûr, allemande, désincarnée et trans-genre (ces 2 titres se suivent).







DJ Koze - Tausend Tränen Tief (Steve Bug Loverboy Remix)







DJ Koze - Telefunken (Adolf Noise Remix)

Razzmatazz, Barcelone
Le club le plus réjouissant de Barcelone, nettement moins Erasmus que les autres endroits de la ville, Dans cet immense dédale industriel, on navigue entre dance-floors géants et salles intimistes par des passerelles en plein air, des escaliers dérobés et des couloirs tordus. On se croirait presque dans le Cabinet du Dr Caligari. La foule est plutôt jeune, décontractée et avenante. La programmation tabasse.
Meilleur moment : le DJ-set de James Holden, pendant lequel même la boucle la plus minimale et la plus répétitive mettait la foule en transe - le tout dans une ambiance tellement moite qu'il était difficile de s'allumer une clope.
Moment honteux : avoir lâché tout le monde pour suivre une fille, qui était un peu l'incarnation féminine de Pierre Richard, dans une épopée de la loose qui s'est terminée dans un commissariat de police.

Musique emblématique : il y a évidemment l'hymne de Nathan Fake, depuis lequel "trance" n'est plus un gros mot.







Nathan Fake - The Sky Was Pink (James Holden Remix)
Mais ce club me rappelle toujours cette excellente chanson de Pulp







Pulp - Razzmatazz

333 / Mother Bar, Londres
Mon club fétiche. Tous les anglais ont leur local pub. Moi j'avais mon local club dans lequel il m'est parfois arrivé d'aller tous les soirs de la semaine. Le must de cet incroyable endroit est le Mother Bar, au dernière étage, à l'ambiance lynchienne : espace restreint, papier peint imprimé rouge, carrelage noir et blanc, boule disco, canapés vintage, grandes fenêtres ouvertes sur Old Street - ça préfigurait un peu Le Baron, en 1000 fois plus friendly. Foule extrêmement hétéroclite, entre les über-cools graphic designers super sapés, les décroissants limite clochards, les City boys égarés et tout un tas de gens qui n'avaient pas peur de se trémousser le dimanche soir jusque 4h.

Meilleur moment : en début de soirée, sur une piste encore déserte, le DJ qui passe Sugar Spun Sister, plus belle chanson des Stone Roses. J'en avais presque les larmes au yeux.
Moment honteux : emporté par mon enthousiasme, perte d'équilibre et rattrapage in extremis en mettant la main sur la platine vinyl du DJ. Gros scratch, musique interrompue, regard courroucé du DJ, des barmen et de toute la clientèle, envie de m'enfoncer dans le sol et de disparaître.

Musique emblématique : ce titre des Stones Roses donc. Pas vraiment dansant mais quelle mélodie mes amis.







The Stone Roses - (Song for my) Sugar Spun Sister

Pulp, Paris
De retour à Paris, j'avais décrété qu'il n'y avait aucun club valable dans cette ville (j'étais déjà snob et péremptoire). J'ai bien changé d'avis quand on m'a emmené à une de ces fameuses soirées du Jeudi (hélas défuntes) : ce soir-là, la qualité des sets de The Hacker et d'Arnaud Rebotini m'avait mis une bonne claque. Musique pointue et sexy, foule hétérogène et tolérante (rare à Paris), toilettes mythiques. Ces soirées ont été responsables de beaucoup de vendredi très douloureux.

Meilleur moment : ma petite chouchoute, Chloé, qui passe son propre tube, Take Care, sous les vivats de la foule.

Moment honteux : pas de moment honteux possible dans les boîtes à Paris. Verre & clope à la main, on reste digne, on mate, on juge, on jauge. On n'est pas là pour rigoler.

Musique emblématique : ce titre de Chloé donc, hypnotique et racé.







Chloé - Take Care

Questionnaire Libé

vendredi 6 novembre 2009

Voici mes réponses à un questionnaire cinéma, récemment posé par Libération à Steven Soderbergh, et relayé par le Dr Orlof (dont je vous invite à lire les chroniques, régulières et fort documentées, bourrées de parti-pris et d'avis tranchés comme j'aime). Dans la mesure où je suis in-ca-pa-ble d'écrire sur les films en ce moment, cet exercice un peu idiot est le mieux que je puisse faire en ce moment pour alimenter mon blog chéri.

Le film que vos parents vous ont empêché de voir ?
Les Valseuses. Quand il est passé à la télé au début des années 90, mes parents, en en ayant gardé un bon souvenir lors de sa sortie en salles, nous ont autorisés à le regarder avant de le couper précipitamment dès la première scène crue - assez tôt dans le film donc. Était-ce révélateur du vieillissement de mes parents ou plutôt d'un certain recul de l'esprit contestataire des années 70 ? Je penche de plus en plus pour la deuxième explication.
Et aussi, un peu plus tôt, A la Recherche de Mr Goodbar, censuré à base de "Va te coucher, ce film n'est pas pour toi", qui reste un film éminemment mystérieux pour moi dans la mesure où je ne l'ai toujours pas vu.

Une scène fétiche ou qui vous hante ?
Le mariage de The Deer Hunter. Vu que ce passage est long, s'il ne fallait retenir qu'une scène, je choisirais la pré-chauffe au bar sur Can't Take My Eyes Off You.

Vous dirigez un remake : lequel ?
Les Jeux de l'Amour et du Hasard, la fameuse (et si puissante) pièce de Marivaux.

Une deuxième tempête spatio-temporelle s'abat sur l'USS Nimitz dans l'inusable Nimitz, Retour Vers l'Enfer

Le film que vous avez le plus vu ?
J'hésite entre La Folie des Grandeurs, Nimitz Retour vers l'Enfer et La Ruée vers l'or. Je n'ai évidemment pas compté mais ça doit être de l'ordre de la trentaine pour chacun.

Qui ou qu’est-ce qui vous fait rire ?
Cary Grant qui se pète la gueule pendant l'aria de son ex-femme dans Cette Sacrée Vérité : ça dure 10 secondes mais je ne peux m'empêcher de rire devant la 'justesse' de la cascade et la tête d'ahuri qu'il prend (la scène est ici sur YouTube : le passage en question est à 3' pile - c'est absolument prodigieux, vraiment, je ne connais rien de plus drôle au monde, sans parler de la tête du petit vieux à côté et du rire sooooo charming de Irene Dunne à 3'25, c'est à se pâmer).
Et sinon :
- Chaplin à peu près tout le temps, notamment dans Le Cirque (le plus sous-estimé des Chaplin ?) quand il tombe dans un tonneau.
- Jean Dujardin dans le premier 0SS 117 (eh oui).
- Mike Myers dans le premier Austin Powers (eeeeh oui, je ne me souviens pas avoir tant ri au cinéma).

Votre vie devient un biopic…
Il portera forcément le titre d'une chanson des Smiths / Morrissey. Cinq parmi ceux qui me touchent le plus :
- I Started Something I Couldn't Finish
- The Last of The Famous International Playboys (la meilleure chanson de Morrissey peut-être, bourrée de mélancolie, d'ironie et d'auto-dépréciation)
- Heaven Knows I'm Miserable Now
- Barbarism Begins At Home
- We Hate It When Our Friends Become Successful (n'est-ce pas ?)








Morrissey - The Last Of The Famous International Playboys

Le cinéaste absolu ?
Comme chez les catholiques, ma Sainte Trilogie, qui n'est qu'une seule et même personne incarnée en trois entités (ou le contraire je ne sais plus), est la suivante : David Lynch, Woody Allen, Eric Rohmer.

Le film que vous êtes le seul à connaître ?
Aucun, vraiment.
Mais, en dehors de mon ex-coloc avec qui on est tombé dessus par le plus grand des hasards, je n'ai encore rencontré personne qui a vu Auch Zwerge Haben Kleine Angefangen, le génial et WTF-issime premier film d'Herzog (pour vous donner une idée, je vous conseille d'aller regarder le plan final, absolument hallucinant).
Et dans le genre 'film dur à voir mais qui mériterait largement d'être multi-diffusé', je suis plus que content d'avoir assisté à une rare reprise du Plein de Super, l'impayable road-movie d'Alain Cavalier, toujours introuvable en DVD.

Une citation de dialogue que vous connaissez par cœur ?
"For a moment ... I thought .... " susurré par Ingrid Bergman dans Dr Jekyll & Mr Hyde. Je n'ai vu ce film qu'une fois ou deux, cette phrase n'est pas très longue mais, pour des raisons que j'ignore, cette ligne de dialogue me hante depuis 20 ans et je me la remémore presque quotidiennement.

L’acteur que vous auriez aimé être ?
Jean-Paul Belmondo dans les années 60 : il pouvait tout jouer, du plus intello au plus populaire, avec une désinvolture et une justesse incroyables. Rarement une personne ne m'a donné autant l'impression d'incarner une époque - tout en flottant largement au-dessus de la mêlée. Il a aussi embrassé les plus belles femmes.



Le dernier film que vous avez vu ? Avec qui ? C’était comment ?
Pulsions de Brian de Palma, seul sous ma couette. Très bien.

Un livre que vous adorez, mais impossible à adapter ?
Malevil de Robert Merle, que j'ai lu 50 fois et dont je connais des chapîtres entiers par cœur. Il y a eu une adaptation assez faiblarde en 1980 par Christian de Chalonges.
Le livre est pour moi trop riche et trop subtil pour en faire un vrai bon film - une série peut-être.

Quelque chose que vous ne supportez pas dans un film ?
La fausse connivence, le deuxième degré, Clovis Cornillac.

Le cinéma disparaît. Une épitaphe ?
Silencio.



Bon et je ne suis pas trop branché "chaîne de blog", mais je serais très curieux de lire les réponses de Camille, Rob Gordon, FredMJG & IMTheRookie à ce questionnaire.

Top 10 des cinéastes américains en activité

jeudi 8 octobre 2009

Aujourd'hui a circulé sur Twitter ce Top Ten Working American Directors avec lequel je suis parfois d'accord mais, en fait, à la réflexion, non. Relevé par David, l'absence de David Lynch est un scandale. Et ma réaction sur Twitter, bien que contestée, appelait à un point de vue un peu plus fourni. Voici donc mon Top 10, parfaitement subjectif et assumé, des meilleurs cinéastes américains en activité.

1. David Lynch
Mulholland Drive étant le plus beau et le plus grand film de tous les temps, David Lynch était assuré de figurer dans ce top 10. Or il se trouve que ses autres films, bien que peu nombreux, ont tous été pour moi de grands moments de cinéma : Lost Highway m'a retourné le cerveau, Dune a troublé mes 10 ans, Eraserhead m'a donné l'illusion d'être un cinéphile intello, Blue Velvet m'a fait voir le monde différemment, Sailor & Lula m'a donné envie d'avoir une veste en peau de serpent et Inland Empire m'a vraiment fait chier mais a incrusté en moi des images impérissables (ces lapins !).

Si on ajoute à cette oeuvre cinématographique ahurissante la série Twin Peaks, nous obtenons tout simplement avec David Lynch le plus grand faiseur d'images de ces 30 dernières années. Respects éternels. Et puis Mulholland Drive quoi ... la beauté faite cinéma.

2. Woody Allen
En 1977, Woody Allen signait un des meilleurs films américains de la décennie avec Annie Hall. En 2009, il m'a offert (merci, merci) un des meilleurs films de l'année avec Whatever Works, pur feel-good movie bourré d'intelligence, de finesse et d'humour. Et entre-temps, il enfile les chefs-d'œuvre comme d'autres enfilent des perles : Manhattan (la scène finale avec Mariel Hemingway, oh my God !), Le sortilège du scorpion de Jade (LE film jubilatoire par excellence), Match Point, Melinda & Melinda (le plus sous-estimé de tous les Allen ?) et 15 autres encore que j'ai eu le bonheur de voir.

Le mot génie me paraît avoir été inventé pour qualifier Woody Allen, homme doté d'une science inouïe du langage cinématographique doublée d'une finesse d'analyse inégalée. Tous en choeur : génie, génie, génie.

3. Steven Spielberg
Autant je refuse catégoriquement de parler à des personnes qui contesteraient la moindre once de génie chez Woody Allen ou David Lynch, autant je suis prêt à reconnaître quelques failles dans l'oeuvre de Spielberg : je veux bien croire qu'il a participé, avec la nouille Georges Lucas, à une certaine infantilisation et décérébralisation du cinéma américain - nivellement par le bas dont nous subissons hélas toujours les effets.

Mais bon, comment ne pas être immensément admiratif d'un cinéaste qui a effrayé le monde entier avec Jaws, l'a fait pleurer (moi le premier) avec La liste de Schindler, l'a amusé avec Catch Me If You Can ou La Guerre des Mondes, l'a traumatisé avec Saving Private Ryan ou l'a fait vivre (tout simplement) avec ce chef-d'oeuvre du divertissement qu'est la trilogie Indiana Jones. Derrière cette productivité hallucinante, je sens chez Spielberg un vrai respect de son spectateur et un réel amour du cinéma et je suis prêt à me battre à mains nus avec les snobs du cinéma intello qui ne voient en lui qu'un saltimbanque.

4. Martin Scorsese
Les Affranchis, le plus beau film de gangsters que j'ai pu voir, et un des plus beaux films tout court, donne par défaut une bonne place à Martin Scorsese. Ensuite, il y a évidemment Taxi Driver, Raging Bull et Casino, dans lesquels les histoires quasi-bibliques et les interprètes bigger than life insufflent une grandeur qui est de l'ordre de l'épique. Et j'ai une tendresse particulière pour Mean Streets, film-matrice dans lequel Robert de Niro crève l'écran par son insouciance et sa douce folie.

La religiosité des films de Scorsese, loin de les plomber, leur donne pour moi un souffle à nul autre pareil - décuplé par une science cinématographique incroyable (ah ce plan-séquence des Affranchis !).


5. Francis Ford Coppola
Après Scorsese et Spielberg, il est vrai que c'est un peu facile de citer Coppola. Mais bon, je dois avouer que la fresque Apocalypse Now, par son esthétisme, son lyrisme, sa dimension résolument poétique et son refus du réalisme (enfin, c'est pas vraiment un refus, c'est plutôt un point de vue qui n'est pas dans la réalité, un point de vue qui n'appartient qu'au cinéaste et dans lequel il parvient miraculeusement à nous faire rentrer, à l'opposé du documentaire en somme), bref j'avoue que ce film me fascine profondément.

Ensuite, dans des genres radicalement différents, j'admets deux gros faibles pour Peggy Sue Got Married et Dracula (et oui ... malgré l'endive Keanu Reeves). Et, me direz-vous, la trilogie du Parrain ? Et bien, là aussi j'avoue, oui j'avoue que je ne suis pas emballé par cette trilogie, certes magistralement interprétée et scénarisée, mais manquant pour moi d'un je-ne-sais-quoi pour la rendre aussi flamboyante qu'un chef-d'œuvre de Scorsese. Je les ai vus trop tard je crois.

6. Brian de Palma (encore un barbu)
On continue dans la facilité et dans le courant de ces wonderkids qui, au début des années 70, ont réinventé le cinéma américain et le cinéma tout court par la même occasion. Je suis loin d'avoir vu tous les films de De Palma mais je suis vraiment admiratif de l'insistance qu'il donne à la forme de ses films. Bien qu'étant un héritier auto-proclamé d'Hitchcock, je le vois pour ma part comme un Dario Argento américain : tant pis pour l'histoire, tant pis pour les acteurs, la virtuosité formelle compte über alles.

Cette volonté de faire des plans superbes et des mouvements de caméra grandioses donne par exemple Carrie, chef-d'oeuvre qui va bien au-delà d'un 'simple' film d'angoisse. Parfois, cela nous donne des films controversés mais que j'aime beaucoup : Phantom of the Paradise, Snake Eyes ou Les incorruptibles (que je trouve brillantissime, quoiqu'on en dise). Hélas, ça donne aussi parfois de belles horreurs clinquantes et putassières comme Scarface mais je suis toujours vivement intéressé par ces cinéastes qui sont en quête de beauté esthétique pure. Il me tarde vraiment de voir Furie, Obsession & Redacted.

7. Michael Cimino
Il n'est pas mort donc on peut dire qu'il est encore en activité - bien que je ne sois pas sûr qu'il fasse encore des films. Mais, ne serait-ce que pour The Deer Hunter, Michael Cimino mérite largement d'être parmi les plus grands. J'ai déjà parlé sur ce blog de ce film époustouflant qui m'avait rendu amoureux de Meryl Streep (alors qu'elle est même pas belle !) et dont la scène de roulette russe avait engendré chez moi quelques nuits blanches (j'avais 17 ans).

A côté de ça, j'ai du m'endormir devant Heaven's Gate il y a 10 ans, je garde un bon mais confus souvenir de L'Année du Dragon et je n'ai carrément pas vu The Sunchaser et Le Sicilien (Christophe Lambert, bigre !). Quand j'ai le cafard, je regarde, re-regarde et regarde encore cette scène magique de Deer Hunter - pour Christopher Walken et son déhanché hors du temps, pour John Cazale et sa sincérité, pour le sérieux et la casquette de Robert de Niro.

8. Paul-Thomas Anderson
Bon là, je commence à rentrer dans le domaine de l'escroquerie parce que je n'ai vu que Boogie Nights mais ce film m'a tellement impressionné (et ce type est encore très jeune) que j'ai tout de suite eu envie de le placer parmi les grands.

Moi qui aime les plan-séquences, j'ai été plus que gâté dans ce film brillant sans être clinquant - une sorte de relecture des Affranchis dans le milieu du porno.

Je sais, je sais, il faut que je voie Magnolia et There Will Be Blood.



9. Sofia Coppola
Un choix un peu moins défendable mais plus honnête dans la mesure où j'ai vu chacun de ses trois films : le gracieux Virgin Suicides, l'émouvant Lost in Translation et le moins bon Marie-Antoinette. Sofia Coppola est encore jeune, elle traine beaucoup de casseroles avec elle (sa filiation, son côté un peu trop dans l'air du temps) mais j'ai envie de croire qu'elle va continuer à nous surprendre et nous charmer.

10. (ex-aequo) Steven Soberbergh & David Fincher
Je ne connais pas complètement, parfois j'aime, parfois moins. Voilà voilà. (et si les Cahiers du Cinéma veulent m'embaucher, no soucy). Mention spéciale à Sex, Lies & Videotape ainsi qu'à Zodiac tout de même.

Non classés
- Quentin Tarantino : serait dans mon top 10 si il n'était pas autant surcôté et si content de lui. 2 premiers films et 2 chefs-d'œuvre. Après, je suis très sceptique et très refroidi par les louanges unanimes qu'il reçoit.
- Clint Eastwood : j'en ai vu trop peu pour juger. Au-delà de Mystic River qui m'a bouleversé, de Million Dollar Baby qui m'a ému tout court d'Un Monde Parfait qui m'a intéressé, j'en ai raté plein que je veux voir (Impitoyable, Dans la ligne de mire) et plein d'autres qui m'ont été tellement déconseillé que je reste hésitant.
- Les frères Coen : évidemment, il y a le méga-LOL Big Lebowski, que j'aime sincèrement. Mais bon, avant, après, les deux frères nous servent des films qui sont vraiment trop peu sincères pour que j'accroche. Je ne suis pas votre pote les gars, et je n'ai pas envie de l'être, alors arrêtez de me donner une tape dans le dos en me disant "Tu vois ce que je veux dire ?". Non, je ne vois pas. Leur cinéma est ultra-surcôté, et ne restera pas.

Même pas dans mon top 200.000

Darren Aronofsky : je n'ai vu ni Pi, ni The Foutain, ni The Wrestler mais Requiem for a Dream est un film tellement ignoble que je jette le bébé avec l'eau du bain en pleine conscience de ma mauvaise foi.

Ce type est un escroc, un menteur, un salaud. Pouah.