Orfeu Negro

lundi 12 avril 2010

Marcel Camus, 1959

Encore un grand classique que je découvre bien tardivement. Le genre de films où l’on se dit « Mais pourquoi ai-je attendu aussi longtemps ? ». Mais bon, dans 10 ans je serai probablement encore en train de me lamenter de voir beaucoup trop tard tel ou tel chef-d’œuvre multi-encensé. Plus j’avance dans ma découverte des films, plus il me semble que les frontières reculent et que la richesse du cinéma est insondable. Tant mieux.

Donc, Orfeu Negro, Palme d’Or à Cannes en 1959, est un film français de Marcel Camus (et non d’Albert comme je le croyais jusqu’à ce jour … hum), transposition dans le Rio actuel du mythe antique d’Orphée aux enfers.

Pendant les toutes premières minutes, j’ai eu peur qu’Orfeu Negro ne soit qu’une espèce de carte postale d’un français en goguette à Rio qui tomberait amoureux de ce pays à tel point que son film n’aurait aucune nuance et aucun discernement. En lisant quelques articles sur le Web, c’est d’ailleurs une critique qu’on retrouve souvent : on remercie Marcel Camus d’avoir fait découvrir la bossa nova au monde occidental mais on lui reproche d’avoir une approche légèrement condescendante à l’égard de la culture noire brésilienne. En bref, on l’a accusé d’avoir un peu la même ligne éditoriale que ces crétins du Guide du Routard (« dont les têtes de cons s’étalent en 4ème de couverture » … dans mes bras Michel Houellebecq !).

Comme pour Tout ce qui brille (eh oui !), je ne suis pas du tout d’accord avec cette approche critique qui restreint le film à un propos de société ou à un clash fantasmé entre deux cultures trop différents pour que l’une puisse être représentée par l’autre sans taxer son auteur de vilaines arrière-pensées. Encore une fois, je m’en fous complètement. Le film raconte de manière tellement belle une histoire tellement universelle, mythologique en l’occurrence, que ces propos de pisse-vinaigre passent complètement au-dessus de moi, si je puis me permettre une telle image (en me relisant, et en y réfléchissant, je me dis que j’ai peut-être tort de n’évaluer un film qu’à ses qualités purement cinématographiques et que je devrais être un spectateur un peu plus citoyen - mais je dois avouer qu’une telle approche m’ennuie terriblement, en bon épicurien égoïste que je suis).

Donc au diable les moralisateurs, le film est splendide visuellement, traversé d’images oniriques (ah cet escalier circulaire qui descend aux Enfers !), le tout baignant dans de belles couleurs chaudes. La musique est également envoûtante mais au final ce sont les destinées de ces personnages qui m’ont enthousiasmé. De toutes façons, dès qu’il y a des jeux amoureux basés sur des masques et des travestissements, bref, dès qu’on baigne dans du Marivaux, je craque complètement. On a beau connaître le mythe d’Orphée et Eurydice et savoir que tout cela va mal se terminer, on s’attache immédiatement à cette histoire d’amour tant les protagonistes sont aimables. Marpessa Dawn est d’une beauté juvénile saisissante, d’abord tout en retenue dans son ingénuité et ensuite extrêmement sensuelle lorsqu’elle danse. Et Breno Mello est vraiment touchant de bout en bout.


Le plus beau moment est peut-être tout simplement la scène finale (ci-dessus), poétique, sublimée par la musique, et débordante d’optimisme après la tragédie que nous venons de vivre. Une scène étonnante de simplicité et de pureté qui illustre si bien cette philosophie que j’aime tellement retrouver au cinéma : « Vivre malgré tout ».

La Polizia Chiede Aiuto

dimanche 11 avril 2010

Un jour peut-être, j'aurai un peu de force et un peu d'inspiration pour pouvoir vous parler comme il se doit du plus beau film de l'année, de la décennie même si Mulholland Drive n'avait pas existé. Les personnes qui m'ont fréquenté et supporté depuis quelques mois savent que je parle de AMER, l'extraordinaire et inattendu chef-d'œuvre d'Hélène Cattet et Bruno Forzani.

En attendant ce jour, et pour ne pas vous laisser en reste, voici donc le sublimissime titre de Stelvio Cipriani qui accompagne si bien ce film. Docteur, est-ce grave de l'écouter 675 fois par jour depuis bientôt deux mois ?








Stelvio Cipriani - La Polizia Chiede Aiuto

Et bon allez, tant qu'on est dans les superlatifs, la montée en puissance, à 0'55 de la chanson, correspond, dans le film, au plus beau moment de cinéma que je n'ai jamais vécu. Ces gros plans sur les cheveux, le chapeau, le décolleté sont d'une beauté inouïe, d'une sensualité ahurissante. Je ne trouve pas les mots, je ne m'en remets pas.

Les Chaussons Rouges

jeudi 8 avril 2010

Red Shoes
Michael Powell & Emeric Pressburger, 1949


Le premier Powell/Pressburger que je vois, et sans doute pas le dernier.

Tout comme comme A Star is Born & Singing In The Rain, que j'ai vu et revu tout récemment, Red Shoes est un film musical qui montre les coulisses du show-business. C'est amusant, il semble que cette typologie de film comporte une trame cyclique récurrente : exposition d'une star (de cinéma, théatre ou ici ballet), déchéance de cette dernière au profit d'une nouvelle étoile montante, love story entre cette nouvelle star et un protagoniste-clé (ici le compositeur/chef d'orchestre) et puis, variante possible, nouvelle déchéance ou happy end. En l'écrivant, je me rends compte que c'est aussi le pitch de All About Eve.

Voilà bien un inconvénient à regarder trop de films : on finit par les disséquer, les comparer, les ranger dans des cases et au final on prend le terrible risque d'en ôter la magie. C'est MAL.

Quoiqu'il en soit, la magie du cinéma, celle qui me fait toujours courir, a opéré à plein pendant la scène centrale, à savoir la représentation des Chaussons Rouges le ballet au sein des Chaussons Rouges le film. Cette fascinante mise en abîme d'une trentaine de minutes est d'une inventivité et d'une grâce inoubliables. Powell & Pressburger s'écartent très vite du simple cadre d'un ballet filmé : le champ s'élargit, les décors deviennent gigantesques, l'onirisme et le fantasme s'immiscent et on ne peut que rester bouche bée devant une telle beauté. Remplacer une vague d'applaudissements par une vraie vague de la vraie mer est une idée aussi audacieuse que géniale. Et quand Moira Shearer agite ses petits pieds pour se débarrasser de ses chaussons, je vous défie de ne pas fondre devant une telle grâce.

Après un tel climax, la fin du film est un tantinet moins enchanteresse. Certes j'ai également jubilé devant cette idée très astucieuse (et pas trop appuyée) de transposer la trame du conte d'Andersen dans la vie de notre danseuse-étoile mais bon, le rythme s'étiole quelque peu.

Soulignons enfin que l'image, en Technicolor, est absolument superbe ; le film a été restauré tout récemment, avec le concours de Martin Scorsese d'ailleurs, et méritera largement une 2e vision. Courez le voir chers lecteurs.

Holiday

mercredi 7 avril 2010

Vacances
Georges Cukor, 1938


Hésitant entre ce film et Les Poings dans les Poches qui a l'air pas mal mais un peu plombant, j'ai demandé conseil à l'ouvreuse : "Bah je sais pas trop, Holiday c'est une comédie ...". Banco alors. Je l'ai crue, la menteuse d'ouvreuse, Holiday n'est pas selon moi une comédie, en tout cas pas une screwball comedy, comme le laissait entendre son casting (Cary Grant + Katherine Hepburn). J'ai peu ou pas ri. Les scènes sensément drôles ne le sont pas vraiment et les dialogues ne sont pas aussi étincelants que chez Lubitsch ou McCarey.

En fait voilà, Holiday m'a plutôt fait penser à une fable à la Capra, à savoir une histoire trop belle pour être vraie mais suffisamment bien foutue pour qu'on soit touché par l'universalité du propos. Le propos ici, c'est "Trace ta route, suis ton chemin, écoute ton corps, écoute ta soif" (en gros). Avec une happy end à la clé.

J'avoue avoir été vraiment ému par la scène du réveillon pendant laquelle Cary Grant et Katherine Hepburn, après avoir joué au chat et à la souris depuis le début du film, se retrouvent seuls, silencieux, soudain maladroits, réalisant enfin à quel point ils sont destinés l'un à l'autre et ne sachant comment passer à la suite, bloqués par les convenances sociales.

Cary Grant est comme toujours parfait mais la vraie étoile de ce film est évidemment Katherine Hepburn, d'une classe et d'une vitalité folles. A tomber. Personnage intéressant du frère, alcoolique, touchant, faible et prenant toujours la tangente - le genre de caractère très humain auquel il est si facile de s'identifier. Très bon film au final, je n'ai pas insulté l'ouvreuse en sortant.

Tout ce qui brille

samedi 3 avril 2010

Géraldine Nakache, 2010

Comme le dit bien l'ami hal9100 (dont je vous invite à découvrir le blog tout juste éclos, alerte et drôle), il ne fallait pas se fier à la bande-annonce pour se faire une idée juste de Tout Ce Qui Brille. Ce qu'on pouvait craindre être une énième comédie pas drôle et agaçante s'avère être un vrai régal.

En lisant ici ou là un peu de littérature au sujet de ce film, j'ai lu qu'on lui collait souvent l'étiquette réductrice de "film de banlieue". Je ne suis pas du tout d'accord avec ça.

Pour faire simple, je crois que j'en ai rien à foutre de cette histoire d'ascenseur social ou d'un supposé choc des civilisations entre Puteaux et le XVIe arrondissement. Si c'est effectivement le propos du film, ce n'est en tous cas pas ce que j'ai vu ni apprécié. Pour moi, le film raconte tout simplement l'histoire de deux jeunes filles, de leur amitié et de leur quête d'accomplissement de soi. Et si le film arrive à transcender le cadre social dans lequel il se situe, c'est tout simplement parce-qu'il est juste et réussi. Dans une plus forte mesure, et pour prendre un film comparable, j'avais eu la même impression d'universalité-de-propos-qui-sublime-le-contexte avec L'Esquive.

Tout Ce Qui Brille est réussi en grande partie grâce à ses trois comédiennes principales (j'inclus Audrey Lamy en plus de Géraldine Nakache et Leïla Bekhti). Elles sont tout simplement vraies, vivantes, imparfaites (pas super belles, un peu connes parfois, souvent menteuses), bref très attachantes. Les dialogues sont drôles, surtout quand ils sont débités à deux ou trois voix (et à la mitraillette). En plus du texte, on a droit à du vrai comique de situation (l'arrivée d'Audrey Lamy dans le restaurant, la mère qui enfile son vison lorsque les riches débarquent), à du suspense (les scènes d'attente devant le digicode) et même à une certaine épaisseur psychologique via ces scènes familiales, émouvantes (arrivée du père en taxi devant sa fille et ses nouvelles copines) bien que parfois un peu trop appuyées.

Bon ensuite, tout n'est pas parfait. Les personnages périphériques (les riches donc) sont un peu taillés à la truelle, l'intrigue hoquète au bout d'une heure, certains gags tombent à plat mais, ainsi que le dit Rob Gordon, on a envie de tout pardonner à ces filles si attachantes, qui se prennent plein de coups et plein de pieds dans le tapis mais qui gardent une vitalité à toute épreuve.

Et tout comme smwhr (que de name-dropping dans ce billet), j'ai succombé à la vidéo de la chanson phare du film. D'ailleurs, à 30 secondes, les images qu'on voit sont extraites de ce que j'ai trouvé être la plus belle scène du film.


Alors oui la chanson est une reprise de l'épouvantable Véronique Sanson (raaaah !), oui il y a des fautes de français atroces ("je fais ce QUE j'ai envie" - raaaaah) et oui cette vidéo est en permanence à deux doigts d'être mièvre, agaçante et idiote. Mais en fin de compte ça fonctionne, sur le fil du rasoir (ce qui est souvent le propre d'une chanson qui suscite l'adhésion). Tout comme dans le film, le naturel de ces filles emporte toute critique que je pourrais émettre. C'est vraiment le genre de choses qui me rappellent pourquoi je suis, a priori, amoureux de toutes les filles - je verrais assez mal des garçons interpréter cette chanson avec un premier degré si désarmant.

Si Les Porcs Avaient Des Ailes

jeudi 1 avril 2010

(... on les appellerait des aéroporcs ?)
Porci Con Le Ali
Paolo Pietrangeli, Italie, 1977


Film vu complètement au hasard à la Cinémathèque, sur la seule foi de son pitch.

Nous sommes en Italie à la fin des années 70 et nous suivons les tribulations d'un jeune couple d'étudiants, Antonia et Rocco. Ils s'aiment un peu, font l'amour, se disputent, se séparent, se parlent à nouveau - le tout dans un contexte universitaire associatif fortement politisé (et très à gauche).

Comme toujours lorsque je ne suis pas emballé par un film, je cherche d'autres œuvres qui lui ressemblent. Là, j'ai donc trouvé un mélange de La Maman et la Putain, pour le côté post-68 désenchanté, et de Je Suis Curieuse (ce film suédois dont j'avais parlé ici), pour sa description d'un couple rendu intenable en raison de l'utopisme de ses protagonistes. Tout comme Je Suis Curieuse, le film est assez explicite dans son traitement de la sexualité : les mots sont crus, les plans frontaux. Et assez rapidement, le propos politique s'efface devant le constat que les idéaux sociétales et sexuels de "cette" jeunesse sont incompatibles avec une histoire d'amour exclusive et passionnée.

Antonia revendique une vraie décontraction dans l'approche de sexualité mais, assez vite, elle se plaindra de n'être "qu'un trou, un orifice, un entonnoir" pour Rocco. Celui-ci vit par ailleurs une intéressante schizophrénie ; belle scène où il répond à ses propres questions, via un magnétophone, seul sur son lit avec ce miroir entêtant et qui ne cesse de le regarder. On trouve d'ailleurs ici et là de beaux moments de mise en scène : les filles discutant sur des fauteuils dans un camion, Rocco s'imaginant qu'Antonia le trompe avec son mentor devant toute une assemblée, Rocco et une fille marchant le long d'immenses baies vitrées dans un entrepôt désaffecté. L'atmosphère ultra-urbaine du film est assez esthétique.

Mais au final, c'est un vrai désenchantement que nous montre ce film, pour lequel il est donc difficile de s'enthousiasmer. Paolo Pietrangeli semble nous dire : vous aurez beau rêver, vous resterez des porcs et de toutes façons, à l'image du sexe de Rocco (que l'on voit beaucoup dans le film), la chair est triste et flasque.

Lifeboat

mercredi 31 mars 2010

Alfred Hitchcock, 1944

Je crois que c'est le premier Hitchcock que je découvre sur grand écran.

Ce film est un huis-clos : nous suivons la vie et la survie de 8 rescapés d'une attaque de U-Boot. Evidemment, on jubile dans un premier temps face à cette gageure cinématographique : le film ne sort jamais des quelques m2 du canot et n'est constitué que de gros plans ou plans moyens. Mais, comme toujours chez Hitchcock, la prouesse technique n'est pas une fin en soi et se met toujours au service d'un propos.

Ici, Hitchcock nous propose une description psychologique de simples humains face à un événement dont l'ampleur et les enjeux les dépassent : la 2e guerre mondiale. Nos 8 personnages, bien qu'a priori assez typés, évolueront sous nos yeux et gagneront tous en profondeur, en un mot s'humaniseront.

"Plus le méchant est réussi, meilleur est le film" est un vieux théorème formulé par Hitchcock lui-même (et dont Inglourious Basterds est à mes yeux le seul contre-exemple). Dans Lifeboat, cet adage est complètement validé. Le personnage de Willi, le seul allemand à bord, est fascinant et, de scène en scène, il provoque chez le spectateur des réactions contradictoires mais toujours fortes. Là on s'apitoie sur son sort, ici on se méfie, là on souhaite qu'il soit enfin écouté, juste après on découvre sa duplicité et on finit presque par s'identifier à cette meute qui le lynche dans une scène stupéfiante de sauvagerie. Tous les acteurs sont bons mais je retiens également l'interprétation ultra-convaincante de Tallulah Bankhead (dont je vous conseille de lire l'étonnante biographie), en journaliste sophistiquée revenue de tout.

Les personnages de ce Koh-Lanta sur un canot (de gauche à droite) : l'allemand, le redneck, la journaliste, le riche, l'ouvrier, la folle, l'infirmière, le Noir, le marin

Bref, au fur et à mesure que le film avance, on finit par oublier complètement l'artifice de mise en scène, on se passionne pour ces naufragés, on change dix fois d'avis sur eux, on se rend compte que chacun d'eux déborde de la boîte dans laquelle on l'avait rangé au début, on se délecte de ces dialogues, on tombe un peu amoureux de l'infirmière et on ne peut qu'applaudir lorsque le carton The End arrive, de manière forcément trop abrupte. Du grand art.

Superbad

mardi 30 mars 2010

Supergrave
Greg Mottola, 2007


Après Les Rois du Patin et Retour à la Fac, qui m'ont tant amusé, et malgré Zoolander, qui m'a pour le moins ennuyé, je continue mon rattrapage de toutes ces comédies américaines décérébrées des années 2000 (d'ailleurs, comment peut-on qualifier ce mouvement Appatow / Will Ferrel / Ben Stiller / etc ? Y a-t-il un nom officiel ?)

Superbad est un peu une relecture d'American Pie, en plus condensé (le film se déroule presque sur une seule journée), en plus concentré (les parents sont inexistants) et en plus trash, dans le vocabulaire principalement. En gros, Superbad est un college movie où nous suivons trois jeunes losers qui tentent d'acheter de l'alcool pour une soirée à laquelle ils sont miraculeusement invités. Tout cela dans le but de coucher avec des filles évidemment. Bien que leur vernis respectif soit assez différent, nos héros sont de vrais frustrés mal dégrossis doublés d'obsédés sexuels. En bref, des ados.

Ne nous voilons pas la face, le film est très gros, très gras, très lourd mais les personnages sont suffisamment bien brossés, et surtout suffisamment attachants, pour qu'on s'intéresse à leurs tribulations. Après l'étonnant Juno qui m'avait très agréablement surpris, je deviens vraiment fan de Michael Cera, incarnation vivante de la coolitude geek.

Et puis, il faut bien l'avouer, toutes ces œuvres du petit garçon de 12 ans qui ne peut s'empêcher de mettre des bites partout dans ses dessins, m'ont fait rire, rire, rire.

Carrie

lundi 29 mars 2010

Carrie au bal du diable
Brian de Palma, 1976


En revoyant Carrie pour la troisième fois, le premier mot qui me vient à l'esprit est "brillant" - comme souvent pour les films de Brian De Palma.

Mais bon, à part ça, que dire d'intéressant, neuf ou personnel qui n'a déjà été dit sur ce chef d'œuvre fantastique (en tous les sens du terme) ? Rien de bien consistant je crois mais bon, essayons de décrire sincèrement, et sans se la raconter, quelques impressions laissées par cet extraordinaire film.

Soulignons encore une fois la faiblesse du titre français : Carrie au bal du diable, n'importe quoi. Quel diable ? Comme dans tous les bons films du genre (je pense notamment à Cronenberg), l'horreur est endogène. Le basculement vient des personnages eux-mêmes, de leurs entrailles, de leurs cerveaux malades ou de leur sexualité dérangée. Pas de diable donc ni de monstre surnaturel ou de deus ex machina. C'est bien plus efficace ainsi.

Je reste complètement stupéfait par la maîtrise totale de LA scène du bal - stupéfaction doublée d'une vraie jouissance cinéphile. La mise en place a certes été longue (trop longue ? c'est ma seule réserve sur ce film) mais en quelques minutes tout s'accélère et c'est un véritable coup de force esthétique et scénaristique qui nous est asséné. On est pour moi proche de la perfection cinématographique. Je ne me remets pas de ce plan-séquence DE OUF MALADE qui voit la caméra se déplacer du couple au seau de sang en passant par tous les protagonistes et rouages de la scène qui s'annonce. Cette maîtrise de l'espace cinématographique me laisse pantois.

Concentrons-nous sur un court extrait voulez-vous (qualité pourrie, désolé).


A ce moment, le piège a fonctionné et le sang de porc s'est déversé sur l'infortunée Carrie. On sent que ses super pouvoirs vont l'aider pour se venger mais on est encore loin de se douter de la manière dont elle va s'en servir et de l'ampleur des dégâts qu'elle va causer. Et c'est à ce moment que De Palma sort de sa poche l'effet qu'il n'a certes pas inventé mais largement remis au goût du jour : le fameux split-screen.

Cette astuce formelle est pour moi tout sauf un gadget dans cette scène. Elle en décuple l'efficacité et l'intensité. D'un côté nous voyons Carrie utilisant, en un terrible coup d'œil, ses pouvoirs télékinétiques, de l'autre nous voyons les conséquences de ses pouvoirs. Et, comble du plaisir, notez à 0'47 la translation de droite à gauche du visage de Carrie. Pour des raisons que je ne maîtrise pas totalement, je suis subjugué par ce déplacement - c'est tellement malin, tellement inédit et tellement justifié. Tout se tient. En 20 secondes, nous passons du college movie au film d'horreur. La maîtrise est totale.

Ah et puis ces éclairages rouges qui s'allument à la fin de l'extrait, que c'est beau. Ah et aussi cette utilisation des notes de la scène de la douche de Psychose, quel bonne idée là encore ! Ah et aussi... mais mais oui, je l'ai déjà dit, cette scène est parfaite et Brian de Palma est un génie.

Top 5 des discothèques

samedi 21 novembre 2009

Je vais moins en club mais j'aime toujours autant les tops qui ne servent à rien. Petit top 5 (dans le désordre) de mes lieux de nuit favoris.

APT, New York
Comme son nom l'indique, ce petit club ressemble à un appartement. On longe un couloir tapissé de papier peint à rayures avant de se voir offrir deux options : soit rester à l'étage, ambiance cosy, avec une petite terrasse pour cloper (et faire des rencontres), soit descendre au sous-sol pour trouver une ambiance plus groovy et radicalement urbaine. Je connais mal New York mais, bizarrement, j'ai eu vraiment l'impression d'être enfin DANS la ville au moment où j'ai poussé la porte de cet endroit proche de l'idée platonicienne que je me faisais d'un club new-yorkais : cher, chic, branché et cosmopolite. Très peu européen en fin de compte.

Meilleur moment : le physio qui fait oui de la tête pour me laisser rentrer alors que j'étais vraiment habillé comme un sac.
Moment honteux : avoir été habillé comme un sac dans cet endroit sooo chic.
Musique emblématique : les 2/3 fois où j'y ai traîné, j'ai toujours fini par entendre du hip-hop old school, mixé par un DJ en kippa ce que je trouvais être le summum du cool.







Kurtis Blow - The Breaks

Panorama Bar / Berghain, Berlin
Là, on touche LE club, the one and only. Si il ne devait en rester qu'un, ce serait celui-là. Un monstre qui vous avale et dont vous ne sortez pas indemne. Tout paraît possible dans cet endroit extravagant, aux volumes aussi démesurés que les biceps des danseurs torses nus, et ouvert NON STOP du vendredi minuit au dimanche après-midi (il faut le souligner). Le seul endroit où j'ai fait 1h de queue en plein jour.
Meilleur moment : les persiennes qui s'ouvrent furtivement et qui rappellent à la foule en sueur qu'il fait grand jour dehors. Hurlement général. Fermeture des persiennes. Reprise du beat monstrueux. Incroyable.
Moment honteux : m'être fait jeter la veille, sous prétexte que "You don"t fit in", par "The Hardest Bouncer in Europe" - avec lequel on n'a pas du tout, mais alors pas du tout, envie d'argumenter (il a même eu droit à son petit reportage ici)
Musique emblématique : de l'électro bien sûr, allemande, désincarnée et trans-genre (ces 2 titres se suivent).







DJ Koze - Tausend Tränen Tief (Steve Bug Loverboy Remix)







DJ Koze - Telefunken (Adolf Noise Remix)

Razzmatazz, Barcelone
Le club le plus réjouissant de Barcelone, nettement moins Erasmus que les autres endroits de la ville, Dans cet immense dédale industriel, on navigue entre dance-floors géants et salles intimistes par des passerelles en plein air, des escaliers dérobés et des couloirs tordus. On se croirait presque dans le Cabinet du Dr Caligari. La foule est plutôt jeune, décontractée et avenante. La programmation tabasse.
Meilleur moment : le DJ-set de James Holden, pendant lequel même la boucle la plus minimale et la plus répétitive mettait la foule en transe - le tout dans une ambiance tellement moite qu'il était difficile de s'allumer une clope.
Moment honteux : avoir lâché tout le monde pour suivre une fille, qui était un peu l'incarnation féminine de Pierre Richard, dans une épopée de la loose qui s'est terminée dans un commissariat de police.

Musique emblématique : il y a évidemment l'hymne de Nathan Fake, depuis lequel "trance" n'est plus un gros mot.







Nathan Fake - The Sky Was Pink (James Holden Remix)
Mais ce club me rappelle toujours cette excellente chanson de Pulp







Pulp - Razzmatazz

333 / Mother Bar, Londres
Mon club fétiche. Tous les anglais ont leur local pub. Moi j'avais mon local club dans lequel il m'est parfois arrivé d'aller tous les soirs de la semaine. Le must de cet incroyable endroit est le Mother Bar, au dernière étage, à l'ambiance lynchienne : espace restreint, papier peint imprimé rouge, carrelage noir et blanc, boule disco, canapés vintage, grandes fenêtres ouvertes sur Old Street - ça préfigurait un peu Le Baron, en 1000 fois plus friendly. Foule extrêmement hétéroclite, entre les über-cools graphic designers super sapés, les décroissants limite clochards, les City boys égarés et tout un tas de gens qui n'avaient pas peur de se trémousser le dimanche soir jusque 4h.

Meilleur moment : en début de soirée, sur une piste encore déserte, le DJ qui passe Sugar Spun Sister, plus belle chanson des Stone Roses. J'en avais presque les larmes au yeux.
Moment honteux : emporté par mon enthousiasme, perte d'équilibre et rattrapage in extremis en mettant la main sur la platine vinyl du DJ. Gros scratch, musique interrompue, regard courroucé du DJ, des barmen et de toute la clientèle, envie de m'enfoncer dans le sol et de disparaître.

Musique emblématique : ce titre des Stones Roses donc. Pas vraiment dansant mais quelle mélodie mes amis.







The Stone Roses - (Song for my) Sugar Spun Sister

Pulp, Paris
De retour à Paris, j'avais décrété qu'il n'y avait aucun club valable dans cette ville (j'étais déjà snob et péremptoire). J'ai bien changé d'avis quand on m'a emmené à une de ces fameuses soirées du Jeudi (hélas défuntes) : ce soir-là, la qualité des sets de The Hacker et d'Arnaud Rebotini m'avait mis une bonne claque. Musique pointue et sexy, foule hétérogène et tolérante (rare à Paris), toilettes mythiques. Ces soirées ont été responsables de beaucoup de vendredi très douloureux.

Meilleur moment : ma petite chouchoute, Chloé, qui passe son propre tube, Take Care, sous les vivats de la foule.

Moment honteux : pas de moment honteux possible dans les boîtes à Paris. Verre & clope à la main, on reste digne, on mate, on juge, on jauge. On n'est pas là pour rigoler.

Musique emblématique : ce titre de Chloé donc, hypnotique et racé.







Chloé - Take Care

Questionnaire Libé

vendredi 6 novembre 2009

Voici mes réponses à un questionnaire cinéma, récemment posé par Libération à Steven Soderbergh, et relayé par le Dr Orlof (dont je vous invite à lire les chroniques, régulières et fort documentées, bourrées de parti-pris et d'avis tranchés comme j'aime). Dans la mesure où je suis in-ca-pa-ble d'écrire sur les films en ce moment, cet exercice un peu idiot est le mieux que je puisse faire en ce moment pour alimenter mon blog chéri.

Le film que vos parents vous ont empêché de voir ?
Les Valseuses. Quand il est passé à la télé au début des années 90, mes parents, en en ayant gardé un bon souvenir lors de sa sortie en salles, nous ont autorisés à le regarder avant de le couper précipitamment dès la première scène crue - assez tôt dans le film donc. Était-ce révélateur du vieillissement de mes parents ou plutôt d'un certain recul de l'esprit contestataire des années 70 ? Je penche de plus en plus pour la deuxième explication.
Et aussi, un peu plus tôt, A la Recherche de Mr Goodbar, censuré à base de "Va te coucher, ce film n'est pas pour toi", qui reste un film éminemment mystérieux pour moi dans la mesure où je ne l'ai toujours pas vu.

Une scène fétiche ou qui vous hante ?
Le mariage de The Deer Hunter. Vu que ce passage est long, s'il ne fallait retenir qu'une scène, je choisirais la pré-chauffe au bar sur Can't Take My Eyes Off You.

Vous dirigez un remake : lequel ?
Les Jeux de l'Amour et du Hasard, la fameuse (et si puissante) pièce de Marivaux.

Une deuxième tempête spatio-temporelle s'abat sur l'USS Nimitz dans l'inusable Nimitz, Retour Vers l'Enfer

Le film que vous avez le plus vu ?
J'hésite entre La Folie des Grandeurs, Nimitz Retour vers l'Enfer et La Ruée vers l'or. Je n'ai évidemment pas compté mais ça doit être de l'ordre de la trentaine pour chacun.

Qui ou qu’est-ce qui vous fait rire ?
Cary Grant qui se pète la gueule pendant l'aria de son ex-femme dans Cette Sacrée Vérité : ça dure 10 secondes mais je ne peux m'empêcher de rire devant la 'justesse' de la cascade et la tête d'ahuri qu'il prend (la scène est ici sur YouTube : le passage en question est à 3' pile - c'est absolument prodigieux, vraiment, je ne connais rien de plus drôle au monde, sans parler de la tête du petit vieux à côté et du rire sooooo charming de Irene Dunne à 3'25, c'est à se pâmer).
Et sinon :
- Chaplin à peu près tout le temps, notamment dans Le Cirque (le plus sous-estimé des Chaplin ?) quand il tombe dans un tonneau.
- Jean Dujardin dans le premier 0SS 117 (eh oui).
- Mike Myers dans le premier Austin Powers (eeeeh oui, je ne me souviens pas avoir tant ri au cinéma).

Votre vie devient un biopic…
Il portera forcément le titre d'une chanson des Smiths / Morrissey. Cinq parmi ceux qui me touchent le plus :
- I Started Something I Couldn't Finish
- The Last of The Famous International Playboys (la meilleure chanson de Morrissey peut-être, bourrée de mélancolie, d'ironie et d'auto-dépréciation)
- Heaven Knows I'm Miserable Now
- Barbarism Begins At Home
- We Hate It When Our Friends Become Successful (n'est-ce pas ?)








Morrissey - The Last Of The Famous International Playboys

Le cinéaste absolu ?
Comme chez les catholiques, ma Sainte Trilogie, qui n'est qu'une seule et même personne incarnée en trois entités (ou le contraire je ne sais plus), est la suivante : David Lynch, Woody Allen, Eric Rohmer.

Le film que vous êtes le seul à connaître ?
Aucun, vraiment.
Mais, en dehors de mon ex-coloc avec qui on est tombé dessus par le plus grand des hasards, je n'ai encore rencontré personne qui a vu Auch Zwerge Haben Kleine Angefangen, le génial et WTF-issime premier film d'Herzog (pour vous donner une idée, je vous conseille d'aller regarder le plan final, absolument hallucinant).
Et dans le genre 'film dur à voir mais qui mériterait largement d'être multi-diffusé', je suis plus que content d'avoir assisté à une rare reprise du Plein de Super, l'impayable road-movie d'Alain Cavalier, toujours introuvable en DVD.

Une citation de dialogue que vous connaissez par cœur ?
"For a moment ... I thought .... " susurré par Ingrid Bergman dans Dr Jekyll & Mr Hyde. Je n'ai vu ce film qu'une fois ou deux, cette phrase n'est pas très longue mais, pour des raisons que j'ignore, cette ligne de dialogue me hante depuis 20 ans et je me la remémore presque quotidiennement.

L’acteur que vous auriez aimé être ?
Jean-Paul Belmondo dans les années 60 : il pouvait tout jouer, du plus intello au plus populaire, avec une désinvolture et une justesse incroyables. Rarement une personne ne m'a donné autant l'impression d'incarner une époque - tout en flottant largement au-dessus de la mêlée. Il a aussi embrassé les plus belles femmes.



Le dernier film que vous avez vu ? Avec qui ? C’était comment ?
Pulsions de Brian de Palma, seul sous ma couette. Très bien.

Un livre que vous adorez, mais impossible à adapter ?
Malevil de Robert Merle, que j'ai lu 50 fois et dont je connais des chapîtres entiers par cœur. Il y a eu une adaptation assez faiblarde en 1980 par Christian de Chalonges.
Le livre est pour moi trop riche et trop subtil pour en faire un vrai bon film - une série peut-être.

Quelque chose que vous ne supportez pas dans un film ?
La fausse connivence, le deuxième degré, Clovis Cornillac.

Le cinéma disparaît. Une épitaphe ?
Silencio.



Bon et je ne suis pas trop branché "chaîne de blog", mais je serais très curieux de lire les réponses de Camille, Rob Gordon, FredMJG & IMTheRookie à ce questionnaire.

Top 10 des cinéastes américains en activité

jeudi 8 octobre 2009

Aujourd'hui a circulé sur Twitter ce Top Ten Working American Directors avec lequel je suis parfois d'accord mais, en fait, à la réflexion, non. Relevé par David, l'absence de David Lynch est un scandale. Et ma réaction sur Twitter, bien que contestée, appelait à un point de vue un peu plus fourni. Voici donc mon Top 10, parfaitement subjectif et assumé, des meilleurs cinéastes américains en activité.

1. David Lynch
Mulholland Drive étant le plus beau et le plus grand film de tous les temps, David Lynch était assuré de figurer dans ce top 10. Or il se trouve que ses autres films, bien que peu nombreux, ont tous été pour moi de grands moments de cinéma : Lost Highway m'a retourné le cerveau, Dune a troublé mes 10 ans, Eraserhead m'a donné l'illusion d'être un cinéphile intello, Blue Velvet m'a fait voir le monde différemment, Sailor & Lula m'a donné envie d'avoir une veste en peau de serpent et Inland Empire m'a vraiment fait chier mais a incrusté en moi des images impérissables (ces lapins !).

Si on ajoute à cette oeuvre cinématographique ahurissante la série Twin Peaks, nous obtenons tout simplement avec David Lynch le plus grand faiseur d'images de ces 30 dernières années. Respects éternels. Et puis Mulholland Drive quoi ... la beauté faite cinéma.

2. Woody Allen
En 1977, Woody Allen signait un des meilleurs films américains de la décennie avec Annie Hall. En 2009, il m'a offert (merci, merci) un des meilleurs films de l'année avec Whatever Works, pur feel-good movie bourré d'intelligence, de finesse et d'humour. Et entre-temps, il enfile les chefs-d'œuvre comme d'autres enfilent des perles : Manhattan (la scène finale avec Mariel Hemingway, oh my God !), Le sortilège du scorpion de Jade (LE film jubilatoire par excellence), Match Point, Melinda & Melinda (le plus sous-estimé de tous les Allen ?) et 15 autres encore que j'ai eu le bonheur de voir.

Le mot génie me paraît avoir été inventé pour qualifier Woody Allen, homme doté d'une science inouïe du langage cinématographique doublée d'une finesse d'analyse inégalée. Tous en choeur : génie, génie, génie.

3. Steven Spielberg
Autant je refuse catégoriquement de parler à des personnes qui contesteraient la moindre once de génie chez Woody Allen ou David Lynch, autant je suis prêt à reconnaître quelques failles dans l'oeuvre de Spielberg : je veux bien croire qu'il a participé, avec la nouille Georges Lucas, à une certaine infantilisation et décérébralisation du cinéma américain - nivellement par le bas dont nous subissons hélas toujours les effets.

Mais bon, comment ne pas être immensément admiratif d'un cinéaste qui a effrayé le monde entier avec Jaws, l'a fait pleurer (moi le premier) avec La liste de Schindler, l'a amusé avec Catch Me If You Can ou La Guerre des Mondes, l'a traumatisé avec Saving Private Ryan ou l'a fait vivre (tout simplement) avec ce chef-d'oeuvre du divertissement qu'est la trilogie Indiana Jones. Derrière cette productivité hallucinante, je sens chez Spielberg un vrai respect de son spectateur et un réel amour du cinéma et je suis prêt à me battre à mains nus avec les snobs du cinéma intello qui ne voient en lui qu'un saltimbanque.

4. Martin Scorsese
Les Affranchis, le plus beau film de gangsters que j'ai pu voir, et un des plus beaux films tout court, donne par défaut une bonne place à Martin Scorsese. Ensuite, il y a évidemment Taxi Driver, Raging Bull et Casino, dans lesquels les histoires quasi-bibliques et les interprètes bigger than life insufflent une grandeur qui est de l'ordre de l'épique. Et j'ai une tendresse particulière pour Mean Streets, film-matrice dans lequel Robert de Niro crève l'écran par son insouciance et sa douce folie.

La religiosité des films de Scorsese, loin de les plomber, leur donne pour moi un souffle à nul autre pareil - décuplé par une science cinématographique incroyable (ah ce plan-séquence des Affranchis !).


5. Francis Ford Coppola
Après Scorsese et Spielberg, il est vrai que c'est un peu facile de citer Coppola. Mais bon, je dois avouer que la fresque Apocalypse Now, par son esthétisme, son lyrisme, sa dimension résolument poétique et son refus du réalisme (enfin, c'est pas vraiment un refus, c'est plutôt un point de vue qui n'est pas dans la réalité, un point de vue qui n'appartient qu'au cinéaste et dans lequel il parvient miraculeusement à nous faire rentrer, à l'opposé du documentaire en somme), bref j'avoue que ce film me fascine profondément.

Ensuite, dans des genres radicalement différents, j'admets deux gros faibles pour Peggy Sue Got Married et Dracula (et oui ... malgré l'endive Keanu Reeves). Et, me direz-vous, la trilogie du Parrain ? Et bien, là aussi j'avoue, oui j'avoue que je ne suis pas emballé par cette trilogie, certes magistralement interprétée et scénarisée, mais manquant pour moi d'un je-ne-sais-quoi pour la rendre aussi flamboyante qu'un chef-d'œuvre de Scorsese. Je les ai vus trop tard je crois.

6. Brian de Palma (encore un barbu)
On continue dans la facilité et dans le courant de ces wonderkids qui, au début des années 70, ont réinventé le cinéma américain et le cinéma tout court par la même occasion. Je suis loin d'avoir vu tous les films de De Palma mais je suis vraiment admiratif de l'insistance qu'il donne à la forme de ses films. Bien qu'étant un héritier auto-proclamé d'Hitchcock, je le vois pour ma part comme un Dario Argento américain : tant pis pour l'histoire, tant pis pour les acteurs, la virtuosité formelle compte über alles.

Cette volonté de faire des plans superbes et des mouvements de caméra grandioses donne par exemple Carrie, chef-d'oeuvre qui va bien au-delà d'un 'simple' film d'angoisse. Parfois, cela nous donne des films controversés mais que j'aime beaucoup : Phantom of the Paradise, Snake Eyes ou Les incorruptibles (que je trouve brillantissime, quoiqu'on en dise). Hélas, ça donne aussi parfois de belles horreurs clinquantes et putassières comme Scarface mais je suis toujours vivement intéressé par ces cinéastes qui sont en quête de beauté esthétique pure. Il me tarde vraiment de voir Furie, Obsession & Redacted.

7. Michael Cimino
Il n'est pas mort donc on peut dire qu'il est encore en activité - bien que je ne sois pas sûr qu'il fasse encore des films. Mais, ne serait-ce que pour The Deer Hunter, Michael Cimino mérite largement d'être parmi les plus grands. J'ai déjà parlé sur ce blog de ce film époustouflant qui m'avait rendu amoureux de Meryl Streep (alors qu'elle est même pas belle !) et dont la scène de roulette russe avait engendré chez moi quelques nuits blanches (j'avais 17 ans).

A côté de ça, j'ai du m'endormir devant Heaven's Gate il y a 10 ans, je garde un bon mais confus souvenir de L'Année du Dragon et je n'ai carrément pas vu The Sunchaser et Le Sicilien (Christophe Lambert, bigre !). Quand j'ai le cafard, je regarde, re-regarde et regarde encore cette scène magique de Deer Hunter - pour Christopher Walken et son déhanché hors du temps, pour John Cazale et sa sincérité, pour le sérieux et la casquette de Robert de Niro.

8. Paul-Thomas Anderson
Bon là, je commence à rentrer dans le domaine de l'escroquerie parce que je n'ai vu que Boogie Nights mais ce film m'a tellement impressionné (et ce type est encore très jeune) que j'ai tout de suite eu envie de le placer parmi les grands.

Moi qui aime les plan-séquences, j'ai été plus que gâté dans ce film brillant sans être clinquant - une sorte de relecture des Affranchis dans le milieu du porno.

Je sais, je sais, il faut que je voie Magnolia et There Will Be Blood.



9. Sofia Coppola
Un choix un peu moins défendable mais plus honnête dans la mesure où j'ai vu chacun de ses trois films : le gracieux Virgin Suicides, l'émouvant Lost in Translation et le moins bon Marie-Antoinette. Sofia Coppola est encore jeune, elle traine beaucoup de casseroles avec elle (sa filiation, son côté un peu trop dans l'air du temps) mais j'ai envie de croire qu'elle va continuer à nous surprendre et nous charmer.

10. (ex-aequo) Steven Soberbergh & David Fincher
Je ne connais pas complètement, parfois j'aime, parfois moins. Voilà voilà. (et si les Cahiers du Cinéma veulent m'embaucher, no soucy). Mention spéciale à Sex, Lies & Videotape ainsi qu'à Zodiac tout de même.

Non classés
- Quentin Tarantino : serait dans mon top 10 si il n'était pas autant surcôté et si content de lui. 2 premiers films et 2 chefs-d'œuvre. Après, je suis très sceptique et très refroidi par les louanges unanimes qu'il reçoit.
- Clint Eastwood : j'en ai vu trop peu pour juger. Au-delà de Mystic River qui m'a bouleversé, de Million Dollar Baby qui m'a ému tout court d'Un Monde Parfait qui m'a intéressé, j'en ai raté plein que je veux voir (Impitoyable, Dans la ligne de mire) et plein d'autres qui m'ont été tellement déconseillé que je reste hésitant.
- Les frères Coen : évidemment, il y a le méga-LOL Big Lebowski, que j'aime sincèrement. Mais bon, avant, après, les deux frères nous servent des films qui sont vraiment trop peu sincères pour que j'accroche. Je ne suis pas votre pote les gars, et je n'ai pas envie de l'être, alors arrêtez de me donner une tape dans le dos en me disant "Tu vois ce que je veux dire ?". Non, je ne vois pas. Leur cinéma est ultra-surcôté, et ne restera pas.

Même pas dans mon top 200.000

Darren Aronofsky : je n'ai vu ni Pi, ni The Foutain, ni The Wrestler mais Requiem for a Dream est un film tellement ignoble que je jette le bébé avec l'eau du bain en pleine conscience de ma mauvaise foi.

Ce type est un escroc, un menteur, un salaud. Pouah.

Yoghurt Mudflap etc

jeudi 1 octobre 2009

En mode 'j'ai pas le temps d'écrire mais pourtant j'en ai l'envie alors hop hop hop ...'

J'ai enfin réussi à remettre la main sur une veille chanson qui m'avait longtemps obsédé et dont je n'arrivais absolument pas à me souvenir du titre (so last decade, ce genre de problèmes non ?).

Bref, au-delà d'une ligne de basse fatale, au-delà d'un flow des plus smooth, au-delà de cette mélodie qui tue, vraiment, j'adore le nom de la chanson et le nom du groupe : voici donc Yoghurt Mudflap (?) par The Mexican (??).

Une petite bombe underground qui mérite largement les vivats de la foule. A propager, à diffuser (et je suis preneur de toute info sur ce groupe : qui sont-ils ? que sont-ils devenu ?).








The Mexican - Yoghurt Mudflap

Maintenant que j'ai retrouvé la mémoire, je me souviens que j'avais découvert cette dernière chanson sur une étonnante compile, Straight Out from the Cat Litter Vol. 2 (dont la pochette fait très lolcat avant l'heure - pour les geeks avertis), compilation sur laquelle on trouvait cet excellent titre des norvégiens de Pépé Deluxe .

Et ça, ça devrait faire tilt dans vos oreilles aiguisées. Mais si, souvenez-vous, la période fin 90s / début 00s : le bug de l'an 2000, la défaite de Gore, Loana et ... les jeans twistés de Levi's. Et bien, c'était Pepe Deluxe qui faisaient la BO de cette pub Levi's. C'est vrai, les pubs Levi's ont apporté beaucoup d'horreurs (je suis encore crispé en repensant à Babylon Zoo) mais, 10 ans plus tard, celle-ci reste franchement jouissive.








Pepe Deluxe - Woman In Blue

Et puisqu'on est dans les vieilleries tendance WTF, j'en profite pour poster un autre titre des 90s qui me fascine terriblement, à savoir le fameux Hobo Humpin' Slobo Babe des suédois de Whale.

Démarrage grungy pied au plancher, arrivée à 25'' de la voix féminine faussement naïve sur une ligne de basse des plus groovy, refrain destroy avec de grosses guitares bien sales, les "Yeah yeah yeah" hurlés régulièrement (à 1'35 par exemple) et surtout ce "Yoooo .... Hobo Humpin' Slobo Babe" aboyé à 3' pile en fin de break.
Le défouloir parfait.








Whale - Hobo Humpin' Slobo Babe

Et j'adore par-dessus tout le clip ha-llu-ci-nant de ce titre : on nage en plein délire avec ces deux guitaristes en robe aux allures de catcheur qui font mine de s'arracher la mâchoire ou cette fille avec son appareil dentaire et sa robe Vichy qui inspecte des aisselles d'adolescents. On navigue entre Jodorowsky, Bunuel et David Lynch, c'est ahurissant - et assurément très réussi.

Si vous avez passé comme moi les années 95-2000 à vous abreuver de Boulevard des Clips sur M6 entre 1h et 4h du matin, vous vous en souviendrez sûrement.

Fuck Buttons II

mardi 25 août 2009

Haut les coeurs, Fuck Buttons est de retour.

Leur label propose en écoute depuis aujourd'hui leur nouveau single, Solar Surf, dans une version raccourcie de 3 minutes. La "vraie" chanson en durera sept de plus sur l'album à venir, Tarot Sport, prévu début octobre.

Même dans cette version "edit", on retrouve les caractéristiques de ce groupe fabuleux, à savoir des sonorités noisy et abrasives sous lesquelles des mélodies planantes et hypnotisantes affleurent. Par rapport aux titres de leur album précédent (Street Horrsing, un des mes albums préférés de 2008), le rythme semble s'être quelque peu accéléré et il manque ces voix sur-saturées complètement destroy qui m'avaient tant impressionné. Attendons de voir ce que ça donnera en version longue et sur un album - toutes ces chansons ne prenant leur vraie valeur qu'en concert ou en écoutant l'album d'un seul tenant.

Voici donc le titre en question, tout récent, brut de fonderie et fraîché du matin pêché. Vous verrez, on est toujours à cheval entre Aphex Twin et My Bloody Valentine. Je suis devenu instantanément accro.







Fuck Buttons - Surf Solar (Edit)

J'en profite pour remettre mon titre préféré de leur premier album, Sweet Love for Planet Earth, que j'avais déjà posté dans un article précédent sur Fuck Buttons. La construction est superbe : début vraiment très calme, arrivée progressives des instruments, thème-qui-tue à 4'35 et enfin ces incroyables sonorités vocales (ce n'est pas vraiment du chant n'est-ce pas ?) à 5'35. Très, très, très impressionnant.







Fuck Buttons - Sweet Love for Planet Earth

Parisiennes et parisiens de tout bord, notez dans votre carnet de bal la venue des génies de Fuck Buttons le 23 octobre au Nouveau Casino pour un franchissement orgasmique du mur du son (et n'oubliez pas vos boules Quies).